Mobilité: les banlieues se font entendre

La ville de Québec tenait sa troisième consultation sur la mobilité, samedi matin.
Photo: Yan Doublet Archives Le Devoir La ville de Québec tenait sa troisième consultation sur la mobilité, samedi matin.

Après deux consultations sans confrontation sur la mobilité à Québec, la séance de samedi matin a finalement permis d’entendre les points de vue des résidants des banlieues plus éloignées. Des points de vue variés qui ont surtout révélé à quel point certains secteurs étaient mal desservis par le réseau de bus actuel.

« Il faut améliorer le transport en commun », a lancé Pierrette Martel. « On est 25 personnes debout pour se rendre de Québec à Loretteville. Il fait 25 degrés pis ça sent le cow-boy ».

« De tout temps, il n’y a jamais eu d’accès entre Loretteville et Val-Bélair », a quant à elle fait valoir Francine Dion du Groupe Action Val-Bélair. Et d’ajouter qu’il n’y avait pas non plus de transport en commun « proche du bureau d’arrondissement ».

La ville tenait sa troisième consultation sur la mobilité samedi matin au Centre communautaire Michel-Labadie dans la banlieue nord de la ville à Neufchâtel. Malgré le beau temps, une trentaine de personnes y ont participé.

Caroline Brodeur, une mère de quatre enfants de Loretteville, a expliqué que sa famille avait trois voitures faute d’alternatives. « L’option du transport en commun elle n’existe pas pour moi. C’est une réalité à laquelle je ne peux pas adhérer mais j’ai envie d’y adhérer. »

Les échanges ont aussi permis d’entendre le point de vue de gens qui ne voient tout simplement pas l’utilité d’investir dans un nouveau projet de transport en commun.

« Le principal problème des solutions proposées jusqu’à présent est qu’elle enlève des pistes de circulation aux automobiles », a déclaré André Guay un résidant du secteur de Sainte-Foy.

Malgré la présence d’un fort mouvement d’opinion contre les grands projets de transport en commun — à la radio privée notamment — ce point de vue ne s’était pas encore fait entendre avant samedi dans les consultations.

Pour quelqu’un des banlieues, a ajouté M. Guay, un projet comme le Service rapide par bus (SRB) signifie « moins de voies circulables, une facture salée, une situation pire qu’avant. »

« N’oubliez pas les banlieues »

Même si la ville a abandonné son projet de SRB, elle présente les grandes lignes du projet dans le cadre des consultations et défend l’idée d’investir dans un nouveau « réseau structurant ».

Or la cause n’est pas entendue pour tout le monde. « Surtout n’oubliez pas les banlieues, a lancé Nadège Doyon. Je parle au nom des banlieues je trouve que le projet est encore fixé sur le centre-ville : Sainte-Foy, Limoilou etc. […] C’est là où le transport [en commun] est le mieux mais il est pourri à l’extérieur ».

À ses yeux, l’initiative en transport la plus prometteuse des dernières années est Uber « mais vous leur avez coupé les deux pieds », a-t-elle dit.

Juste après, un résidant de Limoilou a raconté qu’il avait mis une heure en bus à se rendre à la consultation « en faisant quelques transferts » alors qu’à peine 15 kilomètres séparent les deux secteurs.

Un autre participant a ensuite exprimé des inquiétudes sur l’idée d’un train de banlieue qui a été évoquée de plus en plus ces derniers jours. « On parle entre les branches d’un train de banlieue, a fait valoir Robert Martel. Quelle pertinence alors qu’on a déjà converti la voie ferrée en piste de cheminots [une piste cyclable] ? »

Enfin, un ancien résidant de São Paulo installé dans la banlieue nord de Québec a raconté qu’il s’était installé à Québec pour la qualité de vie mais que « l’unique chose » qui la ternit est « la situation du trafic qui empire chaque année ».

3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 10 juin 2017 13 h 48

    C'est toujours la même chose

    Le transport en commun dans des banlieues de faible densité n'est pas efficace. La population est trop dispersée et les distances à parcourir sont trop grandes. Tout le monde est donc tenu d'avoir son automobile et les routes et les ponts sont bloqués aux heures de pointe.

    Répétons le encore une fois: il faut planifier à l'avance le transport avant de laisser les banlieues s'étaler. Cela implique que le gouvernement provincial doit imposer un minimum de densité aux développements immobiliers.

  • Luc Fortin - Inscrit 11 juin 2017 06 h 44

    Comme si l'automobile et Uber avait besoin que l'on se porte à sa défense à Québec?!

    « Malgré la présence d’un fort mouvement d’opinion contre les grands projets de transport en commun — à la radio privée notamment — ce point de vue ne s’était pas encore fait entendre avant samedi dans les consultations. »

    Mme Porter que la radio privée retirant de forts revenus publicitaires du secteur de la vente des autos est une chose, que TVA en fasse autant ne m'étonne guère. Par contre que le journal Le Devoir qui me sollicite constamment avec sa campagne « La survie du Devoir dépend de vous. » fasse une couverture biaisée de ce dossier en n'accordant de la couverture qu'à la séance en banlieue comme si sa survie ne dépendait que des revenus publicitaires des concessionnaires d'automobiles est décevant.

    Vous aurez contribué à me faire envisager de mettre fin encore une fois à mon abonnement au journal Le Devoir. Pour ce qui est de la campagne « jesoustiensledevoir.com » oubliez-moi! Je vais contacter votre service à la clientèle pour me plaindre. Si jamais vous souhaitez aller travailler dans les médias de PKP vous avez toutes les qualifications nécessaires.

  • Jean Richard - Abonné 11 juin 2017 08 h 23

    Un choix douteux mais qu'on doit respecter

    « Je parle au nom des banlieues je trouve que le projet est encore fixé sur le centre-ville : Sainte-Foy, Limoilou etc. […] C’est là où le transport [en commun] est le mieux mais il est pourri à l’extérieur ».

    A-t-on vraiment forcé les gens à s'établir ou à s'exiler de plus en plus loin du centre-ville, repoussant années après années les limites de la banlieue au détriment soit de la nature sauvage, soit du territoire agricole ? La réponse est non. Les gens ont librement choisi ce modèle de développement centré sur le tout-à-l'auto et où le transport collectif est déficient car il n'a pas sa place dans le sanctuaire de l'automobile individuel et qu'il coûte excessivement cher à la collectivité.

    Le modèle banlieusard est incompatible avec les transports collectifs. Alors, à quoi bon insister ? Il faut respecter ce choix des gens pour le tout-à-l'auto.

    Sauf que... Sauf que le tout-à-l'auto devient incompatible avec les quartiers qui se sont développés autour des transports collectifs (il y a déjà eu un réseau de tramway à Québec et les trams ne circulaient pas à Val Bélair mais plutôt dans Limoilou, Saint-Roch, Saint-Jean-Baptiste...

    De plus en plus de gens découvrent, soit en lisant, soit en voyageant, que les villes qui ferment de plus en plus leurs portes à la voiture individuelle pour axer la mobilité à la fois sur le transport collectif et le transport actif (marche et vélo) voient non seulement leur qualité de vie s'améliorer, mais aussi leur situation économique. Québec doit réorienter la mobilité des quartiers centraux et l'axer sur les transports collectifs ou actifs. Et pour y arriver, il faut concentrer les ressources aux bons endroits. Gaspiller ces ressources pour donner des transports collectifs à des gens qui n'en veulent pas, c'est la chose à ne pas faire. La survie du centre-ville ne sera pas assurée sous l'emprise du tout-à-l'auto. Il faudrait y songer en voyant les commerces quitter le quartier Saint-Roch...