Des matières polluantes traitées en amont de la prise d’eau

Le site se trouve à l’ouest de la rivière Saint-Charles
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le site se trouve à l’ouest de la rivière Saint-Charles

Malgré toutes les précautions prises à Québec pour protéger la prise d’eau, l’entreprise Englobe décontamine des déchets polluants dans l’un des sites les plus fragiles du bassin versant. Et ce, avec l’accord du ministère du Développement durable.

Situé au 15989 du boulevard de la Colline, le site se trouve à l’ouest de la rivière Saint-Charles. On y fait ce qu’on appelle de la « bioventilation » : on amène sur le site des sols contaminés (par des produits pétroliers, par exemple), puis on les décontamine de façon biologique en y injectant de l’air pour stimuler la biodégradation des contaminants par les micro-organismes.

La Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), qui gère le dossier de l’eau potable, est préoccupée par la présence de ce genre de sites, mais souligne qu’ils ne relèvent pas d’elle. Ces centres « font partie intégrante du passif environnemental du bassin versant de la prise d’eau de la rivière Saint-Charles, a fait savoir la porte-parole de la CMQ, Émilie Bruneau. Les normes du RCI [Règlement de contrôle intermédiaire] s’appliqueront uniquement aux nouvelles industries qui désirent s’implanter dans les bassins versants des prises d’eau. »

Selon nos informations, le site exploité par Englobe abritait antérieurement une sablière, ce qui en fait une zone particulièrement à risque pour le bassin versant, parce qu’il est très perméable. Englobe est une firme spécialisée en génie des sols et de l’environnement. Elle est propriétaire du terrain depuis 1997. On traite par ailleurs des sols contaminés à cet endroit depuis 1991, selon le ministère.

La compagnie se montre rassurante

Chez Englobe, on nous assure qu’il n’y a pas de contamination du milieu. « On est là pour protéger l’environnement et pour restaurer les sols », a déclaré Alain Robichaud, vice-président des opérations pour la compagnie. Il souligne que la totalité des travaux de décontamination se fait sur d’immenses plateformes de béton étanches et que les matériaux sont recouverts de toiles. « Les opérations sont menées vraiment de façon diligente. […] Je peux vous assurer qu’il n’y a pas de raisons de s’inquiéter. »

Lorsqu’on lui fait remarquer que ce n’est peut-être pas l’endroit idéal pour mener ce genre d’activités, il ajoute que « ça prend des sites à proximité des marchés » et que ces sites-là « étaient là déjà depuis plusieurs années. »

De plus, l’entreprise Englobe opère en toute légalité et a obtenu en septembre un certificat d’autorisation du ministère du Développement durable pour mener ses activités. On recense une trentaine de sites du même genre à la grandeur du Québec.

Questionné sur les mesures prises pour limiter les impacts négatifs de ces activités sur l’environnement, le porte-parole du ministère, Frédéric Fournier, signale que l’entreprise doit s’en charger via « un programme d’autosurveillance » sur la « qualité des sols, la qualité de l’eau souterraine, des eaux de surfaces et des émissions atmosphériques ». Un bilan est remis au ministère chaque année, et ce dernier effectue « un suivi régulier du site. »

Le bassin versant de la rivière Saint-Charles compte au total une quinzaine de sablières sur lesquelles la Ville de Québec et la Communauté métropolitaine n’ont pas de prise en raison des droits acquis des propriétaires.