Attentat de Québec: 11 chefs d'accusation déposés contre le suspect

Les forces de l’ordre ont refusé de faire des conjectures sur le mobile des auteurs de la fusillade de la <em>« Grande mosquée de Québec ».</em>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les forces de l’ordre ont refusé de faire des conjectures sur le mobile des auteurs de la fusillade de la « Grande mosquée de Québec ».

Le verdict est tombé en fin d'après-midi lundi: Alexandre Bissonnette a été formellement accusé pour l’attaque terroriste qu’il aurait perpétrée dans une mosquée de Québec dimanche soir. En tout, 11 chefs d’accusation ont été déposés contre lui, soit six de meurtre prémédité et cinq de tentative de meurtre. D’autres chefs d’accusation, notamment pour terrorisme, pourraient être ajoutés.

L’homme, un étudiant âgé de 27 ans, avait été arrêté dimanche soir. Il a comparu vers 18h, une heure tardive et inhabituelle, devant le juge Jean-Louis Lemay, de la Cour du Québec, au palais de justice de Québec.

Il sera de retour devant le tribunal le 21 février. La divulgation de la preuve sera alors effectuée et celle-ci sera remise à son avocat, a expliqué l’un des procureurs de la Couronne au dossier, Michel Fortin. D'ici là, l’accusé demeurera détenu puisqu'il n’a pas demandé au juge de la Cour du Québec devant lequel il a comparu d’être remis en liberté lundi. Seul un juge de la Cour supérieure peut entendre une telle demande dans les cas d’accusations pour meurtre. 

Déterminer les accusations
En avant-midi, l’équipe intégrée de sécurité nationale (GRC-SQ-SPVM-SPVQ) ainsi que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) s’affairaient toujours à déterminer les accusations qui seraient portées contre lui. 

Le haut gradé de la GRC avait alors refusé de faire publiquement des conjectures sur le mobile de la fusillade ayant arraché la vie à six fidèles âgés de 39 à 60 ans de la « Grande mosquée de Québec » — tous des hommes, avait-il toutefois confirmé. « L’enquête se poursuit afin d’identifier les motifs derrière les événements d’hier soir », a répété le responsable de la sécurité nationale de la Division C de la GRC. 

L’équipe intégrée de sécurité nationale a réitéré lundi que l’agglomération de Québec a été secouée dimanche soir par un attentat terroriste. Animés par des « motivations idéologiques, religieuses, politiques », les terroristes commettent des « activités violentes », a résumé M. Plante.

En fin de soirée lundi, les motivations exactes du suspect restaient encore inconnues. Le jeune homme n’a pas enregistré de plaidoyer.

Chronologie des événements
L’inspecteur Denis Turcotte (SPVQ) a pour sa part reconstitué la chronologie des événements qui ont plongé dans l’angoisse la communauté musulmane de Québec.

  • Vers 19 h 55

« Plusieurs appels » en provenance du Centre culturel islamique de Québec indiquant que « des coups de feu ont été tirés » ont été faits à la centrale 9-1-1. « Les policiers arrivent sur les lieux et procèdent à l’arrestation d’un suspect. Les autres policiers se dirigent à l’intérieur du centre et constatent qu’il y a plusieurs victimes et que l’incident est majeur. Dès que cette information nous est relayée, une vaste opération est déclenchée », a-t-il relaté.
 

  • Vers 20 h 10

Après avoir pris la fuite, un deuxième suspect « communique » avec la centrale 9-1-1. « Il mentionne alors être armé et nous parle de son geste. Il semble vouloir collaborer. Il mentionne être sur les feux d’urgence en bordure de la bretelle menant sur le pont de l’île d’Orléans. Le suspect est immobilisé et dit attendre l’arrivée des policiers. Une de nos unités du GTI [Groupe tactique d’intervention] se déplace sur les lieux et procède à l’arrestation du suspect. »
 
Au même moment, des dizaines de policiers cherchent à déterminer si les deux suspects ont été épaulés par un troisième et un quatrième suspect. Non, concluent-ils.
 

  • À 22 h

La structure de gestion policière contre le terrorisme (SGPCT) est activée. « Toutes les ressources nécessaires et les dispositions ont été mises en place afin de faire la lumière sur les circonstances entourant ce triste événement », a indiqué l’inspecteur-chef à la SQ André Goulet lundi avant-midi. À elle seule, la SQ a déployé 75 policiers, enquêteurs des unités des crimes contre la personne, des crimes majeurs, de la cybercriminalité, de la vigie des médias sociaux, en plus de psychologues judiciaires, de « profileurs », de techniciens en identité judiciaire, de techniciens en explosifs et de maîtres chiens.

« D’autres actions sont à venir, mais présentement la situation est sous contrôle », a conclu l’inspecteur Denis Turcotte, du SPVQ.

Les corps de police en état d’alerte
 

Des policiers en uniforme et en civil montent la garde depuis dimanche soir autour des lieux de culte fréquentés par les membres de la communauté musulmane. À Québec, « l’ensemble des mosquées fait l’objet d’une surveillance accrue depuis les événements ainsi que le site de l’Université Laval », a indiqué l’inspecteur Turcotte. À Montréal, le SPVM a donné comme instructions à tous ses policiers « d’augmenter le niveau de vigilance et de visibilité aux alentours des mosquées et tout endroit de regroupement musulman » tout particulièrement au moment de « la première prière du matin ».

L’inspecteur Denis Turcotte a également rappelé que le Centre culturel islamique de Québec a connu son lot d’«événements malheureux» au fil des derniers mois. «Tout le monde va se rappeler qu’il y a eu une tête de porc qui a été déposée [en juin 2016 devant le lieu de culte]», a-t-il affirmé en conférence de presse. Une «enquête d’assez grande envergure» avait été lancée par la suite. Les membres de l’équipe intégrée de sécurité nationale ont en main le rapport d’enquête, a-t-il fait remarquer.

46 appels ont été faits à la centrale d’information criminelle
1 commentaire
  • Claude Richard - Abonné 30 janvier 2017 11 h 56

    Représailles?

    À Montréal, le SPVM a instruit tous ses policiers « d’augmenter le niveau de vigilance et de visibilité aux alentours des mosquées et tout endroit de regroupement musulman » tout particulièrement au moment de « la première prière du matin ».

    Tout en protégeant ces lieux, peut-être faudrait-il aussi surveiller les endroits où pourraient frapper d'éventuels djihadistes en mal de représailles?