Le crucifix retrouve son mur dans le hall d’entrée

Le crucifix est de retour à l’entrée de l’Hôpital du Saint-Sacrement, à Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le crucifix est de retour à l’entrée de l’Hôpital du Saint-Sacrement, à Québec.

La décision du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHU) de réinstaller le crucifix dans le hall d’entrée de l’hôpital Saint-Sacrement a été saluée par le premier ministre Philippe Couillard, qui promet que ces questions seront mieux encadrées dans le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État.

« À mon avis, il n’était pas justifié d’enlever le crucifix, mais les décisions sont prises localement », a déclaré le premier ministre Couillard en marge d’une activité dans le Bas-Saint-Laurent mercredi. « Être ouvert et tolérant, ça ne veut pas dire qu’il faut effacer notre patrimoine et notre histoire, c’est très important de le dire. »

À un journaliste qui lui demandait si la décision de l’hôpital n’avait pas découlé du manque de directives gouvernementales sur ce plan, M. Couillard a rétorqué que « c’est pour ça » qu’il voulait légiférer. « On espère faire adopter le projet de loi 62, dont une partie importante est l’encadrement des demandes d’accommodement pour fournir des guides », a-t-il dit en précisant que le projet de loi introduisait « le principe du patrimoine ».

Le projet de loi dit qu’il faut protéger les « éléments emblématiques ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec, notamment du patrimoine culturel religieux, qui témoignent de son parcours historique ». À cela s’ajoutera « le principe de l’effort réciproque » par lequel « la personne qui demande l’accommodement doit s’engager dans une démarche pour trouver une autre solution [plutôt] que de perturber une institution ».

Dans la semaine du 7 février, un patient de l’hôpital avait porté plainte auprès de la direction concernant la présence d’un crucifix. La direction avait cédé à ses critiques en se basant, disait-elle, sur le principe de neutralité religieuse de l’État dicté par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Mercredi midi, le CHU de Québec-Université Laval (CHU) a annoncé par voie de communiqué qu’il allait réinstaller le crucifix « à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ». Le MSSS considère « qu’il ne s’agit pas ici de la neutralité religieuse de l’État, mais du respect de l’histoire de l’hôpital, du caractère patrimonial religieux et surtout du respect et de la reconnaissance à avoir envers nos mères fondatrices, la communauté des Soeurs de la Charité ».

Après l’annonce, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a vertement critiqué la décision initiale du CHU dans cette affaire. « On est en 2017 ici, on n’est pas en 1917 ; en 1917, il y a un pays qui s’appelait la Russie qui a décidé d’effacer toutes les références historiques et patrimoniales à la religion. Ce n’est pas demain matin au Québec qu’on va commencer à enlever le nom des hôpitaux parce que c’est Saint-Sacrement, Hôtel-Dieu, Saint-Joseph, Saint-Georges », a-t-il déclaré en entrevue à RDI.

Le revirement a en outre été très bien accueilli par l’archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix.

Le Service de police de la Ville de Québec (SVPQ) a par ailleurs arrêté un homme mardi soir pour avoir menacé l’hôpital et sa direction dans cette affaire. Le sort de ce résidant de Québec dans la cinquantaine est maintenant entre les mains du Directeur des poursuites criminelles et pénales. Le crucifix doit être remis en place ce jeudi et le CHU a invité les médias à venir le photographier en matinée.

48 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 mars 2017 12 h 52

    En 2017 ?

    Se chicaner encore à propos de religion. Les fidèles de toutes les sectes et religions vont maintenant réclamer leurs symboles religieux dans les lieux publics au nom de la Charte, de la Diversité, de l'inter- ou du multi-culturalisme. Comme les stupides insignes ethniques sur le drapeau de Montréal.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 2 mars 2017 09 h 19

      Allons donc monsieur Terreault,

      Pour que la neutralité religieuse de l'État puisse continuer de rimer avec la défense des libertés individuelle et publiques, il nous faut toujours revenir sur les contours et les limites de cette notion, sans jamais se lasser, au nom du vivre-ensemble.

  • Patrick Boulanger - Abonné 1 mars 2017 12 h 54

    Décevant

    Or le ministère ne l’entend pas ainsi, explique-t-on dans le communiqué. Le MSSS considère « qu’il ne s’agit pas ici de la neutralité religieuse de l’état (sic) mais du respect de l’histoire de l’hôpital, du caractère patrimonial religieux et surtout du respect et de la reconnaissance à avoir envers nos mères fondatrices, la communauté des Soeurs de la charité ».

    Le discours du ministère ressemble étrangement au discours du PQ par rapport au crucifix à l'Assemblée nationale. C'est décevant cette façon du justifier le maintien d'un crucifix dans un établissement... public.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 2 mars 2017 09 h 29

      Monsieur Boulanger,

      Votre intolérance est manifeste; reconnaissez-vous votre incapacité de rejoindre l’autre dans sa différence, voire votre refus délibéré de cette différence.

      Je te respecte, tu me respecte ...nous nous respectons.

      Les États de droit doivent respecter deux caractéristiques essentielles qui permettent d’assurer à tous et à chacun le respect de ses droits humains universellement ratifiés au lendemain de la seconde guerre mondiale. Un État laïque se doit ainsi de garantir le respect de la liberté de conscience de chacun et le bon fonctionnement démocratique de ses institutions dans le respect du pluralisme religieux.

    • Gilles Théberge - Abonné 2 mars 2017 10 h 24

      Cet anti "péquisme" me sidère.

      C'est comme si toutes les mesures, devaient être examinées à cette aulne.

      C'est vraiment désespérant!

    • Patrick Boulanger - Abonné 2 mars 2017 10 h 40

      @ M. Gascon

      M. Gascon, non, je ne le reconnais pas et je ne suis pas irrespectueux pour autant. À mon sens, les institutions pupliques (!) doivent éviter l'utilisation de symboles religieux tels que les crucifix. Et cela ne brime en rien la « liberté de conscience », le « bon fonctionnement démocratiques de nos institutions » et le « respect du pluralisme religieux » au Québec.

    • Patrick Boulanger - Abonné 2 mars 2017 11 h 58

      @ M. Théberge

      M. Théberge, c'est juste fait une comparaison avec le PQ; une comparaison qui me semble juste, d'ailleurs. Ne vous laissez pas sidérer pour si peu!

    • Pierre R. Gascon - Abonné 2 mars 2017 15 h 09

      Monsieur Boulanger,

      Je veux vivre en bonne intelligence avec les autres; vous aussi, je n'en doute pas.

    • Patrick Boulanger - Abonné 2 mars 2017 16 h 21

      @ M. Gascon

      M. Gascon, que voulez-vous dire par « bonne intelligence »? C'est la première fois que je lis ce terme.

    • Michèle Cossette - Abonnée 3 mars 2017 22 h 13

      @ Patrick Boulanger

      Vous pouvez consulter le Petit Robert, c'est à la toute fin de l'entrée "intelligence". Mëme chose dans le Petit Larousse.

  • Pierre R. Gascon - Abonné 1 mars 2017 13 h 14

    déconfessionnalisation et déchristianisation

    En décrochant ce crucifix inoffensif d'un homme en train de mourir sur une croix, le CHU de Laval a manqué de respect pour plusieurs personnes;

    et, c'est en voulant respecter la croyance ou la non croyance du seul plaignant qu'une ordonnace a été exécutée de décrocher ce crucifix de l'enceinte du hall d'entrée du Centre hospitalier de l'Hôpital du Saint-Sacrement.

    Décision hâtive, rapide, non réfléchie et non négociée ne devrait être justifiée que par une raison de respect de l'ordre publique et non pas par une motivation antireligieuse.

    Historiquement, l’Église de Rome et ses institutions se sont substituées à l’État démantelé de la Nouvelle France pour assumer les deux missions essentielles de notre État naissant : peupler et mettre en valeur le territoire.

    De 1760 à 1960 ce sont ces institutions qui serviront d’armature aux assises de notre État qui va nous permettre de conserver notre cohésion nationale ; garantie de notre existence comme nation française en Amérique.

    Ensuite arrive : la déconfessionnalisation et la déchristianisation : l'ère de l'ultra modernité;
    cette ère d'incertitudes après celle de la modernité des certitudes de la Charte universelle des droits et libertés, adoptée par l'ONU à la suite des deux guerres mondiales.

    Je cris non à l'intolérance, car elle peut revêtir des formes multiples : idéologiques, politiques, sociale, culturelle, cultuelle etcetera, parce que ce qui est commun à toutes ces attitudes, c’est l’incapacité de rejoindre l’autre dans sa différence, voire le refus délibéré de cette différence.

    Le Dieu de nos ancêtres nous veut humains et fraternels; il n’est pas un tyran prompt à éliminer les opposants.

    Mais pourquoi transformons-nous nos particuralismes en barrières discriminatoires, comme si les bons étaient tous d’un côté et les méchants tous de l’autre?

    Ensemble, nous formons un champ sur lequel Dieu fait lever le soleil et tomber la pluie.

    • Luc André Quenneville - Abonné 3 mars 2017 08 h 55

      On est laïc ou on l'est pas. Le manque de resprect c'est de mettre un signe religieux où il n'a pas d'affaire. L'hôpital n'est pas un lieu de culte. Je n'ai pas à me faire imposer l'image d'un homme qu'on assassine et qu'on laisse mourir... surtout pas à l'hôpital!!! Vraiment? Pis l'univers a été en 6 jours?

    • Pierre R. Gascon - Abonné 3 mars 2017 11 h 57

      Monsieur Quenneville

      Un hôpital est-il un espace publique?

      Évitons ensemble de faire partie d’un courant militant qui souhaite étendre la référence de l’espace publique à la laïcité, non seulement à l’État mais à la société entière, réduisant ainsi l’expression publique et sociale des religions. Il s’agit d’une forme de laïcisme qui veut enfermer le religieux dans le domaine du privé et de l’intime et lui interdire toute forme d’expression dans l’espace public.

      À mon point de vue, la laïcité c'est le principe qui permet la libre expression, dans le respect de l'ordre public, des différentes convictions religieuses ou philosophiques qui s'expriment dans notre société moderne et pluraliste.

      J'ambition vivre dans une société, non pas où on bâillonne les religions, mais une société qui permet à celles-ci d’enrichir la vie sociale elle-même.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 1 mars 2017 13 h 49

    La remise en place du crucifix

    Enfin, une décision sensée qui fermera la porte aux tentatives de dé-baptisation de notre passé, qu’il s’agisse de noms de villes, d’écoles, d’hôpitaux que certains veulent dépouiller de leur préfixe « Saint- ».

    La population a parlé, à l’encontre des appels à l’auto-flagellation de la part des béni-ouioui de la soit disant bien-pensance qui accuse la population de populisme, de repli sur soi. Il ne s’agit pas ici de repli sur soi, mais de redressement de soi.

    Sans vouloir revivre le passé, le Québec a son histoire et son identité forgée au cours de 450 ans, et que l’on doit respecter.


    Aujourd’hui, je suis fier d’être Québécois.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 1 mars 2017 14 h 47

    Bravo

    Décision saine et logique.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 1 mars 2017 20 h 39

      saine...lol

      depuis quand la religion c'est saint et logique?

    • Pierre R. Gascon - Abonné 2 mars 2017 15 h 13

      Monsieur Parisotto, je vous invite à lutter contre l’ignorance des religions, en soutenant les initiatives émanant des croyants et des Églises.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 2 mars 2017 18 h 33

      ni dieu ni maître