Un tramway nommé désir de modernité et de mobilité

Le maire de Québec, Régis Labeaume, était accompagné du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, pour dévoiler son ambitieux projet.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le maire de Québec, Régis Labeaume, était accompagné du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, pour dévoiler son ambitieux projet.

Tramway, « trambus », tunnels, stations souterraines… La Ville de Québec a présenté vendredi un ambitieux projet de transport en commun de 3,3 milliards qui pourrait modifier en profondeur le visage de la ville. Si tout va bien, les premiers passagers pourront l’essayer dans huit ans.

En conférence de presse, le maire Régis Labeaume s’est réjoui de voir Québec « entrer dans la modernité ».

Le premier ministre Philippe Couillard, à ses côtés, a dit que le Québec « renouait enfin avec une époque de grands projets ».

Véritable colonne vertébrale du réseau, le tramway circulera sur un trajet de 23 km entre le nord du secteur de Charlesbourg et l’ouest de Sainte-Foy.
 

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Entre les deux, il s’arrêtera dans un pôle d’échange aux portes du quartier Saint-Roch et poursuivra sa course sous terre dans le secteur de la colline parlementaire. La sortie du tunnel se fera dans le quartier Montcalm jusqu’à l’Université Laval, le boulevard Laurier, et ce, jusqu’au secteur de Sainte-Foy où l’on construit actuellement une succursale IKEA.

Ce n’est pas seulement d’un tramway qu’on parle ici, mais d’un véritable « réseau », ont répété les architectes du projet. Ainsi, à l’exception de la liaison Québec-Lévis, presque tous les secteurs denses de la ville verront leurs services de transport en commun s’améliorer grâce à ce projet.

Pour ce faire, on mettra en service des « trambus », des autobus électriques à haute vitesse qui relieront le secteur de Beauport, à l’est, jusqu’au futur projet immobilier Le Phare, dans Sainte-Foy. Les trambus emprunteront notamment l’axe du boulevard Charest sur le parcours prévu dans l’ancien projet de tramway de la Ville de Québec. Enfin, de nombreuses voies réservées s’ajouteront en direction nord-sud.

Financé entièrement par le public

Le coût du projet s’élève à un peu plus de 3 milliards et devrait être entièrement financé par les gouvernements provincial et fédéral. Vendredi, le gouvernement du Québec a mis sur la table une première tranche de 215 millions pour le financement des études, plans et devis.

S’y ajoutent des investissements de 300 millions de la Ville de Québec dans les « aménagements urbains » qui devront accompagner le projet. Et ils sont nombreux. On parle de créer de nouvelles rues (notamment pour relier le secteur du Phare au terminus ouest du réseau en passant par le futur anneau de glace couvert), et des expropriations ne sont pas exclues. Le tramway sera en outre réalisé avec un système de fils (et non avec une emprise au sol), ce qui nécessitera l’enfouissement des autres fils présents dans le paysage.

De gros changements sont aussi à prévoir dans le secteur de l’Université Laval, où un important pôle d’échange serait aménagé. On veut également construire deux funiculaires pour relier la haute-ville aux arrêts du trambus le long de l’axe Charest.

On estime qu’il faudra trois ans pour achever les plans, devis et appels d’offres. À moins d’imprévus, la mise en service pourrait s’effectuer en 2025-2026.

Pour ce qui est de l’accès au service, le nouveau réseau serait accessible avec les laissez-passer ordinaires.

Et les automobiles ?

Appréhendant les critiques, on a souligné dans la présentation que les automobilistes ne seraient pas perdants, notamment parce qu’on compte ajouter des voies de circulation. On a aussi insisté sur le fait que, dans des secteurs comme le boulevard Laurier, l’installation du tramway au centre de la voie va permettre de retirer des voies réservées sur les côtés.

Reste à savoir combien d’automobilistes seront prêts à troquer la voiture pour le nouveau service. Tant le tramway que le trambus circuleraient à une fréquence de 3 à 5 minutes aux heures de pointe. Ils se déplaceraient à la vitesse de 26 km/h.

Jamais deux sans trois

Rappelons que c’est la troisième fois que Régis Labeaume propose un grand projet de transport en commun aux gens de Québec. Sa première tentative remonte à 2010 avec le Plan de mobilité durable qui tablait sur un tramway de 1,5 milliard qui reliait Québec à Lévis.

À l’époque, le projet avait suscité peu d’enthousiasme, notamment dans les banlieues et sur les radios privées. Le maire s’était par la suite replié vers un projet moins coûteux — le Service rapide par bus — sur le même trajet.

Or le mouvement en faveur d’un troisième lien a pris de l’ampleur en se définissant par opposition au SRB, ce qui a mené à l’abandon du projet par la Ville de Lévis, puis par Régis Labeaume lui-même l’an dernier.

Si on se fie aux réactions suscitées par ce troisième projet vendredi, le mouvement anti-tramway pourrait cette fois être moins fort. Sur les ondes des radios privées, les ténors de ce discours semblaient plus ambivalents, notamment parce que le nouveau projet dessert mieux les banlieues que ses deux prédécesseurs.

Or d’aucuns reprochent toujours au maire Labeaume de leur avoir imposé un tramway dont ils ne voulaient pas. « C’est certain que ça mérite un référendum, c’est gigantesque comme projet », a déclaré le chef de l’opposition à la Ville, Jean-François Gosselin, chef de Québec 21.

Du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ) — dont plusieurs députés locaux ont affiché un préjugé défavorable au tramway dans le passé —, on préfère attendre à lundi pour commenter le projet.

Le projet a toutefois suscité l’enthousiasme des députés libéraux fédéraux, du Parti québécois, de Québec solidaire et du parti municipal Démocratie Québec. L’annonce a aussi été saluée par la Chambre de commerce, alors que les groupes verts parlaient carrément d’un « jour de fête ».

D’un projet à l’autre, au fil du temps

27 mai 1948 Les tramways électriques circulant dans les rues de la capitale depuis 1897 sont remplacés par des autobus.

6 mars 2003 Le Réseau de transport de la capitale (RTC) dépose une étude d’opportunité pour une ligne de tramway de 21,5 km comprenant un tunnel entre la côte d’Abraham et le Grand Théâtre. Le chantier, échelonné sur six ans, est évalué à 650 millions de dollars.

1er mars 2007 La mairesse Andrée Boucher s’oppose à l’étude d’avant-projet du tramway réclamée par le RTC. « Ça me répugne de dire non, mais je le répète, pour l’instant, c’est juste un rêve », avait affirmé la politicienne.

10 juin 2010 Élu trois ans plus tôt, le maire Régis Labeaume dévoile un projet de tramway de 1,5 milliard de dollars. Le réseau de 26,6 km doit relier Beauport à Lévis en passant par le boulevard Charest et les ponts de Québec. Sa mise en service est prévue en 2022.

9 novembre 2011 Le ministère des Transports du Québec (MTQ) commande une étude de préfaisabilité sur le projet de Labeaume. L’étude est élargie en avril 2014 pour tenir compte d’un autre mode de transport : les autobus électriques.

2 mars 2015 Dévoilement d’un projet de Service rapide par bus (SRB) devant relier Québec à Lévis à l’aide d’autobus articulés circulant sur des plateformes. La mise en service de ce réseau de 38 km est prévue en 2025 au coût de 1,5 milliard.

18 avril 2017 Abandon du projet de SRB par Régis Labeaume dans la foulée du désistement de son homologue de Lévis, Gilles Lehouillier. Ce dernier invoque des frais d’exploitation trop élevés pour justifier son retrait.

16 mars 2018 Aux côtés du premier ministre Philippe Couillard, le maire Labeaume lance un projet de transport intégré de 3,3 milliards conçu autour d’une ligne de tramway de 23 km reliant le Trait-Carré de Charlesbourg au secteur de la succursale IKEA, à l’ouest de Sainte-Foy. Sa mise en service est prévue en 2026.

Dave Noël


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