Dérapages autour de bandes cyclables à Limoilou

La Ville de Québec a décidé de prolonger des bandes cyclables sur l’artère commerciale principale de Limoilou, de la 12e à la 24e rue, et a choisi de sacrifier deux saillies de trottoir et 48 places de stationnement.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La Ville de Québec a décidé de prolonger des bandes cyclables sur l’artère commerciale principale de Limoilou, de la 12e à la 24e rue, et a choisi de sacrifier deux saillies de trottoir et 48 places de stationnement.

Au coeur de Québec, le quartier Limoilou, ses triplex et ses places éphémères font mentir ceux qui assimilent la capitale à une succession de banlieues. Ici, même le plus virulent des récents débats prend des airs montréalais…

Montréal a eu les doléances des commerçants du marché Jean-Talon frustrés de la disparition de cases de stationnement, et encore les hauts cris liés à la fermeture de la voie Camillien-Houde au transit automobile.

Or voilà que Québec a le prolongement de bandes cyclables sur la 3e avenue de Limoilou, le retrait de cases de stationnement et une mise en demeure de commerçants.

« On aurait pu éviter tout ça si ça s’était fait autrement », s’est désolé vendredi Sébastien Chamberland, directeur général de la Société de développement commercial 3e Avenue-Limoilou.

« Tout ça », c’est la grogne qui monte depuis l’annonce au printemps d’un projet-pilote pour prolonger des bandes cyclables sur l’artère commerciale principale de Limoilou, de la 12e à la 24e rue. Dans un souci d’assurer un lien direct entre le secteur résidentiel de Lairet et la Basse-Ville, Québec a choisi de sacrifier deux saillies de trottoir et quarante-huit places de stationnement.

« Tout ça », c’est aussi la mise en demeure envoyée plus tôt cette semaine à la Ville par les commerçants Rona, Santé beauté de luxe et La Fournée Bio, puis les gestes d’intimidation qui en ont découlé.

« On reçoit des menaces par téléphone, par numéro bloqué », s’inquiète la propriétaire de cette boulangerie de quartier, Sylvie Bouffard. « On n’est pas contre les vélos, mais pas du tout. Ça prend des proportions épouvantables », observe-t-elle, se disant néanmoins prête à aller devant les tribunaux pour « sauvegarder » son commerce.

Dérapages

Devant Sébastien Chamberland, un article du quotidien Le Soleil, coiffé du titre « Appel au boycottage… et au calme ». Au cours de la semaine, des discussions Facebook entre partisans et opposants aux bandes cyclables ont dérapé.

Certains commerçants, dit le directeur de la SDC, « craignent que ce ne soit pas vraiment un projet-pilote, puisque des saillies de trottoir seront retirées ». Des cyclistes se réjouissent plutôt de voir Limoilou poursuivre le virage de la mobilité durable et annoncent leur intention de bouder les commerçants opposés au projet.

« C’est vraiment une tempête dans un verre d’eau », laisse tomber Alain Slythe, propriétaire du Bal du Lézard, un bar qui fait partie des meubles à Limoilou. Pour lui, la solution au retrait des espaces de stationnement est simple : « Marche un coin de rue, marche deux coins de rue. »

Comme d’autres, il avance néanmoins que la Ville « a peut-être mal amené la chose », « peut-être rejeté les solutions du revers de la main ».

C’est précisément ce que soutient Sylvie Bouffard. « Ils ne nous ont pas écoutés. […] On a dit : “Montrez-nous des preuves que ça vaut la peine d’enlever des stationnements pour faire une piste cyclable.” Ils ne nous l’ont jamais montré », relate-t-elle.

Québec s’est appuyé sur une enquête menée en 2016 sur la rue Saint-Joseph, dans le quartier voisin de Saint-Roch, pour justifier le prolongement de la bande cyclable. La Ville a transmis le document au Devoir. L’organisme votepour.ca, qui l’a rédigé, y conclut que les automobilistes faisant partie de l’échantillon de 1010 répondants rencontrés « avaient dépensé de plus gros montants » sur l’artère commerciale. Sauf qu’il constate aussi que, « grâce à la fréquence de passage, les déplacements actifs [à vélo et à pied] sont plus payants par mois » pour les commerçants.

À La Fournée Bio, deux clients ont néanmoins déjà choisi leur camp. Ils ne viendront plus ici s’ils n’ont plus de stationnement, confirment-ils, en s’excusant auprès de Sylvie Bouffard. Pas question de garer l’auto dans une rue parallèle. « J’ai des problèmes de santé », atteste la dame, après sa dernière gorgée de café.