Le sel de déglaçage contamine les eaux souterraines à Québec

L’épandage de sel de déglaçage sur les routes contribue notamment à la dégradation des sources d’eau.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir L’épandage de sel de déglaçage sur les routes contribue notamment à la dégradation des sources d’eau.

Des chimistes ont découvert des quantités anormales de sel dans les puits artésiens du bassin versant de la rivière Saint-Charles à Québec. Cela découle directement de l’épandage de sel de déglaçage sur les routes.

Une étude menée dans 900 puits privés a démontré que 56 % de ceux se trouvant dans le bassin versant de la rivière Saint-Charles contenaient du chlorure de sodium.

La Communauté métropolitaine de Québec suit de près ce dossier depuis quelques années à cause de la dégradation du principal réservoir d’eau potable de la Vieille Capitale, le lac Saint-Charles (la tête du bassin versant). En l’espace de cinq ans, le lac a pris l’équivalent de 25 ans d’âge, et le couvert de plantes aquatiques a augmenté de 40 %.

Puisque le chlorure de sodium n’est pas naturellement présent dans la géologie de ce milieu, il provient nécessairement du sel de déglaçage, selon les chercheurs.

Dans onze puits à l’étude, l’eau était si salée (plus de 200 mg par litre) qu’elle posait des risques sérieux pour la santé et a requis des travaux immédiats.

La présence de sel dans les puits « affecte le goût de l’eau et a le pouvoir de corroder la plomberie domestique et de favoriser l’émergence d’une contamination aux métaux [ex. : le plomb et le cuivre] », explique-t-on dans l’étude.

Des technologies de type« osmose inverse »peuvent régler le problème, mais elles sont très coûteuses.

Si l’impact du sel sur la santé humaine est limité, il peut par contre contribuer à la dégradation des sources d’eau en nourrissant les plantes envahissantes dans les lacs. Un problème jugé « préoccupant » par les auteurs de l’étude.

Un enjeu nord-américain

L’étude a été réalisée en 2016 dans 900 puits privés des deux bassins versants. Le choix des puits a été fait en fonction des volontaires. Or, étant donné que les participants s’attendaient à avoir une eau de bonne qualité, les chercheurs jugent que les résultats sont prudents. Entre 6000 à 7000 puits se trouvent sur le territoire étudié.

Elle a en outre révélé la présence de la bactérie E. coli et d’autres coliformes dans un cinquième des puits, ce qui peut avoir un impact sur la santé humaine. La situation est toutefois facile à renverser avec l’ajout de filtres ou le recours à des lampes à ultraviolets, a-t-on expliqué.

La région de Québec n’est pas la seule dans cette situation. À travers l’Amérique du Nord, une majorité de lacs présenterait des concentrations anormales de sel, selon une étude de l’Université Madison rendue publique cette semaine.

Labeaume pressé

Pour le maire de Québec, Régis Labeaume, c’est un argument de plus pour sévir contre l’étalement urbain et les nouveaux projets immobiliers dans la couronne nord de Québec.

« Nos sources d’eau potable sont vulnérables entre autres à cause du développement immobilier irresponsable sur certains territoires », a-t-il dit, faisant allusion à la ville de Stoneham, « où on a bâti encore récemment des rues et même des quartiers sous fosses septiques ».

Le maire est toutefois moins clair quant aux changements qu’il préconise pour régler le problème du sel. Mercredi, il a dit qu’il n’était pas prêt, par exemple, à réclamer une réduction des limites de vitesse sur les autoroutes du secteur ou encore à réduire le recours au sel de déglaçage.


Le sel banni à Lac-Delage

Pendant ce temps, l’une des municipalités de la couronne nord de Québec, Lac-Delage, a remplacé les sels de voirie par du sable sur tout son territoire. La municipalité procède ainsi depuis au moins six ans, explique le directeur des travaux publics, Sydney Lavoie. La Ville a pris cette décision pour protéger le lac Delage qui se trouve au coeur de la municipalité. Aux abords du lac, on limite aussi l’épandage de sable pour ne pas provoquer trop d’ensablement sur les rives. « Trois fois sur cinq, on n’en met pas parce que ce n’est pas glissant et nécessaire », dit M. Lavoie. Au cours des prochaines années, la Ville compte enfin installer sur le bord du lac des filtres pour capter le sable à l’entrée du lac et le récupérer.