Régis Labeaume se fait le promoteur du transport en commun, sans projet précis

Dix ans après avoir été élu en faisant campagne contre le tramway, Régis Labeaume a décidé de faire campagne sur le « principe » d’un « projet structurant de transport en commun ». Une occasion, dit-il, de tester la véritable force du mouvement anti-transport en commun à Québec.

Comment expliquer son revirement depuis 2007 ? « Disons que j’ai évolué. Une dizaine d’années dans le corps à la mairie de Québec, ça te fait comprendre bien des affaires », a répondu le principal intéressé en entrevue éditoriale au Devoir.

Quand même, le discours anti-tramway qui lui a souri lors du scrutin de 2007 est similaire à celui qu’il devra affronter pour vendre son projet de transport en commun. N’a-t-il pas nourri un mouvement qui se retourne désormais contre lui ?

Peut-être, mais le mouvement — incarné par des animateurs de radios privées — était là de toute façon, dit-il. La différence cette fois, c’est que cette mouvance est représentée par un parti, Québec 21, dirigé par Jean-François Gosselin. Est-ce une bonne chose ? « Ça va être un bon test, répond-il. On va voir si cette mouvance-là est réelle. Vous savez, il y a la bulle médiatique et il y a la population. »

A-t-il hâte d’en débattre ? « Il va falloir qu’il ait des arguments », affirme-t-il en parlant du candidat Gosselin. « Moi, c’est très clair dans ma tête. » Le hic, c’est qu’à cette étape-ci, le maire sortant défend plus un principe qu’un projet en tant que tel. Ledit projet de transport en commun ne sera présenté que dans deux ans, a-t-il fait savoir la semaine dernière.

Le projet, quel projet ?

Comment justifier un tel flou ? « Je me donne une marge de manoeuvre », répond-il. Mais encore ? « C’est pas parce qu’on est en élection aujourd’hui que j’ai dessiné un plan au cours des deux dernières semaines. » Et de répéter que l’ancien projet de Service par bus (SRB) avec Lévis a été abandonné il n’y a pas si longtemps (en avril).

Le projet a beau être flou, M. Labeaume assure avoir l’appui solide du premier ministre Philippe Couillard pour le financer (à 50 %, espère-t-il). « Le premier ministre est très convaincu. »« J’aimerais ça le faire payer à 100 % [par les deux paliers de gouvernement], c’est mon défi, ajoute-t-il. Je regarde ce qui a été mis dans le REM à Montréal, je trouve que ce serait correct. »

Quand on lui fait remarquer qu’il semble entretenir l’ambiguïté sur la nature du projet pour rallier un maximum de gens, il s’en défend. « Pourquoi pas rassembler les gens sur le principe en passant ? […] Le principe, c’est qu’on doit se doter d’un système de transport structurant, robuste. »

N’aurait-il pas mieux valu défendre le « principe » (et le SRB) avant ? « Savez-vous pourquoi [on ne l’a pas fait] ? Parce qu’on était toujours à 75 % dans les sondages [pour le SRB]. En septembre, octobre 2016, le SRB était encore à 75 % dans les sondages, OK ? Je ne pouvais pas sortir avec un projet, parce que j’avais un partenaire [NDLR : le maire de Lévis, Gilles Lehouillier] qui, depuis décembre, novembre 2016, ne sait pas trop ce qu’il va faire. Je ne suis pas capable de sortir, d’expliquer, parce que je ne sais plus si j’ai un partenaire. […] À un moment donné, ça se met à baisser [l’appui dans les sondages] parce que j’en ai pas fait la promotion. »

Et avant cela ? Le SRB était pourtant sur les rails depuis trois ans… Parce que ses priorités étaient ailleurs, dit-il. « Mes priorités, c’étaient les fonds de pension, le régime de négociations [avec les employés de la Ville]. »

Le Centre Vidéotron

Dans le dossier du Centre Vidéotron, son étoile ne semble pas avoir trop pâli de la non-venue des Nordiques à Québec. Les gens se seraient-ils résignés ? « Ils vont venir », répète le maire, en soulignant que « le gars central dans ce dossier-là, c’est Brian Mulroney » (président du conseil de Québecor).

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’on dit « qu’ils vont venir » depuis des années, M. Labeaume rétorque que ça ne fait pas dix ans que l’amphithéâtre est construit. « Non, non, ça fait deux ans. On relaxe, là ? »

Concernant les faibles assistances au Centre Vidéotron (pour Arcade Fire ou le match pré-saison Canadien-Bruins), il répond que, personnellement, il n’est pas allé au match « parce que ça ne [l]’intéressait pas. Peut-être que je vais y aller le 27 [septembre], parce qu’on va avoir des vraies équipes ».

À propos du fait que la Ville ait dû rembourser une partie du loyer à Québecor parce que les revenus étaient insuffisants, il répète que « la Ville ne perd pas un sou avec ça. […] Y a pas une entente en Amérique du Nord qui est aussi lucrative ».

Il reconnaît toutefois avoir prévu de dégager plus de revenus de l’équipement. « J’ai dit ce que j’avais à dire à Québecor, finit-il par ajouter. J’ai dit que j’espérais que Québecor s’arrange pour en faire, des profits. »

La Meute

Interpellé sur la montée apparente de la xénophobie à Québec, le maire ne ménage pas ses mots sur le groupe La Meute. L’épisode du référendum à Saint-Apollinaire, selon lui, a même davantage nui à l’image de Québec que l’attentat du 30 janvier. « La tuerie, ç’a été vu comme un geste isolé. Mais La Meute, ça, c’est pas drôle. La Meute va plus affecter Québec potentiellement. »

Quoi faire alors ? « Quand ils restent dans le corridor légal, tu ne peux pas les empêcher d’exister, comme un Club optimiste. […] Le problème, c’est que là, tout est cool, mais quand ils vont décider qu’il faut donner un petit coup de main pour sauver la race… »

L’autre problème, poursuit-il, c’est que « ce n’est pas du mauvais monde ». « Il y a comme un sentiment de dépossession » dans l’air.

Le gouvernement, poursuit-il, doit « expliquer, dialoguer ». Or, quand on l’interroge sur la consultation sur la discrimination systémique, il soupire et dit qu’il va « les laisser aller » et « tenir son rang ». Et d’ajouter qu’il en parlera plus après les élections.

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