Un petit coup de pouce pour les réfugiés népalais

Bhakta Bahadur Ghimise a réussi le test à son troisième essai l’an dernier.
Photo: Clément Allard Le Devoir Bhakta Bahadur Ghimise a réussi le test à son troisième essai l’an dernier.

Les difficultés persistantes des réfugiés népalais de Québec aux examens de conduite ont poussé la SAAQ à tenir un examen spécial lundi. Près d’une quarantaine de réfugiés ont ainsi pu passer l’examen théorique dans leur langue avec l’aide d’une interprète.

« Si les Népalais réussissent l’examen, je vais être très très content », a déclaré l’un des hommes présents, Bhakta Bahadur Ghimise. « Ici, à Québec, on a besoin du permis de conduire pour le travail, pour aller quelque part, tout ça. »

M. Ghimise est l’exception qui confirme la règle. Plus à l’aise en français et en anglais que les autres, il a réussi le test de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) à son troisième essai en 2015 parce qu’il avait acquis des bases en anglais dans son camp de réfugiés. Or beaucoup de ses compatriotes n’ont pas eu sa chance et ne sont pas allés à l’école dans les camps, souligne-t-il.

L’homme âgé de 32 ans s’était chargé de réunir un maximum de ces personnes à l’examen. Un total de 38 se sont présentées. « Je leur ai dit d’étudier beaucoup et avec discipline. »

Normalement, les services de traducteurs ne sont offerts qu’à Montréal et les immigrants doivent passer l’examen en français ou en anglais s’ils sont au Québec depuis plus de trois ans.

Il y a un an, Le Devoir rapportait que des dizaines de familles de réfugiés népalais établis à Québec quittaient la ville parce qu’ils étaient incapables de passer leur examen théorique. Mis au courant trop tard de la limite de trois ans, ces réfugiés accusent de surcroît de grands retards en français parce qu’ils n’ont pas été scolarisés avant leur arrivée au Québec.

Une embûche à l’intégration

Après avoir lu l’article, un professeur de francisation de Québec, Richard Lepage s’est enquis du problème auprès de ses nombreux étudiants originaires du Népal. Ils lui ont confirmé que c’était une embûche importante.

« C’est bien beau de les accueillir et de leur trouver un logement, mais pour s’intégrer, il faut qu’ils travaillent et, pour travailler, ça prend une voiture. À Québec, le transport en commun, c’est pas pire, mais ça ne va pas partout. »

M. Lepage a alors sollicité l’aide de la députée Agnès Maltais en compagnie de deux de ses étudiants, dont M. Ghimise. Après des mois de démarches aux ministères des Transports et de l’Immigration, le test a finalement pu avoir lieu lundi.

« J’ai tenté d’avoir un interprète à Québec et, finalement, la direction de la SAAQ a donné son accord pour qu’on monte un groupe et qu’ils aillent passer l’examen à Montréal, raconte la députée. Puis ça a bloqué à Montréal. D’où tout le problème du dossier de la régionalisation du ministère de l’Immigration. »  

Expérience à répéter

Selon Mme Maltais, il ne faudrait pas hésiter à reproduire ce genre d’expérience. « Il faut opérer des changements dans les façons de faire. Je parlais récemment à une agricultrice qui emploie beaucoup d’immigrants et elle me disait qu’ils ne pouvaient pas sortir de la ferme, ils ne peuvent pas connaître le Québec parce qu’ils n’ont pas de voiture. La famille devait les emmener partout, à l’hôpital, etc. »

Quand on lui fait remarquer que les règles actuelles relèvent notamment de la loi 101, la députée péquiste rétorque « qu’elle en est très consciente ». « Mais ces gens-là, il y a un problème au départ. Les Népalais, ils n’ont pas le même alphabet et une grande partie étaient analphabète chez eux. Il faut qu’ils apprennent l’alphabet, la lecture et l’écriture et ensuite le français, une nouvelle langue. C’est terrible comme apprentissage. Alors souvent, les groupes d’alphabétisation disent qu’en trois ans, ils n’ont pas assez de temps pour leur permettre de passer l’examen théorique. »

Mme Maltais ajoute que les solutions doivent venir des régions, mais que « faire des aménagements », « faire des règlements », cela peut se faire.

Selon des informations obtenues lundi, certains des participants ont réussi l’examen lundi, mais pas la majorité. « Certains n’ont pas réussi, mais ils étaient tous contents et ont trouvé la traductrice très bonne », a indiqué M. Lepage. Selon ce qu’on lui a dit, la SAAQ ne prévoit pas organiser d’autres tests de ce genre. L’organisme n’a pas rappelé Le Devoir.

23 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 août 2016 07 h 45

    La paix, ici, en français.

    Le problème fondamental est la méconnaisance du français. Les immigrants doivent apprendre le français. Cela est essentiel à leur intégration à la société québécoise.

    Leur permettre de passer leur permis de conduire afin qu'ils puissent se déplacer autrement que par le transport en commun, cela est un cataplasme sur une jambe de bois.

    Qu'arrive-t-il s'ils sont arrêtées pour avoir enfreint une règle de circulation ? Comprennent-ils le policier que les arrête ? Doit-on obliger nos policiers à parler toutes les langues au monde dans l'éventialité où ils auraient à intercepter un conducteur ? Doit-on retarder leur travail en faisant venir un traducteur ?

    Et les conducteurs qui auraient un accident, peuvent-ils négocier un constat à l'amiable ? Doit-on obliger les Québécois à parler toutes les langues au monde pour qu'ils puissent se préparer à l'éventualité d'un accident automobile avec un conducteur incapable de s'exprimer en français ?

    Et une fois que l'immigrant a conduit son automobile jusqu'au lieu de son travail, comment peut-il comprendre les directives de son employeur, interagir avec ses collègues s'il ne parle pas français ?

    Bref, les tests de conduite automobiles doivent _absolument_ demeurer en français afin de motiver les Néoquébécois à apprendre notre langue. Faire autrement, c'est pelleter vers l'avant leur difficulté d'intégration.

    Il est innacceptable que les contribuables subventionnent le non-apprentissage du français en payant des interprètes et des traducteurs. C'est aux immigrats de faire l'effort d'apprendre notre langue.

    Pour le réfugié, le choix est simple : la guerre ou la torture dans leur pays dans leur langue ou la paix ici en français.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 09 h 35

      "Il est innacceptable que les contribuables subventionnent le non-apprentissage du français en payant des interprètes et des traducteur".

      A la SAAQ, on m'a bel et bien dit que les frais d'interprète étaient assumés par les demandants.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 18 h 12

      Contrairement à vous, je pense que le système mène à l'intégration pcq il mène à l'autonomie.Peu de temps après leur arrivée, les réfugiés sont inscrits à la francisation. Le fait d'avoir leur permis de conduire québécois leur permet de mieux s'intégrer; sans cela, après 6 mois, ils sont condamnés à l'isolement.

      Pour avoir accompagné de nombreux Colombiens, je peux vous dire, que, en règle générale, ce fut une belle immigration. Ces gens-là parlent le français, ne vivent pas en ghettos et sont bien intégrés.

      Quant à votre raisonnement sur les langues, ça veut dire que, même avec votre permis international, vous ne pourriez pas conduire en Russie, au Japon, en Allemagne, au Népal, aux Pays Bas pcq vous ne parlez pas la langue du pays.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 août 2016 18 h 30

      Pierre Grandchamp a écrit : "A la SAAQ, on m'a bel et bien dit que les frais d'interprète étaient assumés par les demandants."

      La communauté afghane et népalaise à Québec est très restreinte. Comment s'assure-t-on qu'il n'y a pas de tricherie (en d'autres mots, que l'interprète ne souffle pas les réponses) ?

      Le seul moyen de faire passer un examen à l'abri de la fraude, c'est de le faire passer en français.

    • Christian Méthot - Inscrit 30 août 2016 21 h 35

      Voilà un des commentaires les plus tristes que j'ai pu lire depuis longtemps. On y sent une intransigeance et une dureté hors du commun. C'est un manque d'empathie à couper le souffle.

      On se demande 1) si vous avez lu l'article avant de commenter et 2) si vous savez ce que c'est qu'un réfugié (ce qui n’est pas la même chose qu’un immigrant économique par exemple).

      Le permis de conduire, c'est bien plus qu'un cataplasme, c'est essentiel et fondamental à leur intégration à la société québécoise et éventuellement à l'apprentissage du français.

      Quand je lis des commentaires comme le vôtre, je frémis à l'idée qu'un Québec indépendant pourrait éventuellement être dirigé par des gens qui font preuve d'une telle étroitesse d'esprit. C’est malheureusement ce qui arriverait, et je souhaite sincèrement que cela ne se produise jamais.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 31 août 2016 06 h 35

      Seul un membre de "l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes du Québec" peut faire ce genre de boulot: OTTIAQ.org

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 août 2016 12 h 35

      Christian Methot écrit : « Quand je lis des commentaires comme le vôtre, je frémis à l'idée qu'un Québec indépendant pourrait éventuellement être dirigé par des gens qui font preuve d'une telle étroitesse d'esprit. »

      Entre 1996 et 2006, les Francophones sont passés de 53,8% à 52,6% de la population de l’île de Montréal. Au cours de cette période, dans la couronne de Montréal, les Francophones sont passés de 85,2% à 83,7%. Un pour cent par décennie, c’est une tendance catastrophique. C’est la disparition de mon peuple à moyen terme.

      Si s’opposer aux accommodements qui permettent aux Néoquébécois d’éviter d’apprendre le français, si ôter de leur chemin tout ce qui les motive à apprendre notre langue, si tout cela c’est faire preuve d’étroitesse d’esprit, alors oui, je suis borné et je suis très fier de l’être.

      Comme les Britanniques qui exigent que les immigrants parlent déjà l’anglais avant de mettre le pied sur le sol de leur pays. Comme la France, l’Allemagne, l’Italie, la Grèce et presque tous les pays du monde, je suis borné au point de souhaiter que seule l’école publique française soit gratuite aux Néoquébécois.

      Le français n’est pas une langue facile à apprendre. Il faut donc être déterminé pour l’apprendre. Atténuons cette détermination par une mièvre sensiblerie et nous serons comme ces chrétiens à Rome qui faisaient pleuvoir des pétales de rose sur les lions qui venaient les dévorer.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 31 août 2016 16 h 23

      "Si s’opposer aux accommodements qui permettent aux Néoquébécois d’éviter d’apprendre le français,".

      Le fait de passer l'examen en espagnol ou en mandarin ne permet pas d'éviter d'apprendre le français. Au contraire, il est fort probablement en train de suivre ses cours de francisation et cela va lui faciliter les choses.

  • Philippe Hébert - Abonné 30 août 2016 07 h 50

    On est en 2016, la réseautique, l'informatique, comment se fait-il que la SAAQ ne peut simplement pas fournir dans tout ces points de services d'examen théorique les versions dans les autres langues de l'examen?

    C'est pas compliqué, avoir un interface qui te permet de sélectionner la langue au début de l'examen...

    Si les questions et les réponses sont tous dans le même ordre et au même endroit, le système informatique devrait être en mesure de corriger facilement comme les examens en anglais et français si les réponses sont bonnes. Il n'y a aucune question à développement, ce ne sont que des choix de réponses bordel, on a même pas besoin de traducteur pour corriger les examens, le tout se fait électroniquement!

    S'ils ont des questions, c'est dans les cours qu'ils doivent les poser, pas rendu à l'examen, en anglais et en français on ne peut pas poser de question à l'examen, donc il n'y a aucune raison d'avoir des fonctionnaires qui parle le népalais ou les autres langues sur place lors de l'examen théorique.

    Ceci conclu mon argumentaire pour l'examen théorique.

    Maintenant, comment vont-il pouvoir faire un examen pratique sur la route, s'ils ne peuvent parler ni l'anglais ou le français, ils ne comprendront pas ce que l'instructeur de la SAAQ leur dira de faire.

    Et pour ceux qui doivent aller faire des cours, je doute qu'il y est des écoles de conduite dans leurs langues à l'extérieur de Montréal.

    Et maintenant voici un autre problème que je soulève, si on commence à donner des services dans les milles et unes langues des immigrants/réfugiés, on institutionalise les langues et on ne force en rien nos immigrants/réfugiés à apprendre la langue commune qu'est le français.

    Je n'ai qu'à penser aux parents de bien des amis d'enfance, ils sont ici depuis plus de 30 ans et n'ont jamais appris ni l'anglais, ni le français. Ils baraguinent l'anglais et le français, et leurs enfants qui eux ont été à l'école publique française servent d'interprête.

    On

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 09 h 06

      J'ai accompagné quelque 200 réfugiés Colombiens, ici à Joliette. Pour l'examen pratique, les évaluateurs communiquent très bien avec l'évalué(e). en français ici la plupart du temps.,,,,mais aussi en anglais, si nécessire. Le réfugié passe son examen pratique environ de 4 à 6 mois de l'arrivée, alors il possède un peu de français, De plus, l'examinateur peut utiliser le gestuel: tourne à gauche, change de voie à droite..etc.

      Non, croyez-moi, pas de problème!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 13 h 23

      Sauf dans un cas, les quelques 200 réfugiés Colombiens que j'ai accompagnés étaient arrivés ici parrainés par l'État=aide sociale.

      A la majorité, je leur conseillais de se payer une heure de cours sur la route avec un prof d'une école de conduite.Plusieurs l'ont fait et cela les aidait grandement quand arrivait l'examen pratique; normalement, ils réussissaient du premier coup. Quant aux autres, je les familiarisais avec les directives: à la prochaine lumière, tu tournes à gauche, change de voie à droite...etc.

  • Lise Bélanger - Abonnée 30 août 2016 08 h 15

    Moi qui croyais qu'on avait un transport en commun...ça doit être pour les québécois de souche....

    S'ils avaient suffisamment de respect pour la langue française, désir de s'intégrer aux français du Québec, un taux de succès approprié serait certainement constaté dans cet examen de conduite.

    Ce n'et pas l'examen de conduite, qui de toute façon est échoué par environ 30% de la population toutes origines confondues, mais bien l'intégration qu'il faut remettre en cause.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 08 h 26

    Les familles népalaises parties pour l'Ontario et le permis de conduire

    L’an dernier, vous aviez commis une chronique dans laquelle vous rapportiez que plusieurs familles népalaises de Québec et de Joliette étaient parties pour l’Ontario :
    http://www.ledevoir.com/politique/ville-de-quebec/

    « Selon l’époux de Mme Cheetri, les familles sont d’abord parties parce qu’elles ne parvenaient pas à obtenir leur permis de conduire »(…) « Ici, l’examen de permis de conduire, c’est tellement difficile par rapport aux autres provinces »- Chhali Gajmer, une jeune népalaise –

    J’ai communiqué avec l’Ontario. Il semblerait que ce ne soit pas plus facile là-bas pour les analphabètes.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 16 h 05

      "J’ai communiqué avec l’Ontario. Il semblerait que ce ne soit pas plus facile là-bas pour les analphabètes."

      Si jamais quelqu'un avait une information contraire, svp nous la partager!

  • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 09 h 07

    Curiosité

    Je serais curieus de savoir:

    1-Combien ont réussi l'examen théorique?

    2-Combien vont réussir l'examen pratique, à la première tentative?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 30 août 2016 11 h 23

      je serais curieux.......