Le nettoyage à l’eau potable par crainte de la légionellose

«Le Devoir» révélait le mois dernier que la Ville de Québec utilise de l’eau potable à grands jets pour nettoyer ses rues et ses trottoirs.
Photo: Marie-Michèle Sioui Le Devoir «Le Devoir» révélait le mois dernier que la Ville de Québec utilise de l’eau potable à grands jets pour nettoyer ses rues et ses trottoirs.

La Ville de Québec est disposée à revoir ses pratiques en matière d’arrosage des rues à l’eau potable. Mais pour cela, il faudra qu’on dissipe ses inquiétudes sur la légionellose.

« C’est sûr qu’on a été refroidi beaucoup par la légionellose. 2012, ça a été l’année charnière », a raconté en entrevue le directeur de la division de la qualité de l’eau de la Ville, François Proulx.

Le 10 avril dernier, Le Devoir révélait que la Ville utilise de l’eau potable à grands jets pour nettoyer ses rues, en dépit de son souci d’être exemplaire et « aquaresponsable » en matière de gestion de l’eau. La Ville s’était défendue en disant qu’il lui était impossible de procéder autrement.

Pourtant, en 2010, un rapport de Roche qu’elle avait commandé recommandait de cesser cette pratique et d’utiliser plutôt de l’eau de pluie recueillie sur les toits ou encore en amont des prises d’eau. « Du point de vue technique, économique et environnemental, il est faisable pour la Ville de Québec d’aménager des sources d’eau brute sur son territoire afin de les utiliser à des fins municipales », peut-on lire dans le document.

Par la suite, « on a énormément développé l’utilisation d’eau brute », explique M. Proulx.

Les employés de la Ville ont commencé à récolter de l’eau brute dans un puits de Val-Bélair et à l’entrée des usines de traitement de l’eau. Surtout, on s’est mis à récupérer de l’eau de pluie sur les toits de différents immeubles du centre-ville, secteur où on consomme le plus d’eau potable pour l’arrosage.

On essaie juste d’éviter tout ce qui peut contenir des bactéries

 

Des hypothèses

Or, la récolte d’eau de pluie a été interrompue lors de l’éclosion de la légionellose à l’été 2012. On sait maintenant que la source de l’éclosion se trouvait dans une tour de refroidissement sur les toits de l’immeuble de la CSQ dans le quartier Saint-Roch. Or dans les semaines précédant cette découverte, toutes les sources d’eau stagnante sur les toits avaient été soupçonnées.

« Nos collègues de l’étranger, qui avaient vécu des épisodes de légionellose, nous disaient que ça venait d’eau vaporisée dans les airs. Que dès que ça touchait du métal ou qu’il y avait du limon dans un réservoir, ça pouvait créer des problèmes. » On n’a donc pas couru le risque.

« Québec est la seule ville au Canada à avoir vécu deux éclosions de légionellose en dix ans », rappelle-t-il. Il souligne en outre que l’eau potable utilisée pour arroser les rues et les plantes compte pour moins de 1 % de la consommation de la ville et que son coût est très faible.

Or qu’en est-il de Trois-Rivières ? Là-bas, on utilise actuellement de l’eau de pluie recueillie ainsi sur les toits d’immeubles municipaux. Est-ce à dire que les résidants de Trois-Rivières courent un risque ?

Non, rétorque M. Proulx, qui reconnaît que Québec n’a jamais eu de preuve ou de données démontrant que la cueillette des eaux de pluie pouvait provoquer des éclosions. « C’est seulement des hypothèses et ce sont des hypothèses difficiles à démontrer. On essaie juste d’éviter tout ce qui peut contenir des bactéries qu’on distribue en vaporisation de l’eau. »

Par ailleurs, à la suite de l’article du Devoir, une entreprise de Québec l’a informé de l’existence d’un produit permettant de traiter l’eau de pluie dans les camions, ce qui permettrait de prévenir la légionellose. « Déjà, ça ferait plus mon affaire, parce qu’au moins il y a une désinfection qui se fait », d’expliquer M. Proulx.

Si cela s’avérait, la Ville pourrait revoir ses façons de faire, dit-il. « J’ai transféré ça aux gens qui s’occupent de l’arrosage des rues pour regarder ça, dit-il. Si c’est possible de le faire à faible coût, on va l’utiliser, bien sûr. »

Le fonctionnaire s’est montré en outre intrigué par le cas de Trois-Rivières. « Il faudrait peut-être que je les appelle. Je vais leur demander comment ils gèrent la question de la légionellose. »

Joints par Le Devoir, ces derniers affirment que la légionellose n’est aucunement une source d’inquiétude. « On n’a pas eu de problèmes de légionellose et ça fait trois ans qu’on fonctionne de la sorte », a affirmé le porte-parole de la ville, Yvan Toutant.

1 commentaire
  • Jean-Yves Arès - Abonné 20 mai 2017 11 h 30

    L'art de se fabriquer des problèmes...


    Ou alors il y a quelques chose qui m'échappe.

    Québec est collé sur un des grands fleuves de la planète, et elle y puisse déjà un peu plus de 20% de son eau potable.

    Comment peut-on en venir a vouloir receuillir l'eau des toitures, avec tout le travail et infrastructures que cela requière (canalisations, milliers de réservoirs, transfert d'eau ''a la mitaine'', etc), alors que l'on est planté devant un fleuve qui débite en moyenne 12.3 millions de litres d'eau a la seconde ?

    Et ce n'est surment pas l'évitement du coût de traitement qui peut justifié cette gêne induite a utiliser de l'eau potable pour nettoyer des rues. Statistique Canada nous donnait un coût moyen au Canada sous les 0.15$ pour le traitement d'un mètre cube (1,000 litres) en 2007.

    http://www.statcan.gc.ca/pub/16-002-x/2011001/part