Le gouvernement Trudeau nomme un négociateur pour racheter le pont de Québec

Le pont de Québec (à gauche) se dégrade depuis des années, en particulier sa peinture. Or, son propriétaire, le CN, et le gouvernement fédéral ne s’entendent pas sur celui qui doit payer la facture.
Photo: Pierre Lahoud Le pont de Québec (à gauche) se dégrade depuis des années, en particulier sa peinture. Or, son propriétaire, le CN, et le gouvernement fédéral ne s’entendent pas sur celui qui doit payer la facture.

Dans un ultime effort pour régler le dossier du pont de Québec avant les élections, le gouvernement de Justin Trudeau a décidé de nommer un négociateur — l’homme d’affaires Yvon Charest — pour racheter l’infrastructure appartenant au Canadien National (CN).

Le négociateur Yvon Charest a été mandaté pour soumettre au gouvernement des options pouvant aller d’« un transfert de propriété du pont avec indemnisation » à un « instrument législatif », ou encore à « d’autres options ».

L’annonce du fédéral a été faite à l’Aquarium de Québec, vendredi après-midi, en présence des ministres François-Philippe Champagne et Jean-Yves Duclos, ainsi que du maire de Québec, Régis Labeaume. « Aujourd’hui on prend les grands moyens », a répété le ministre Champagne à plusieurs reprises en parlant d’un « pas de plus » vers un règlement du dossier.

M. Charest, l’ancien patron du groupe d’assurance Industrielle Alliance, n’en est pas à sa première négociation à saveur politique : en 2010, c’est à lui que Régis Labeaume avait confié les pourparlers avec les investisseurs privés potentiels dans le cadre du projet d’amphithéâtre à Québec.

L’état du pont, bâti il y a un siècle, se dégrade depuis des années, en particulier sa peinture. Or, son propriétaire, le CN, et le gouvernement fédéral ne s’entendent pas sur celui qui doit payer la facture. Des centaines de millions de dollars sont en jeu dans ce dossier.

M. Labeaume, qui a souvent critiqué le gouvernement Trudeau pour son inaction dans le dossier, avait un autre ton cette fois.

« Évidemment j’aurais aimé que le dossier se règle plus tôt », a-t-il dit, avant de féliciter le ministre François-Philippe Champagne d’avoir fait « bouger le dossier » depuis son arrivée au ministère de l’Infrastructure l’an dernier. « Je te remercie sincèrement. »

Ce pont est un « lien stratégique », mais aussi un « joyau », a souligné le ministre Champagne. Plus long pont de type Cantilever au monde, l’ouvrage de génie civil a été désigné « lieu historique national » du Canada en 1995.

Plusieurs candidats locaux à l’élection fédérale participaient à l’annonce. Lors de la campagne de 2015, l’équipe de Justin Trudeau avait promis de régler le dossier dans un délai de six mois. Il n’avait finalement fait élire que deux députés dans la région (M. Duclos et Joël Lightbound), les conservateurs dominant partout ailleurs.

Trop peu trop tard ?

Le gouvernement Trudeau a donné à M. Charest jusqu’au mois d’avril pour lui soumettre des recommandations. Reste à savoir s’il sera reconduit au pouvoir. Dans le cas contraire, ces efforts ne risquent-ils pas d’être inutiles ?

M. Charest refusait vendredi de voir les choses ainsi. Il a souligné que cette fois-ci pourrait bien être la bonne car c’est la première fois qu’Ottawa envisage de racheter le pont, ce à quoi le gouvernement fédéral s’était toujours refusé dans le passé.

Chronologie

1919 Inauguration du pont de Québec

1970 Inauguration d’un 2e pont juste à côté, le pont Pierre- Laporte

1995 Le gouvernement fédéral cède le pont de Québec au Canadien National pour 1 $. Les trains du CN ont besoin du pont pour traverser d’une rive à l’autre.

1995 Le pont manifeste des signes d’usure et de rouille. Des citoyens créent un comité de sauvegarde pour presser les gouvernements d’agir.

1997 Québec, Ottawa et le CN s’entendent pour partager le coût des travaux d’un montant de 60 millions.

2005 La facture grimpe à 100 millions. Le CN ne veut pas payer davantage et les travaux sont interrompus. Ottawa traîne la compagnie devant les tribunaux.

Octobre 2014 Le gouvernement fédéral perd le procès. Un mois plus tard, les gouvernements Harper et Charest s’engagent à investir 100 millions chacun dans la rénovation du pont à condition que le CN en fasse autant. Le CN refuse.

Février 2015 Offensive médiatique des maires de Québec et de Lévis, qui achètent des actions du CN pour interpeller la direction sur le sort du pont lors de l’assemblée des actionnaires. À l’automne, le maire Labeaume avait aussi écrit à Bill Gates, qui siège au conseil d’administration, pour le sensibiliser au dossier.

2015 Justin Trudeau promet aux électeurs de régler le dossier du pont en six mois.