La Ville de Québec veut déplacer une usine polluante

Depuis 2013, Anacolor a augmenté sa production et ses activités dérangent de plus en plus les résidants du secteur Cap-Rouge.
Photo: Aleksandar Georgiev / Getty Images Depuis 2013, Anacolor a augmenté sa production et ses activités dérangent de plus en plus les résidants du secteur Cap-Rouge.

L’administration Labeaume va tenter d’acheter le terrain de l’entreprise Anacolor, spécialisée dans la peinture de pièces métalliques, pour l’éloigner des quartiers résidentiels qui subissent ses mauvaises odeurs. Or, l’opposition lui reproche d’avoir mis trop de temps à agir dans ce dossier.

« Nous allons lui faire une offre cette semaine. Une offre pour acheter le terrain », a déclaré le maire de Québec, Régis Labeaume, lundi.

Située dans le secteur de Cap-Rouge, Anacolor a collaboré à de nombreux grands projets, dont le Centre Vidéotron. Or depuis 2013, elle a augmenté sa production et ses activités dérangent de plus en plus les résidants du secteur.

Les odeurs de solvant à peinture qu’elle dégage lui ont valu 170 plaintes depuis 2012. Le 1er septembre, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques l’a sommée de réduire de 90 % ses émissions de composés organiques volatils (COV), à défaut de quoi elle serait privée d’un certificat d’autorisation. Un mois plus tard, l’entreprise réagissait en contestant cette décision devant le Tribunal administratif.

« On pense qu’il [Anacolor] devrait déménager, a dit le maire. S’il se conforme aux exigences de l’environnement, ça va, mais malgré tout on va lui faire une offre. »

La Ville a l’intention d’offrir au groupe le prix de l’évaluation moins le coût des opérations de décontamination qu’elle prévoit devoir faire sur le terrain. Aucun montant n’a été rendu public lundi soir.

Une proposition de changement de zonage a été présentée la semaine dernière pour que le terrain ait une vocation résidentielle plutôt qu’industrielle. Si la modification est adoptée, le propriétaire de l’usine perdrait ses droits acquis d’exploiter une entreprise à cet endroit.

Labeaume outré par les allégations

Cette annonce a été faite trois heures après une sortie fracassante de l’opposition dans ce dossier. En début d’après-midi, Démocratie Québec (DQ) s’était demandé devant les médias si la lenteur à agir de la Ville dans le dossier ne découlait pas de la participation d’Anacolor au projet d’amphithéâtre. « Est-ce que l’entêtement du maire à vouloir respecter son échéancier de construction de l’amphithéâtre explique sa décision de ne pas intervenir pour faire respecter son règlement en matière de nuisance ? […] Est-ce qu’il y a eu de l’ingérence ? », a demandé le chef Paul Shoiry.

Prudent, le chef a toutefois refusé de formuler des accusations formelles en lien avec le Centre Vidéotron, se contentant, a-t-il dit, de « poser des questions ».

Appelé à réagir, Régis Labeaume n’en revenait pas. « Je ne pensais pas qu’on pouvait se rendre aussi bas. Les gens n’ont pas peur du ridicule. » Plus tard, au conseil municipal, il a ajouté que ces accusations « étaient très, très graves ». « Quelle sorte de politique ils sont en train de faire ? », a-t-il lancé avant de faire une comparaison avec la politique américaine.

Le maire a en outre souligné qu’il n’avait appris qu’en matinée qu’Anacolor était un sous-traitant d’Epsylon, l’entreprise qui a remporté l’appel d’offres d’entrepreneur général pour le Centre Vidéotron.

« J’ai été fort étonné de la sortie de M. Shoiry puisqu’il était à l’arrondissement lorsqu’on a discuté ces questions-là », a ajouté le président de l’arrondissement, Rémy Normand.

Quant à savoir pourquoi son équipe n’était pas intervenue avant, le président de l’arrondissement a rétorqué qu’il était plus efficace d’attendre que le ministère intervienne. « Le ministère de l’Environnement est arrivé avec un certificat d’autorisation avec ça de long de conditions. C’est 100 fois mieux que ce qu’on aurait pu faire à la Ville de Québec avec un règlement sur les nuisances qui est à peu près inopérant, a-t-il dit. Ça aurait pris des tonnes et des tonnes de démarches pour faire une preuve qui aurait eu le moindrement de l’allure. »