Régis Labeaume tourne la page d’une année difficile

Régis Labeaume, en pleine campagne électorale municipale pour sa réélection à la mairie de Québec, en octobre 2017
Photo: Francis Vachon Le Devoir Régis Labeaume, en pleine campagne électorale municipale pour sa réélection à la mairie de Québec, en octobre 2017

Malgré sa réélection à l’automne 2017, le maire de Québec, Régis Labeaume, a fait face à des vents contraires pendant la majeure partie de 2018. Retour sur une année difficile où il a perdu sa zone de confort.

« Ça n’a pas été une très bonne année », observe Thierry Giasson, professeur en communication politique à l’Université Laval. Le dossier du poste de police, en particulier, a fait très mal au maire et provoqué un effet domino aussi inattendu que dévastateur, remarque-t-il.

Tout a commencé en décembre 2017, quand le quotidien Le Soleil révélait que la nouvelle centrale de police où le service devait déménager était déjà trop petite pour accueillir tout le personnel.

Le responsable du dossier est alors Jonatan Julien, bras droit du maire. Dans l’embarras, l’administration Labeaume est sur la défensive pendant plusieurs jours. Le 9 mai, lors d’un point de presse, le maire Régis Labeaume blâme M. Julien en déclarant qu’il « l’a échappé » dans ce dossier. C’est le premier domino d’une série qui entraînera la démission de M. Julien, son élection comme député de la Coalition avenir Québec (CAQ), la tenue d’une élection partielle dans son district de Neufchâtel-Lebourgneuf et une défaite d’Équipe Labeaume au profit de Patrick Paquet de Québec 21.

Une défaite d’autant plus inquiétante qu’il s’agissait d’un véritable « château fort », poursuit Thierry Giasson. En 2013, M. Julien avait défait le même Patrick Paquet avec une majorité écrasante de 72 % des voix.

L’arrivée de ce nouveau conseiller à la Ville porte désormais à six le nombre d’élus qui ne sont pas dans l’équipe du maire. Il s’agit d’un record depuis son arrivée au pouvoir il y a 11 ans, même si c’est relativement peu sur les 22 sièges que compte le conseil.

L’étoile de Régis Labeaume serait-elle en train de pâlir ? Les avis divergent, mais tous les observateurs s’entendent au minimum pour dire qu’elle est mise à l’épreuve.

La fatigue se fait sentir

Dans son dernier palmarès des Québécois influents, L’actualité place le maire de Québec au 9e rang, « en baisse » derrière Valérie Plante, Pierre Karl Péladeau et Geoff Molson.

« M. Labeaume est moins un phénomène qu’avant », observe Guylaine Martel, professeure à l’Université Laval, qui fait des recherches sur l’image des politiciens. Auparavant, il occupait beaucoup de place parce que c’était un politicien authentique, différent. Mais on « s’est habitué » à lui, dit-elle. Depuis quelques mois, ce sont les coups de gueule de Catherine Dorion qui font les manchettes.

Thierry Giasson, pour sa part, n’est pas convaincu que Régis Labeaume est « moins fort ». Dans certains dossiers comme celui du phare, il a semblé en « porte à faux » avec le discours public, note-t-il. « Malgré tout, il semble avoir encore le contrôle sur son équipe et sur sa ville. » « Je ne remets pas en question son leadership, mais des fois, j’ai l’impression qu’il est tanné », ajoute le professeur.

L’expert en relations publiques François Grenon a remarqué la même chose. « On dirait qu’il a moins de plaisir à faire ce qu’il fait. Je me rappelle le dernier mandat de Jean Pelletier [maire de Québec de 1977 à 1989]. À la fin, on sentait un certain agacement sur tout ce qui ne faisait pas son affaire. »

Lors de la dernière séance du conseil avant les Fêtes, quand des partisans assis dans le public ont applaudi l’arrivée de son adversaire Patrick Paquet, Régis Labeaume a laissé tomber que c’était « colon ». Pourrait-on parler d’usure ? Chose certaine, l’idée du dernier mandat ou du « mandat de trop » est sur toutes les lèvres. M. Labeaume a dû d’ailleurs se prêter vendredi à un énième mea culpa dans les pages du Journal de Québec. « Je peux être arrogant assez facilement et assez rapidement, quand j’y repense, il faut que je sois patient. »

Un défi d’autant plus grand que les forces politiques ont changé dans la région, poursuit François Grenon. « D’abord, on a un maire à Lévis qui prend plus sa place comme leader régional. » Le hic, c’est que Gilles Lehouiller est un adversaire notoire de Régis Labeaume. En plus, l’ardent défenseur du troisième lien qu’il est le place désormais du bon côté du pouvoir avec l’arrivée de la CAQ.

Mis devant le fait accompli

À cet égard, « le changement de gouvernement a forcé M. Labeaume à revoir son approche », note Jean Baillargeon, expert-conseil en communication. « Avec le troisième lien, il a un peu été mis devant le fait accompli. En plus, la CAQ est rentrée tellement forte dans la région. » Habitué à l’appui indéfectible des libéraux, qu’il ne se gênait pas pour écorcher publiquement, le maire de Québec « va devoir être plus respectueux du nouveau gouvernement s’il veut avoir du financement pour d’autres projets, que ce soit le tramway ou autre chose », poursuit-il.

« Un changement qui semble déjà acquis puisque le maire n’a désormais que de bons mots pour le nouveau gouvernement.

Or Thierry Giasson n’y voit pas nécessairement le signe d’une perte d’influence. « On lui donne encore beaucoup d’espace », note-t-il, en remarquant que la CAQ fait face à « d’autres pressions » dans le dossier du troisième lien. Dans le contexte du Pacte sur l’environnement, signale-t-il, le gouvernement doit justifier un peu partout l’apparente contradiction entre ce projet et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les dossiers à surveiller pour la prochaine année

Le tramway Le projet a l’appui des deux ordres de gouvernement, mais le maire se fait reprocher de ne pas assez en parler et de ne pas bien le vendre.

Le Pont de Québec Le pont ne serait pas dangereux, mais il a besoin d’une nouvelle couche de peinture, et ça coûte cher (400 millions). Régis Labeaume espère voir le dossier débloquer en 2019, et l’élection fédérale pourrait lui donner le rapport de force dont il a besoin.

Le phare Le conseil municipal vient d’adopter le règlement nécessaire à la construction du phare et de ses 65 étages, mais les sceptiques demeurent nombreux en raison du gigantisme du projet et de la congestion routière anticipée.

Le grand marché Un grand marché public dessiné par l’Atelier Pierre Thibault et Bisson et associés doit être inauguré au printemps près du Centre Vidéotron. Le résultat final sera surveillé, d’autant plus que sa naissance au détriment du Marché du Vieux-Port avait reçu une pluie de critiques.