Les candidatures communes ont leurs limites

Lake Placid, dans l’État de New York, n’est qu’à 400 km de Québec. Ses installations ont été construites pour les Jeux de 1980, mais le maire Craig Randall pense qu’il y a de «bonnes chances» qu’elles soient toujours adéquates en 2026, comme la piste de luge et le mont Whiteface en arrière-plan.
Photo: Mike Groll Associated Press Lake Placid, dans l’État de New York, n’est qu’à 400 km de Québec. Ses installations ont été construites pour les Jeux de 1980, mais le maire Craig Randall pense qu’il y a de «bonnes chances» qu’elles soient toujours adéquates en 2026, comme la piste de luge et le mont Whiteface en arrière-plan.

L’idée que Québec soumette une candidature conjointe aux Olympiques avec Lake Placid ou des villes de l’Ouest canadien suscite beaucoup de scepticisme parmi les experts qui plaident pour une ville partenaire plus rapprochée et dans le même pays.

En conférence de presse jeudi, le maire de Québec, Régis Labeaume, a dit avoir communiqué avec les maires de Lake Placid, de Whistler et de Calgary dans ce but.

La municipalité de Lake Placid, dans l’État américain de New York, a l’avantage d’être beaucoup plus rapprochée de Québec que les autres (environ 400 kilomètres). Ses installations ont été construites pour les Jeux de 1980, mais le maire Craig Randall pense qu’il y a de « bonnes chances » qu’elles soient toujours adéquates en 2026.

Photo: Mike Groll Associated Press

« Depuis 1980, nous avons continué à accueillir des compétitions internationales chaque année, dit-il. Nous avons continuellement investi dans nos installations et nous faisons ce qu’il faut pour qu’elles continuent de convenir au monde olympique. »

Or, pour l’expert en marketing sportif André Richelieu, de l’ESG-UQAM, ce jumelage est pratiquement farfelu. « C’est impensable d’organiser des Jeux olympiques qui à la fois se tiendraient au Canada et aux États-Unis. Le passage aux frontières serait un véritable casse-tête, non seulement pour les athlètes mais pour les différents supporters qui voudraient suivre leur équipe. Je ne vois pas comment ce serait faisable. »

Il n’est pas le seul à en douter. Le professeur Romain Roult, de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), y voit aussi bien des contraintes. « Ça engage deux pays, deux États qui appuient financièrement le projet. Je ne crois pas que le CIO soit rendu là. »

Quant aux villes de l’Ouest, on leur reproche d’être trop éloignées. « C’est une tendance assez lourde au CIO de ne plus offrir les Jeux à des villes mais davantage à un pays, soutient M. Roult. De là à dire que ça pourrait se faire entre deux villes qui ont plusieurs milliers de kilomètres de distance, ce n’est pas certain. » À son avis, Québec devrait s’allier avec une « ville plus proche », « comme Montréal ou une ville de l’Ontario ».

M. Richelieu ajoute qu’une alliance avec l’Ouest poserait des défis logistiques extraordinaires « à moins de tenir les jeux sur trois semaines plutôt que deux ». « Québec-Montréal aurait du sens, mais dans quelle mesure y aurait-il des infrastructures qu’on peut réutiliser ? »

Les atouts de Québec et la concurrence

Vendredi, Le Devoir n’a pas réussi à joindre le maire de Calgary, Naheed Nenshi, ni la mairesse de Whistler, Nancy Wilhelm-Morden. Selon ce qu’a dit le maire Labeaume jeudi, Mme Wilhelm-Morden se serait montrée particulièrement intéressée.

La dynamique risque toutefois d’être plus complexe pour Calgary qui jongle avec l’idée de présenter sa candidature seule pour 2026 depuis que Toronto a annoncé qu’elle ne tenterait pas sa chance pour 2024 (JO d’été).

Jeudi, Régis Labeaume a avancé qu’une alliance avec une ville conjointe pourrait permettre à Québec de couper 270 millions de dollars en dépenses parce qu’elle n’aurait pas à construire de piste de bobsleigh ou d’installation de saut à ski.

Or malgré les économies générées par une candidature conjointe, les futurs Jeux olympiques risquent de voir leurs budgets gonfler à cause de la sécurité, souligne M. Richelieu. « À la suite des événements de Bruxelles, il a même été avancé que le championnat d’Europe des nations de football qui doit se tenir en France cet été se joue sans spectateurs. […] Ça montre à quel point il y a un coût social à tenir les Jeux olympiques. »

En même temps, Québec a des atouts, souligne le professeur Roulx qui ne s’étonne pas de l’intérêt que lui porte le CIO. « Elle a beaucoup d’attraits intéressants pour le CIO pour renforcer sa marque de commerce », dit-il en mentionnant ses allures de carte postale, sa spécificité linguistique, son climat et la présence déjà de nombreuses infrastructures. « Il faut dire aussi que le CIO a deux marchés traditionnels pour les téléspectateurs : l’Europe et le continent nord-américain. »

Patrice Demers, le patron du producteur d’événements sportifs GESTEV, affirme que Québec a été l’une des premières villes d’hiver à être invitée à participer à une rencontre de ce genre sur l’Agenda 2020. C’est lui qui accompagnera d’ailleurs le maire Labeaume à Lausanne à titre de conseiller technique. « Selon certaines informations qu’on a eues, il n’y a pas encore eu beaucoup de sollicitations faites par le CIO. C’est le début », explique-t-il.

Scepticisme des Québécois

Or, si son intérêt se confirme, Québec ne sera pas seule à convoiter les Jeux de 2026. En plus de Calgary (qui a eu les Jeux d’hiver en 1988), M. Demers dit s’attendre à ce qu’au moins cinq villes américaines se manifestent pour accueillir les Jeux. « On ne sera pas seuls », dit-il. Déjà, Sapporo au Japon et Lillehammer en Norvège ont manifesté leur intérêt. Et l’ouverture affichée par le CIO à des candidatures conjointes pourrait multiplier les postulants.

De son côté, la population de Québec s’est montrée peu emballée par les projets olympiques ces dernières années. L’un après l’autre, les sondages ont témoigné de l’ampleur de son scepticisme. Rien à voir avec la passion suscitée par le hockey dans la capitale. Mais le professeur Richelieu fait quand même un lien entre les deux.

« À Québec, on a déjà construit un amphithéâtre avec des fonds publics et on est en train de réaliser que, fort probablement, il n’y aura pas d’équipe. Ça ressemble beaucoup à une escalade à l’engagement. […] On a raté notre coup avec la Ligue nationale, maintenant rebelote, on est prêts à investir encore plus de fonds publics pour tenter notre chance avec les Jeux olympiques d’hiver. À un moment donné, il faut arrêter. »

C’est en 2019 que le CIO choisira la ville hôte des Jeux d’hiver de 2026.

51
milliards $US
Coût des JO d’hiver de Sotchi en 2014
6
milliards $US
Coût des JO d’hiver de Vancouver en 2010
3,6
milliards $US
Coût des JO d’hiver de Turin en 2006
2,9
milliards $US
Coût des JO d’hiver de Salt Lake City en 2002
1 commentaire
  • Jean-François Trottier - Abonné 26 mars 2016 09 h 43

    Et la loi contre les monopoles ?

    J'aime bien les Jeux Olympiques (voix d'alto), avec des majuscules puisque c'est une institution si vénéraaaaable (voix de basse).

    Mais bon, faut voir: tous les pays du monde construisent leur programme sportif en fonction du calendrier Olympique. Plusieurs subventionnent des laboratoires de recherche sur des dopes qui auront l'heur de ne pas être détectées et utilisées en une ascension précise pour donner les meilleurs résultats possibles au bout de quatre ans.

    Et à un moment précis, un pays doit s'endetter jusqu'au cou pour faire plaisir à quelques bonzes qui ont décidé que les Jeux doivent se tenir en un seul lieu et un seul moment, le petit doigt levé et chic de rigueur.

    Je comprends que les Jeux sont pour les athlètes un immense party, un moment de fraternisation unique qui sert d'exemple, voix de ténor et sonnez trompettes.

    Très joli. Mais pendant les Jeux de Sotchi, 52 millards et un beau câlin entre Poutine et Aubut, la Russie dopée à je-ne-sais-quoi envahissait l'Ukraine et aucune, aucune trève n'était en cours dans le monde.

    Je ne veux pas démolir le bel esprit Ôlépier, Ôlémin, Ôlatête, Ôlouette. Je dis que ces milliards de glitter à Sotchi (j'aime bien le glitter) seront suivis de milliards de plumes au cul à Rio, et j'aime encore mieux les plumes au cul.

    Mais au bout du compte, le monde sportif vit à la vitesse des stimulateurs cardiaques de quelques vieillards très riches qui connaissent parfaitement le scotch double malt de 30 ans d'âge. Bin quin, on leur en fait cadeau régulièrement.

    Et j'adôôôôre voir les petites jupettes voleter durant le patinage artistique, les montagnes de muscles sous les haltères éthérés (?), les fractures grandes ouvertes au courage et le sourire de Marianne.

    Mais là là, cette année, j'aurais aimé que les Jeux se tiennent dans le désert de Syrie, trève à l'appui. Parce que sinon, c'est de la grosse boule....