Transport: Labeaume promet de desservir les banlieues plus éloignées de Québec

En réponse aux citoyens qui lui ont émis des plaintes, le maire a affirmé que la «restructuration majeure» du Réseau de transport de la capitale, prévue cet automne, fera en sorte «qu’on ne reconnaîtra même plus le réseau actuel».
Photo: Yan Doublet Le Devoir En réponse aux citoyens qui lui ont émis des plaintes, le maire a affirmé que la «restructuration majeure» du Réseau de transport de la capitale, prévue cet automne, fera en sorte «qu’on ne reconnaîtra même plus le réseau actuel».

Le maire de Québec, Régis Labeaume, est résolu à ajouter 20 kilomètres au parcours prévu pour les lignes du Service rapide par bus (SRB) vers le nord et l’est de la ville. Un compromis qui pourrait rendre son projet plus populaire dans les banlieues.

« Il n’y aura pas de réseau de transport structurant sans qu’on aille au nord et à l’est de la ville, a-t-il déclaré samedi au sortir de sa dernière consultation sur la mobilité. Ça, je veux garantir ça au monde, je veux qu’ils le sachent. »

L’ancien parcours du SRB s’arrêtait au nord à la 41e rue, à la hauteur de Charlesbourg. Du côté est, il allait rejoindre l’éco-quartier D’Estimauville près du fleuve. Or le maire souhaite maintenant le prolonger vers les banlieues plus éloignées. Les 20 kilomètres équivalent à la longueur du parcours prévu sur la Rive-Sud dans l’ancien projet de Service rapide par bus. « On avait 20 kilomètres structurants au sud, pourquoi on ne prend pas 20 kilomètres structurants au nord ? », a demandé M. Labeaume.

Forte participation. Malgré le beau temps de samedi, les gens ont participé en grand nombre à la consultation qui a fait salle comble mercredi et samedi.

Au total, 750 personnes y ont participé en personne et 5500 l’ont fait par Internet. Les citoyens peuvent en outre déposer des mémoires jusqu’au 13 août sur le site Web de la Ville.

« Il y a de l’appétit, il faut recommencer à en parler. On a un projet sur lequel on a travaillé fort qui n’a pas fonctionné. La pire affaire, c’est de ne pas en parler, a déclaré le maire à la fin. On a un cheminement sur ça jusqu’à l’automne. C’est inévitable qu’on va parler de ça pendant les élections. »

Réseau actuel critiqué. Samedi, la consultation dans le nord de la ville a permis d’entendre de nombreux citoyens s’estimant oubliés par le réseau actuel de transport en commun. « Surtout, n’oubliez pas les banlieues, a lancé Nadège Doyon. Je parle au nom des banlieues; je trouve que le projet [de SRB] est encore fixé sur le centre-ville : Sainte-Foy, Limoilou, etc. […] C’est là où le transport [en commun] est le mieux, mais il est pourri à l’extérieur. »

Lors de la même séance, un résidant de Limoilou a raconté qu’il avait mis une heure en bus à se rendre à la consultation « en faisant quelques transferts » alors qu’à peine 15 kilomètres séparent les deux secteurs. En après-midi, lors de l’audience à Sainte-Foy, un citoyen a souligné que le trajet entre l’Aquarium de Québec et la Base de plein air de Sainte-Foy se faisait « plus vite à pied qu’en autobus ».

« Ils ont raison, a réagi le maire en fin de journée. Sauf que le projet avec lequel le RTC [Réseau de transport de la Capitale] s’en vient à l’automne, c’est une restructuration majeure. Peut-être qu’on ne reconnaîtra même plus le réseau actuel. »

Parc-o-bus réclamés. De nombreux citoyens ont aussi demandé à la Ville de créer davantage de parc-o-bus près des autoroutes, ce qui, disent-ils, rendrait le transport en commun plus attrayant. Il se trouve que le RTC est justement en déjà train d’en construire quatre, ce qui permettrait d’offrir 1500 places de stationnement.

Le maire y voit une façon « de valoriser l’automobile ». À la sortie des consultations samedi, il a émis l’idée d’installer des garderies à proximité des parc-o-bus pour faciliter la conciliation travail-famille.

Train de banlieue. La proposition d’un des membres du comité consultatif, Érick Rivard, de développer un train de banlieue a fait beaucoup jaser ces derniers jours. L’architecte suggère d’utiliser la voie ferrée déjà existante sur le territoire pour développer un projet de ce genre. Chose certaine, ce ne serait pas possible vers le nord puisque l’ancienne emprise ferroviaire est devenue une piste cyclable très populaire (le Corridor des cheminots). Par contre, ce serait possible vers l’est. À suivre donc.

Les absents. Le mouvement des anti-SRB qui a mené à la création du Parti Québec 21 a quant à lui brillé par son absence lors de ces consultations. Il a fallu attendre samedi matin dans Neufchâtel pour entendre s’élever des voix contre les voies réservées aux autobus. « Le principal problème des solutions proposées jusqu’à présent est qu’elles enlèvent des pistes de circulation aux automobiles », a déclaré André Guay un résidant du secteur de Sainte-Foy.

Malgré tout, dans la majorité des cas, la frustration de ces automobilistes ne s’accompagnait pas d’une objection de fond au développement d’un meilleur réseau de transport en commun. Ce que n’a pas manqué de noter le maire. « Même ce matin dans un lieu où les gens devraient être naturellement plus rébarbatifs face à tout ça, les gens ne disent pas qu’ils ne veulent pas de transport collectif, ils disent que le transport collectif n’est pas satisfaisant pour [eux] autres. […] Si notre objectif, c’est d’améliorer le transport collectif, les gens vont être d’accord. »

La révolution technologique. Pendant les consultations, plusieurs personnes ont invité la Ville à être plus à l’écoute des nouvelles technologies, certains conseillant carrément au maire « d’appeler Google » ! Samedi, ce dernier a fait savoir qu’une « révolution technologique » se fomentait déjà au RTC. « Pourquoi avoir un grand autobus entre 18 h et 24 heures à Val-Bélair pour à peu près 60 clients pendant toute la soirée ? », s’est-il demandé tout haut lors d’une mêlée de presse. « Les 60 clients pourraient nous dire où ils veulent aller et à quelle heure, et on pourrait peut-être les transporter en taxi, en Uber, en taxi collectif, et ça nous coûterait beaucoup moins cher. »