Ruée immobilière à Stoneham: trois petits lacs et une grosse inquiétude

Vincent Piette craint pour la survie des plans d'eau qui se trouvent dans la tête du bassin versant de la rivière Saint-Charles.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Vincent Piette craint pour la survie des plans d'eau qui se trouvent dans la tête du bassin versant de la rivière Saint-Charles.

L’étalement urbain et la pression immobilière dans la couronne nord de Québec ne dérangent pas seulement le maire Régis Labeaume et la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ). Des résidants de Stoneham pressent leur maire d’arrêter de délivrer des permis de construire.

« S’ils ajoutent des habitations, on est cuits », lance Vincent Piette de l’Association des propriétaires des Trois Lacs de Stoneham. « Peut-être pas à court terme, mais dans dix ou quinze ans, les lacs vont y passer. »

Le comité prend soin des lacs depuis pas moins de 40 ans. Ses membres ont commandé des diagnostics sur leur état de santé. Ils ont encouragé les résidants à revégétaliser les berges, à reboiser si nécessaire. Cette année, ils ont fait une corvée pour enlever le sable qui s’était accumulé dans les frayères où se reproduisent les poissons. « Si on veut que le lac reste vivant, ça prend des poissons », résume Danielle Malboeuf, également membre du comité.

D’une profondeur d’à peine deux mètres, les trois petits lacs se trouvent à 8 kilomètres au nord du coeur de Stoneham, dans la tête du bassin versant de la rivière Saint-Charles. Un total de 78 résidences se trouvent autour du point d’eau.

Photo: Francis Vachon Le Devoir Les riverains disent que l’ajout d’habitations mènerait à la mort des lacs.

Aucune habitation du secteur des trois lacs n’est reliée aux égouts. « Ce serait impossible, précise M. Piette. Le lotissement n’a pas été prévu pour ça ». Il faut donc s’en remettre aux installations septiques, avec la pression que cela entraîne sur l’environnement. « Pour préserver le lac, la limite est de 16 installations sanitaires autonomes par kilomètre carré, et on est rendus à 13. »

Il y a 20 ans, on n’y trouvait que des chalets. « Jusqu’en 1997, les chemins n’étaient pas ouverts l’hiver. Quand les enfants étaient petits, on les amenait au chalet en traîne sauvage. » Mais aujourd’hui, de jeunes familles s’y sont fait construire de belles grandes maisons. Lors du passage du Devoir, un autobus scolaire sillonnait le chemin de terre pour cueillir des écoliers.

M. Piette mentionne qu’il n’a rien contre cela et qu’il aime ses nouveaux voisins. « Sauf qu’on arrive à un moment donné où c’est plein. »

Pourquoi sonner l’alarme maintenant ? Parce que cet été, le promoteur Christian Déry a tracé de larges chemins forestiers à l’arrière de la montagne, où se trouve la station de ski de Stoneham, au-dessus des lacs.

Du vélo et des maisons

Propriétaire de l’entreprise Immeuble des Monts, M. Déry possède plus de 90 millions de pieds carrés entre Stoneham et Trois Lacs. Il gère aussi un OBNL dédié au plein air et aux sentiers de vélo (Événements sentiers actifs.)

Son intention est de développer un site de descente pour les amateurs de vélos de montagne et de vélos à pneus surdimensionnés. « On est tout à fait d’accord avec ça, explique M. Piette. Ce serait une belle utilisation du territoire. On verrait même très bien qu’il y ait un chalet d’accueil, sauf que… »

Sauf que M. Déry souhaite aussi faire du développement immobilier. Dans une entrevue accordée au Québec Hebdo en juillet, il disait vouloir aménager autour de son site récréatif un développement résidentiel pour financer le projet.

Dans son inscription au registre des lobbyistes, il dit vouloir jauger l’intérêt des municipalités voisines en vue de faire changer le zonage et accorder des permis de construire. On mentionne des maisons, des condos, des chalets et une microbrasserie. À l’heure actuelle, le zonage dans ce secteur est forestier, ce qui lui donne le droit de tracer des chemins.

Joint par Le Devoir, M. Déry signale que les coupes forestières ont été faites dans les règles de l’art, « qu’aucun projet de construction n’est présentement sur la table » et que son entreprise souhaite devenir « une référence en matière de développement durable ».

Entre en vigueur du RCI dans 20 jours

Cela survient alors que Stoneham fait l’objet d’une véritable ruée vers les permis de construction. Les propriétaires de terrains et promoteurs se dépêchent d’obtenir des permis avant l’entrée en vigueur du Règlement de contrôle intérimaire (RCI), le 20 octobre.

Voté pour protéger la source d’eau potable de la ville de Québec (le lac Saint-Charles), le règlement contraint les projets de constructions le long du bassin versant en particulier. Stoneham est particulièrement visée parce qu’elle est en secteur montagneux avec de fortes pentes et que la majorité de ses constructions sont liées à des fosses septiques.

M. Déry fait partie des détracteurs du RCI qui, selon lui, l’empêche de rentabiliser ses projets récréotouristiques de vélo de montagne. Il avance qu’il a acquis les terres derrière la station de Stoneham pour éviter qu’elles ne soient divisées et finissent par faire l’objet de coupes forestières.

Reste à savoir si la Ville autoriserait du développement résidentiel à cet endroit. Dans une lettre ouverte parue récemment dans Le Soleil, M. Piette écrivait : « Lors du Conseil municipal du 15 août dernier, notre maire a reconnu “les risques auxquels sont soumis actuellement les Trois-Petits-Lacs”. Alors, pourquoi faut-il que ce soit la CMQ qui freine la construction dans notre secteur ? »

Interrogé à ce propos, le maire de Stoneham, Robert Miller, juge ces craintes prématurées. « Ces gens-là sont inscrits au registre des lobbyistes, ils ont le droit de demander des affaires, mais rien n’est arrêté au moment où on se parle », dit-il. « Je peux vous dire tout de suite qu’il n’y a pas de résidentiel de prévu là », ajoute-t-il en soulignant que les terrains de M. Déry ne sont pas dans le périmètre urbain. De toute façon, la municipalité a demandé à M. Déry de revenir la voir avec une nouvelle « planification stratégique » avant de pouvoir statuer sur son projet, conclut-il.

1 commentaire
  • Pierre Robineault - Abonné 30 septembre 2016 18 h 34

    C'est ce que ...

    C'est ce que l'on appelle des "lacs de têtes", et ceux qui ne comprennent pas et qui n'en ont cure devraient s'appeler les "promoteurs sans tête".