La diplomatie à Montréal près de la moitié du temps

Le maire de Québec, Régis Labeaume
Photo: Yan Doublet Le Devoir Le maire de Québec, Régis Labeaume

Malgré le fait que Québec ait le statut de capitale nationale, près de la moitié des rencontres entre le gouvernement du Québec et des dignitaires étrangers se sont déroulées dans la métropole au cours des derniers mois.

Sur 22 rencontres, 11 se sont déroulées à Québec, 9 à Montréal et 2 dans les deux villes, révèlent des données obtenues auprès du ministère des Relations internationales.

Cette semaine, le maire de Québec, Régis Labeaume, déplorait qu’un trop grand nombre de rencontres de ce genre se déroule encore dans la métropole. Une tendance qu’il espère voir renversée avec le projet de loi sur la capitale nationale (109).

« Là, on est bien patients, mais on peut devenir un peu impatients, a-t-il déclaré lors de son audience en commission parlementaire lundi. Par exemple, une fois la loi adoptée, si on entend parler qu’un dignitaire étranger a été accueilli à Montréal, là on va être moins patients. »

Le projet de loi établit que Québec est « le lieu privilégié et prioritaire » de l’accueil des dignitaires étrangers en visite au Québec, des rencontres diplomatiques, des sommets gouvernementaux, des grandes rencontres politiques et des négociations importantes, de toute nature, auxquels prend part le gouvernement.

Lundi, le maire de Québec a notamment insisté sur l’importance de tenir à Québec les grandes négociations syndicales. Depuis, Le Devoir a tenté en vain d’obtenir des informations sur la proportion de ces rencontres qui se tiennent à Montréal.

À la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), on a préféré ne pas commenter et la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ne nous avait toujours pas répondu jeudi après trois jours de demandes.

Selon nos informations, le libellé de la loi pourrait poser problème aux grandes centrales selon l’interprétation qu’on en fera. En effet, les grandes négociations avec le gouvernement se concluent d‘habitude dans la capitale, mais tout le travail des négociations sectorielles se déroule ailleurs, le plus souvent dans la métropole.

Quant aux sommets gouvernementaux, un grand nombre se tient déjà dans la capitale, qu’on pense au Sommet sur l’économie et l’emploi (1996), au Sommet de la jeunesse (2000) ou plus récemment au Sommet sur les changements climatiques (2015).

Il arrive par ailleurs souvent que le gouvernement dévoile des politiques importantes à partir de la métropole. Ce fut le cas par exemple en octobre pour la Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles, de la Stratégie québécoise de l’exportation 2016-2020 ou de la Politique québécoise en matière d’immigration en mars dernier.

Faire pression

Reste à savoir dans quelle mesure le gouvernement a l’intention de changer ses pratiques avec le projet de loi 109. Lorsqu’on lui a demandé lundi si on devait s’attendre à ce que davantage d’événements se tiennent à Québec, le ministre des Affaires municipal s’est montré vague.

« Ce sont des lignes que, comme gouvernement, on a écrites, et on s’engage à faire ce qu’on a dit, a-t-il déclaré à la sortie de la commission. Il faut que ça veuille dire quelque chose un statut de capitale nationale, alors il y a un article sur les grandes rencontres gouvernementales, sur les négociations avec les syndicats. Ça veut dire ce que ça veut dire. »

Quel qu’en soit l’impact immédiat, le maire de Québec a fait savoir qu’au minimum son administration s’en servirait pour faire pression sur le gouvernement et lui demander de se justifier quand des rencontres officielles ont lieu à Montréal plutôt que dans la capitale.

3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 18 novembre 2016 06 h 52

    Tant qu'à y être...

    M. Labaume devrait, dans la lancée, déplorer que tant de rencontres aient lieu à New-York sous prétexte que l'ONU y siège. Que je sache, New-York n'est la capitale de rien! Et Totonto, hein, Toronto ? Capitale mais si affaireuse, si peu représentative!

    Québec a une basse-ville, une haute-ville, des festivals et un été, tout ce qu'il faut quoi. Et aucun maire au monde ne peut se réclamer de savoir bomber le torse autant, hein, ho, ça compte!

    Vraiment, cette loi est profondément stupide. Comptabiliser les visites ! Pourquoi alors ne pas les pondérer selon le poids économique que représente le pays du visiteur, selon ces barêmes: le PIB du pays, pour 32,5%, les achats du pays au Québec, pour 18,75%, l'importation du Québec, pour 14,5%, et les capitalisations partagées pour la balance.

    Les sommes payées aux caisses électorales des partis par les compagnies y installées ici devraient servir à mesurer le temps permis aux visites hors-capitale, mais sous bonne garde et sans droit de prendre des photos, eh, on va pas perdre nos prérogatives iconiques comme ça!

    La tapis rouge sera réservé aux pays ayant déjà envoyé une équipe de hockey au tournoi pee-wee (de renommée internationale comme on sait), l'hymne national à ceux qui acceptent de porter la ceinture fléchée et un vin d'honneur à ceux qui sont capables de se prendre le pied avec la main droite!

    Il est des nôôôtres...

    C'est pas mal ça, là là.

    Comme le diraient si bien certains Québécois (dont Labaume autrefois à la Rédio), dire que je paie des taxes pour ça!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 novembre 2016 14 h 31

    Montréal et Québec, co-capitales de la Nation ?

    Plutôt que de lutter contre le vent, pourquoi le maire de Québec n'accepte-t-il pas de reconnaitre un état de fait: Québec est une magnifique et charmante ville de province mais Montréal est le cœur économique, culturel et politique de la Nation.

    À constamment voter pour la CAQ — qui prêche un ratatinement de l'État — pourquoi ne pas obéir à la volonté populaire des gens de Québec et diminuer cette présence jugée offensante de l'État dans la _Vieille_ capitale au profit de la Nouvelle, c'est-à-dire Montréal.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 novembre 2016 00 h 04

      J'ajouterais que lorsqu’un chef d’État étranger désire visiter une entreprise de haute technologie montréalaise, il serait stupide pour le premier ministre du Québec de refuser de le rencontrer sous le prétexte qu’une rencontre à Montréal risquerait de susciter la jalousie d’un roitelet de campagne.