La poursuite des fouilles du site Cartier-Roberval n’est pas au programme

Le site Cartier-Roberval, au sommet du promontoire dominant l’embouchure de la rivière Cap-Rouge
Photo: Commission de la capitale nationale Le site Cartier-Roberval, au sommet du promontoire dominant l’embouchure de la rivière Cap-Rouge

En dépit des recommandations des archéologues, le site de la colonie fondée par Jacques Cartier en 1541 ne fera pas l’objet de nouvelles fouilles. Le gouvernement caquiste a plutôt annoncé la mise en valeur du promontoire de Cap-Rouge par l’entremise d’un belvédère et d’un centre d’interprétation de 8,4 millions de dollars.

Seul le cinquième des 1500 mètres carrés de la colonie éphémère a été exploré, et les fouilles interrompues il y a dix ans auraient pu être achevées pour une somme similaire, déplore l’archéologue Gilles Samson. « Si on avait ajouté 3 millions, on y était. » Or, le temps presse, rappelle le spécialiste en évoquant l’acidité des sols et la présence d’animaux fouisseurs qui menacent l’ensemble des vestiges du promontoire, y compris les secteurs qui n’ont pas encore fait l’objet de fouilles.

« Il fallait faire des choix, évidemment. Il fallait être responsable, explique Jean-François Del Torchio, le directeur des communications de la vice-première ministre GenevièveGuilbault. Les 8,4 millions, c’est au niveau de la création d’un belvédère, d’une passerelle, c’est [aussi] pour continuer les recherches sur les artéfacts qui ont été trouvés. »

Le centre d’interprétation du site Cartier-Roberval devrait accueillir ses premiers visiteurs en 2022.

Marmottes

L’archéologue Gilles Samson est l’auteur d’un rapport faisant état de la dégradation avancée des restes de la première colonie française du continent qu’il a cosigné avec son collègue Richard Fiset. « Si aucune action ou mesure n’est prise, la disparition de ce patrimoine est assurée », écrivaient les deux spécialistes dans le document produit en début d’année pour le compte de la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ), propriétaire des lieux.

En plus de creuser des tunnels au milieu des vestiges, les marmottes de Cap-Rouge se régalent du charbon de bois provenant des restes de charpentes incendiées par le sieur Jean-François de La Rocque de Roberval lors de l’évacuation de la colonie en 1543. L’oeuvre des animaux fouisseurs combinée aux facteurs climatiques a déjà fait disparaître 12 mètres cubes de sols.

« Les marmottes vont peut-être partir s’il y a de l’activité humaine sur le site, mais c’est à voir. Si le site n’est pas ouvert l’hiver, qu’est-ce qui va se passer ? » s’interroge M. Samson.

Sépultures

Les vestiges du site Cartier-Roberval ont été découverts en 2005 lors des travaux précédant l’aménagement de la promenade Samuel-De Champlain. La phase I des fouilles, lancée en grande pompe par le premier ministre Jean Charest, a permis de dégager 6000 artéfacts entre 2006 et 2008, au coût de 8 millions de dollars.

Pour M. Samson, la récolte d’une masse critique d’artéfacts est essentielle afin d’interpréter le mode de vie des habitants de l’ancien fort entouré de champs labourés et de moulins. Il espère toujours retrouver les sépultures des 85 colons décédés du scorbut ou à la suite d’altercations avec les Autochtones. Il lui faudra toutefois convaincre les ministres de reprendre le chantier. « On va collaborer avec le gouvernement, on va discuter, on va essayer de les amener à faire en sorte de faire un succès avec le site. »