Faire vivre l’amphithéâtre sans hockey

Le réveil a été dur, le 22 juin, pour tous les habitants de la Ville de Québec quand ils ont appris que la capitale n’aurait pas d’équipe d’expansion.
Photo: Yan Doublet Le Devoir Le réveil a été dur, le 22 juin, pour tous les habitants de la Ville de Québec quand ils ont appris que la capitale n’aurait pas d’équipe d’expansion.

Le rejet de la candidature de Québec à la LNH cette semaine n’a pas refroidi les amateurs qui rêvent désormais d’un déménagement des Hurricanes de la Caroline dans la capitale. Et ce, même si le président de la Ligue, Gary Bettman, répète qu’il n’en est pas question.

Depuis des années, Jocelle Cauvier, une résidante de Grande-Rivière, en Gaspésie, surveille les vols privés vers Québec pour voir si des dirigeants de la LNH ne trameraient pas quelque chose. Malgré tout, l’annonce de cette semaine ne l’a pas trop déçue.

« C’est sûr que c’est une nouvelle qui peut décevoir, mais pour moi c’est clair que le retour des Nordiques se fera par un transfert des Hurricanes. » Elle en est convaincue depuis qu’elle a su qu’un avion appartenant à la firme chargée de la vente de l’équipe avait atterri dans la capitale l’an dernier.

« On n’attendra pas trois, quatre, cinq ans pour le retour des Nordiques, ça va être plus vite qu’on le pense. »

Comme beaucoup d’amateurs de hockey, Mme Cauvier préfère le scénario d’un déménagement à celui d’une expansion, parce que l’équipe risque d’être mieux rodée. En plus, pour Québecor, la transaction serait moins coûteuse.

Quand les circonstances seront-elles suffisamment favorables pour permettre la venue d’une équipe à Québec ? Dieu seul le sait. Mais en attendant, on a cette immense infrastructure à faire vivre, qui nous appartient

 

Quand on lui demande si elle attendra encore dans dix ans, elle répond qu’elle est plus optimiste que ça. « Ça ne prendra pas dix ans, mais si ça devait être le cas, c’est clair que je les surveillerais encore. Je suis une personne déterminée. » Le fait de surveiller les avions, dit-elle, « rend l’attente plus le fun ».

Le gestionnaire du site de nouvelles Zone Nordiques, Pascal Grenon, est dans le même état d’esprit. « Pour nous, ce n’était pas une immense surprise. Je n’ai jamais vraiment cru à l’expansion, résume ce travailleur dans l’enseignement. Il y a quelque chose qui se passe. La candidature n’est pas rejetée, elle est reportée. »

Dans les pages du Journal de Québec jeudi, l’ancien entraîneur des Nordiques Michel Bergeron invitait les gens de Québec à « garder la foi ». Si c’est de foi qu’il est question, Dieu est ici incarné par Gary Bettman. Même s’il a souligné la qualité du projet de Québecor, beaucoup se demandent s’il garde en vie les attentes de la ville tout en sachant qu’elle n’aura jamais d’équipe.

« Ces propos de la LNH, polis, voire élogieux, sont l’équivalent d’un prix de consolation pour Québec, note le professeur en marketing du sport André Richelieu, de l’ESG-UQAM. Mais c’est également cruel, car les gens pourront s’accrocher à “remis à plus tard”, qui est trop vague pour exprimer quoi que ce soit de concret. La réalité est que Las Vegas a obtenu son équipe ; pas Québec, qui est laissée pour compte une autre fois. »

Actuellement, les deux tendances principales dans le monde du sport sont la « financiarisation du sport » et le « sportainment », par lequel le sport est présenté comme un divertissement qui vise un public élargi. Las Vegas, dit-il, cadre parfaitement avec cela. Moins riche, Québec n’a pas non plus beaucoup de sièges sociaux, rappelle-t-il. « À Montréal, 75 % des billets de hockey sont payés par des entreprises. » À Toronto, c’est plus de 80 %.

Son collègue de l’Université Laval Frank Pons croit que M. Bettman a voulu se garder un maximum de marge de manoeuvre. « La Ligue nationale ne peut pas se priver d’une solution de repli comme Québec, note l’expert en marketing. Si on avait dit que l’offre allait être reconsidérée dans trois ou quatre ans, on se serait alors engagé. En faisant cela, on aurait perdu Québec comme solution de dernière minute pour accueillir un club en difficulté. »

Mais si c’est le cas, Gary Bettman cache bien son jeu. Au lendemain de la décision, un journaliste du Journal de Québec rapportait qu’il semblait excédé quand on l’a questionné sur un éventuel transfert des Hurricanes vers Québec.

On fait quoi maintenant ? « Rien », répond Frank Pons. « Honnêtement, on a tout fait. Le processus que la Ligue a mis en place était très rigoureux. Il n’y a aucun doute pour moi que Québecor a fait ses devoirs. L’amphithéâtre est là et est très opérationnel pour un club de la Ligue nationale. »

Le Centre Vidéotron pas près d’être rentable

Or il y aura beaucoup à faire pour rentabiliser le Centre Vidéotron. « Quand les circonstances seront-elles suffisamment favorables pour permettre la venue d’une équipe à Québec ? Dieu seul le sait, note la conseillère de l’opposition Anne Guérette. Mais en attendant, on a cette immense infrastructure à faire vivre, qui nous appartient. »

Rappelons que les conditions de l’entente entre la Ville et Québecor diffèrent selon qu’il y a une équipe de hockey ou pas.

Avec une équipe de hockey, les droits d’identification sont de 63,5 millions (contre 33 millions sans équipe). Le loyer est plus élevé avec une équipe (5 millions au lieu de 3,15 millions) et s’il n’y a pas d’équipe, Québecor peut en être exemptée en cas de déficit. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit cette année. D’où le chèque de 760 000 $ fait cette semaine à Québecor pour les quatre premiers mois d’activité du Centre.

« On n’aura jamais de loyer tant qu’il n’y aura pas d’équipe de hockey, tonne la conseillère Guérette. C’est 3 millions par année. » Selon elle, « on n’était pas nécessairement si pressés que ça de construire notre amphithéâtre. On aurait pu se donner le temps d’attacher quelques ficelles et de négocier plus serré ».

L’entente prévoit aussi que la Ville reçoive une partie des bénéfices (10 % sans équipe et 15 % avec équipe) en plus de 4 $ pour chaque billet vendu. Or, en 2015, les revenus de billetterie n’ont pas été assez élevés pour compenser l’annulation du loyer. Pour se justifier, le maire Labeaume a déclaré que la Ville avait « surestimé » le nombre de billets vendus.

Une affirmation qui a fait littéralement bondir le professeur André Richelieu. « Dire ouvertement qu’on a fait des erreurs dans la projection des billets vendus ! Voyons, comme si les gens ne savaient pas comment se planifient les grandes tournées et les spectacles. Ça se prépare des mois, voire une année à l’avance ! Franchement, on rit du monde. »

Mais l’aspect du dossier qui dérange probablement le plus — notamment les médias —, c’est le secret qui l’entoure. En mars dernier, la Ville et Québecor ont modifié l’entente originale pour soustraire les résultats du Centre Vidéotron à l’oeil du public. Impossible donc de voir les chiffres qui justifient le fameux déficit dont la Ville doit partager la facture.

Ce qui est loin d’empêcher le Centre Vidéotron d’être apprécié. Même sans équipe. « Ces derniers mois, on a attiré des spectacles qu’on n’aurait assurément jamais eus dans le Colisée Pepsi, fait valoir Pascal Grenon de Zone Nordiques. On avait besoin de ça. » Oui, le pari était risqué, dit-il, mais c’était un bon risque. « En majorité, les gens de Québec sont d’accord avec ça. Tout le monde était conscient que le hockey était plus payant. »

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 25 juin 2016 05 h 36

    Si facile de financer ces éléphants...

    ...en demandant aux payeurs de taxes et d'impôts d'ouvrir leur porte-feuille.
    Oui, oui je sais chantait monsieur Gabin...«Du pain et des jeux...» ça marche encore. Quant à la facture à payer ? «Pas Grave» on y ajoutera du chialage.
    Ne somes-nous pas de très grands sportifs en la matière ?
    Des professionnels.les du monde politique en sont au courant.
    Qui entre Québécor et les gens dits du peuple a fait la meilleure affaire ?
    Gaston Bourdages,
    «Pousseux de crayon sur la page blanche»
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.