Les employés du Hilton de Québec au chômage

Jean Lagacé, 60 ans, travaille au Hilton depuis qu’il a 19 ans. Le travailleur est déçu de la fermeture temporaire de l’établissement, mais il reconnaît que les travaux majeurs étaient inévitables.
Photo: Charles Frédérick Ouellet Le Devoir Jean Lagacé, 60 ans, travaille au Hilton depuis qu’il a 19 ans. Le travailleur est déçu de la fermeture temporaire de l’établissement, mais il reconnaît que les travaux majeurs étaient inévitables.

La fermeture de l’hôtel Hilton pour des travaux d’une année force son personnel à se chercher un nouvel emploi en attendant la réouverture. Une perspective qui ne les enchante pas tous malgré la pénurie de main-d’oeuvre.

« On est laissés à nous-mêmes », explique Jean Lagacé, qui travaille au service aux chambres depuis 40 ans.

Âgé de 60 ans, il a passé toute sa vie professionnelle à l’Hilton depuis son arrivée à 19 ans à peine. Il a été président du syndicat local et demeure actif dans les syndicats hôteliers.

« Ils ont décidé de fermer complètement. Mais nous, ce n’est pas notre faute. Ça change les plans de bien du monde », se désole-t-il.

L’hôtel de 571 chambres a fermé ses portes le 1er janvier pour une durée d’un an. « Bienvenue au Hilton Québec. Welcome to Hilton Quebec. Prenez note que nous sommes fermés pour une transformation excitante », peut-on entendre désormais quand on signale son numéro.

Le propriétaire dit vouloir réembaucher tout le monde à la réouverture (leur ancienneté est maintenue). Mais en attendant, ses 400 employés ont été licenciés (incluant les 320 syndiqués).

Les gens peuvent certes se mettre au chômage mais seulement pour 36 semaines sur 52, et ce, à 55 % de ton salaire, souligne M. Lagacé. Malgré la pénurie de main-d’oeuvre en cours et les nombreux postes affichés à Québec, il doute de sa capacité et de celle de ses collègues à trouver des emplois aussi payants qu’au Hilton.

Au service aux chambres, il gagnait 19 $ l’heure (jusqu’à 30 $ avec les pourboires) et estime qu’en moyenne, le personnel gagne grosso modo 40 000 $ par an. De son propre aveu, c’est un des meilleurs salaires dans le secteur à Québec.

À l’inverse, la plupart des emplois disponibles dans le secteur du tourisme offrent des salaires sous la barre des 20 $ l’heure, se rapprochant dans bien des cas du salaire minimum de 12,50 $.

Une autre employée qui a requis l’anonymat raconte que « le dernier mois à l’hôtel n’était pas drôle » et que parfois des gens pleuraient.

Lien d’emploi maintenu

L’hôtel est la propriété du groupe torontois Innvest Hotels qui possède des dizaines d’établissements dans le monde. À la direction générale, on se défend d’avoir négligé le personnel. « Notre priorité, c’était vraiment les employés. Lorsqu’on a fait l’annonce officielle, c’étaient les premiers à le savoir », affirme le directeur général, Jean-François Lincourt. L’annonce leur a été faite il y a plus d’un an.

Si l’hôtel ferme, c’est vraiment parce qu’ils n’avaient pas le choix, poursuit M. Lincourt. De l’aveu même de M. Lagacé c’était incontournable. « Ça coulait de partout », dit-il. « C’était dû. Ils refont toute la plomberie. »

La façade extérieure sera complètement remplacée et la plomberie vers les chambres sera entièrement refaite, tout comme les restaurants et les bars. Par contre, l’allure extérieure doit demeurer la même. « L’hôtel aura le même look mais il aura un revêtement d’aluminium au lieu du béton coulé. »

Dans le passé, l’hôtel a été rénové par sections, mais ça incommodait les clients. « C’est sûr que c’était peut-être pas la meilleure affaire par contre parce qu’il y avait souvent des plaintes pour le bruit et la poussière », se rappelle Jean Lagacé. 

M. Lincourt explique que la direction va continuer à contribuer à l’assurance collective des employés pendant les travaux. Dès lors, pendant la durée de la fermeture, les employés qui auront des problèmes de santé pourront continuer à s’en prévaloir. « Le maintien des bénéfices, ça démontre vraiment notre volonté de maintenir un lien avec les employés », dit-il.

La direction a en outre embauché une firme pour leur offrir des services de préparation au marché du travail, pour refaire leur curriculum vitae, notamment.

Est-ce que ça donne des résultats ? Le directeur ne le sait pas puisque « la plupart ont attendu la fermeture pour débuter leur recherche d’emploi ».

N’est-ce pas un peu risqué de mettre le personnel à la porte en pleine pénurie de travailleurs ? « Ils sont toujours en lien d’emploi avec nous. […] Ils conservent leur priorité et leurs assurances », dit-il. « Et bien sûr, on se veut un employeur de choix dans la région, nous sommes très concurrentiels. »

Or, selon la dame citée plus haut, une vingtaine de personnes auraient déjà démissionné. « Moi, j’ai dit que je revenais. Mais si je trouve mieux, je ne resterai pas. »

Un scénario du même genre s’est déroulé, il y a quelques années, au Reine Elizabeth à Montréal. L’hôtel avait fermé ses portes, lui aussi, pendant un an pour entreprendre des travaux en licenciant temporairement son personnel. Les rénovations s’élevaient à 140 millions de dollars. L’Hilton, dans son cas, n’a pas divulgué l’ampleur de ses investissements.