Vague d’intérêt populaire pour un «troisième lien» routier entre Québec et Lévis

Certaines voix, comme celle du caquiste Éric Caire, disent craindre que le SRB n’aggrave la congestion dans le secteur des ponts en monopolisant au moins une voie du pont de Québec.
Photo: Renaud Philippe Le devoir Certaines voix, comme celle du caquiste Éric Caire, disent craindre que le SRB n’aggrave la congestion dans le secteur des ponts en monopolisant au moins une voie du pont de Québec.

Portée par de nouveaux sondages très convaincants, l’idée d’un tunnel ou d’un pont reliant Québec et Lévis (ou « troisième lien ») est en train de s’imposer comme un mouvement d’opinion de plus en plus incontournable dans la région de la capitale.

« Quiconque est assez connecté sur la population de Québec comprend que le troisième lien fait assez l’unanimité », a lancé lundi le député Éric Caire de la Coalition avenir Québec (CAQ). « Pour les gens de Québec, la grande priorité, c’est le troisième lien. »

Lundi, deux sondages sont venus montrer coup sur coup à quel point l’idée de troisième lien était populaire et préférée au projet de service rapide par bus (SRB). Questionnés sur la meilleure façon de s’attaquer aux problèmes de circulation dans la région, 64 % des gens ont opté pour le troisième lien contre 30 % pour le SRB, a révélé le sondage mené par la firme SOM auprès de 1133 personnes.

Plus tard dans la journée, un nouveau sondage Léger-Le Journal de Québec montrait que 90 % des gens de Lévis étaient favorables au troisième lien, et 70 % du côté de Québec.

Même du côté des opposants au projet, on s’est montré peu surpris. « On ne peut pas nier que l’appui est fort, mais en même temps, il y a des promoteurs de ce projet-là qui ont des moyens de communication très grands », remarque Étienne Grandmont d’Accès transports viables (ATV). « Il y a quand même trois radios de Québec qui en parlent tous les jours, plusieurs fois par jours et paient des campagnes avec des autocollants et ont des moyens très grands pour arriver à leurs fins. »

Sur les ondes du FM-93 lundi matin, l’animateur Sylvain Bouchard ne cachait pas son enthousiasme. « Est-ce que Régis [Labeaume], le RTC [Réseau de transport de la capitale], [Philippe] Couillard, Laurent Lessard […] gouvernent uniquement en fonction de Radio-Canada et leurs auditeurs ou ils écoutent les autres ? Les autres vous envoient un message très clair : la priorité doit être le troisième lien. »

Le rôle de certains médias dans ce dossier avait été soulevé par le président de la Chambre de commerce de Québec la semaine précédente. Interrogé sur l’idée du troisième lien, Alain Aubut avait répondu qu’il y avait « des radios qui en [parlaient], mais [que] pour le milieu d’affaires, ce [n’était] pas un enjeu ». Cette affirmation a fait bondir des animateurs-vedettes des radios privées qui ont martelé qu’ils étaient au contraire beaucoup plus à l’écoute de la population que les autres.

Chose certaine, d’un média à l’autre, les opinions varient. Ainsi, parmi les auditeurs de Radio-Canada sondés par SOM, le nombre de partisans des deux projets est équivalent (47 % pour le troisième lien, autant pour le SRB). En revanche, parmi les auditeurs du FM-93, 78 % préfèrent le troisième lien contre 16 % pour le SRB.

Un changement de paradigme

La pression populaire pour le troisième lien vient complètement brasser les cartes des stratégies régionales en matière de transport dont l’objectif est de réduire la place de l’automobile au profit du transport en commun.

Estimé à 1 milliard, le SRB doit relier les principaux carrefours de la capitale en plus de la relier à Lévis par le pont de Québec. Préféré au tramway parce que moins coûteux, il doit être mis en activité en 2025.

Ce projet est l’aboutissement d’au moins sept ans de travaux qui avaient débuté en 2009 avec le Groupe de travail sur la mobilité durable mis sur pied par Régis Labeaume. Le rapport du groupe avait été suivi d’un plan, d’une étude d’avant-projet sur le tramway par le gouvernement du Québec, du choix du SRB et de la création d’un bureau de projet par ce dernier.

Pour Serge Viau, l’un des experts qui siégeaient dans le groupe de travail, la tournure des choses est consternante. « Quand on avait fait le Plan de mobilité, on n’a jamais traité de la nécessité de construire des autoroutes ou de construire un troisième lien parce que toute l’attention allait à améliorer le transport en commun », dit cet ancien directeur général de la ville.

« On a été tellement habitués à fonctionner sur des autoroutes à Québec que les gens se sont habitués à ça, sauf qu’il faut leur faire comprendre que ça n’a plus de sens. C’est comme si on avait un entonnoir et qu’on voulait le faire grossir, mais que le goulot restait le même. »

Or certains, comme Éric Caire, disent craindre que le SRB n’aggrave la congestion dans le secteur des ponts en monopolisant au moins une voie du pont de Québec. Le SRB, dit-il, pourrait en revanche emprunter le futur troisième lien. « Je n’ai pas de problème avec l’idée d’améliorer le transport en commun à Québec. […] Mais si on crée un problème plus grand, on n’améliore pas notre situation. »

8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 27 septembre 2016 08 h 27

    Le député Hamad

    Il faudrait demander au député Hamad de "piloter le projet" : succès assuré!

  • Bernard Terreault - Abonné 27 septembre 2016 08 h 45

    Ne veut rien dire

    Je suis certain que si on faisait un sondage sur la Rive-Sud de Montréal, 80% voudraient un ou plusieurs autres ponts ou tunnels -- à condition d'être gratuits bien sûr !

  • Stéphane Gagné - Abonné 27 septembre 2016 09 h 34

    Un projet à dénoncer haut et fort!

    Ce projet du 3e lien entre Québec et Lévis, promu par la CAQ (pour se faire du capital politique) et les animateurs de radio poubelle doit être vivement dénoncé. Cela va l'encontre de la nécessité urgente de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

  • Jean Richard - Abonné 27 septembre 2016 09 h 37

    La lenteur des SRB

    Parmi les rares avantages d'un SRB sur le tramway, il y a les moindres coûts des infrastructures (pas toujours compensés par les moindres coûts d'exploitation du tramway) et les délais de mise en service.

    Or, ce second avantage ne tient plus lorsque le gouvernement du Québec est aux commandes de tout projet de transport collectif. Il est probable que nulle part au monde on ait besoin de quasiment un quart de siècle pour aménager un circuit d'autobus sur des routes ou des rues déjà existantes. À Montréal, on a le projet Pie-IX qui, si tout va bien, aura mis plus de 20 ans à aboutir (encore que les Montréalais y croiront le jour où roulera le premier autobus, et ce n'est pas pour demain matin). Québec n'est pas en reste. On y lit ci-haut que le projet de SRB dans la vieille capitale a déjà sept années d'études derrière lui et toujours rien qui ressemble à un plan sérieux.

    Sous l'influence des radios-poubelles, une partie de la population de la région vit en décalage sur la modernité. Il n'est donc pas étonnant de voir certains politiciens déterrer un vieux projet qui a fait la manchette à maintes reprises au siècle dernier. Mais en marge de ce conservatisme, il pourrait y avoir une certaine incrédulité face aux projets de transports collectifs. Au milieu des années 90, le projet de tramway à être livré pour le 400e anniversaire avait l'air, deux ou trois études plus tard, quasiment sérieux. On a même fini par y croire, mais l'illusion fut de courte durée. Le tramway a été écarté. Même le maire L'Allier, un peu plus progressiste que la moyenne, n'y croyait pas et n'a jamais sérieusement défendu le projet.

    On en est peut-être rendu là avec le SRB. Livrable en 2025 ? C'est si loin que ça veut dire jamais. On sait cependant que s'il s'agit d'autoroutes et de ponts, ça risque d'aboutir beaucoup plus vite. Les politiciens appuyés par les radios-poubelles profitent de la faille pour espérer faire le plein de votes.

  • Yvon Massicotte - Abonné 27 septembre 2016 13 h 41

    Quelle région intéressante que celle de Québec!

    Comme tout bon Montréalais, les débats publics qui animent le quotidien de la région de la capitale nationale me fascinent. Ces gens-là me semblent vivre dans un autre espace-temps. Très intéressant d'y faire une visite et de se retrouver dans les années 70. Avec leur système autoroutier créé pour une population de 1million à 2 millions et qui enserre et étouffe toutes les approches de la ville, ils en redemandent! Pourquoi pas, en plus d'un tunnel, un pont entre la rive sud du fleuve et l'île d'Orléans!

    • Hélène Boily - Abonnée 27 septembre 2016 14 h 50

      Malheureusement, vous avez raison.
      H.B., résidante Rive-Sud de Québec

    • Huguette Proulx - Abonnée 27 septembre 2016 18 h 24

      J'abonde tout-à-fait dans votre sens, même si je ne suis pas Montréalaise. Il faut vivre à Québec pour être à même de confirmer "que les gens de Québec vivent dans un autre espace-temps", celui d'avant la Révolution tranquille.