Dans le ventre de l’incinérateur de Québec

Outre sa fonction de brûler les déchets des citoyens de Québec, l’incinérateur sert à fournir de la vapeur en grande quantité à l’usine voisine de pâtes et papiers White Birch.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Outre sa fonction de brûler les déchets des citoyens de Québec, l’incinérateur sert à fournir de la vapeur en grande quantité à l’usine voisine de pâtes et papiers White Birch.

Contrairement à la plupart des villes, Québec brûle ses déchets au lieu de les enfouir. Pour la première fois, les médias ont pu visiter lundi le gigantesque incinérateur de la Vieille Capitale. Incursion dans le tube digestif de la société de consommation.

« Toute la population devrait voir ces images-là », lance la conseillère municipale responsable de l’Environnement, Suzanne Verreault. La salle des commandes où elle se trouve offre une vue imprenable sur le point de chute des déchets de toute l’agglomération.

De l’autre côté de la vitre, les sacs de poubelles s’amoncellent dans une fosse de plus de 80 mètres de profondeur. Une grue géante démêle le tout, sans interruption. « Elle fonctionne 24 heures sur 24 », fait remarquer le directeur des opérations, Daniel Munger.

 

Pourquoi Québec a-t-elle un incinérateur alors que partout ailleurs on enterre les matières résiduelles ? À cause des pâtes et papiers, nous résume-t-on. Dès ses débuts, l’usine fournissait de la vapeur aux usines qui fleurissaient autour. Encore aujourd’hui, l’incinérateur vend de la vapeur à la White Birch (l’ancienne Daishowa) et à Glassine, mais en quantité beaucoup plus modeste.

Or, le rythme de la consommation, lui, ne ralentit pas. Le centre de tri reçoit 150 camions à ordures par jour en provenance de Québec, des villes défusionnées de L’Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin, ainsi que de l’île d’Orléans.

L’équivalent de 300 000 tonnes. « C’est deux fois le Centre Vidéotron en un an », précise M. Munger. En les brûlant, on réduit de « 7 à 9 fois le volume des déchets », nous dira-t-il plus tard en soulignant que les villes qui enfouissent leurs détritus n’ont pas cette chance.

Il y aura cependant fort à faire avant que l’incinérateur devienne un symbole de fierté. Depuis son ouverture en 1972, ses cheminées ont émis des quantités importantes de polluants dans l’air du quartier Limoilou, juste à côté. Des progrès ont certes été réalisés, mais les émissions de monoxyde de carbone continuent de dépasser les normes à l’occasion.

En octobre, Radio-Canada rapportait qu’en juin, les émissions avaient dépassé jusqu’à 12 fois la norme de 57 mg/m3.

Une solution pour de bon ?

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les opérations de l’incinérateur sont centralisées au poste de commande.

Les dirigeants de l’incinérateur pensent avoir trouvé une façon d’empêcher les dépassements pour de bon : faire grimper la température des fours et la maintenir élevée. « Quand la température de combustion est bonne, il n’y a pas de monoxyde de carbone », résume M. Munger.

Lors de la visite, le four numéro 1 brûlait à plein rendement à une température excédant les 800 degrés Celsius. « À 850 degrés, tu peux commencer à brûler des déchets », résume l’un des guides.

Encore faut-il maintenir la température à ce niveau. Les émissions de monoxyde ont lieu lorsque le feu met du temps à démarrer ou quand la température baisse, explique-t-il.

D’où l’idée d’ajouter deux brûleurs dans chacun des quatre fours pour maintenir une température maximale. Un projet de 4 millions de dollars qui pourrait aboutir dès la fin 2019.

Avec l’ouverture attendue du Centre de biométhanisation en 2022 et la récupération des matières organiques, on pourra de surcroît limiter encore plus la pression sur l’incinérateur. À condition que les citoyens collaborent, poursuivent les représentants de la Ville.

En fin de semaine, la chute des résidus métalliques (mâchefer) a été bloquée pendant 12 heures parce que quelqu’un avait jeté une étagère de métal aux ordures. « Des belles matières d’écocentre », fait valoir l’un des membres de l’équipe sur le ton de l’ironie.

Il n’est pas rare non plus que des chauffe-eau ou des bonbonnes de propane se retrouvent dans les fours et déclenchent des explosions.

« On trouve tout ce que tu peux imaginer », note un employé de l’incinérateur.

Et que dire des cendres de cheminées que certains jettent aux poubelles… et qui allument des feux dans la fosse à déchets. Le dernier gros feu, il y a près de dix ans, avait duré trois jours.

2 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 28 novembre 2017 10 h 00

    Le mystère de Québec enfin résolu...

    Moi qui pensais pendant des années que le mystère de Québec était dû aux rejets en eaux usées de l'agglomération de Montréal venant empoisonner les habitants de la ville de Québec, je dois réviser ma position, c'est des airs que naît le mystère de Québec.

  • Denis Blaquière - Abonné 28 novembre 2017 12 h 29

    L'incinérateur de Québec doit fermer.

    L’incinération est de loin la pire méthode d’élimination des déchets. En plus d’être l’une des plus chères qui soient, elle est responsable d’émanations et de contaminants très nocifs pour l’environnement et l’être humain, notamment les dioxines et les furanes. Et ne vous y trompez pas, l’incinération ne fait pas disparaître les déchets, elle en crée.

    L’incinérateur de Québec n’y échappe pas : il est une « source de pollution à Québec depuis des décennies », comme le mentionne cet article. Une énième tentative de résoudre le problème ne sera qu'un autre gaspillage d’argent.

    De plus, la revente de la vapeur qu’il produit est une fausse bonne solution. Elle ne fait qu’encourager la destruction de ressources (nos matières résiduelles) qui pourraient autrement être recyclées ou réutilisées tout en créant des emplois. Elle crée également une dépendance envers cette méthode d’élimination désuète. La volonté de la Ville de Québec d’y investir encore des millions de dollars en est la preuve.

    L’incinérateur de Québec doit fermer.

    Denis Blaquière, administrateur du Front Commun Québécois pour une gestion écologique des déchets.