Le commissaire au lobbyisme réplique au maire

Régis Labeaume avance que les «vérifications» sur le projet immobilier Le Phare auraient pris des tournures personnelles.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Régis Labeaume avance que les «vérifications» sur le projet immobilier Le Phare auraient pris des tournures personnelles.

Le commissaire au lobbyisme François Casgrain nie s’acharner sur le maire de Québec et reproche à ce dernier de « déformer la réalité » sur son travail. La veille, M. Labeaume l’avait vivement critiqué lors d’une séance du conseil municipal.

Le commissaire au lobbyisme effectue, depuis des mois, des « vérifications » sur le dossier du projet immobilier Le Phare, piloté par le promoteur Michel Dallaire à Québec, des informations rendues publiques dans les médias ces derniers mois.

Or, selon le maire, ces vérifications auraient dû rester confidentielles à cette étape, puisque personne n’a été formellement accusé d’avoir enfreint la loi. « Le problème avec ce monsieur-là, c’est qu’il fait des enquêtes, fait des déclarations et salit entre-temps la réputation des individus », a-t-il dit lundi soir.

« Il parle de Monsieur Dallaire depuis des mois. Aucune accusation n’a été portée, rien n’a été dit concernant ce monsieur-là, qui est éminemment responsable. Mais pendant ce temps-là, il salit sa réputation. »

Mardi, l’Association québécoise des lobbyistes du Québec (AQL) a fait savoir qu’elle partageait ses inquiétudes. « Le commissaire ne devrait pas confirmer ou infirmer quelque situation, plainte ou vérification à moins d’avoir un motif raisonnable », a fait valoir leur porte-parole, Mathieu Santerre, en invoquant « la présomption d’innocence » et le « droit à la réputation ».

De l’acharnement ?

Le maire Labeaume avance de surcroît que l’affaire a pris une tournure personnelle. « Je pense que ce qui l’achale [le commissaire], c’est que je le blâme, pis il a le goût de me pogner. […] Je vais continuer à la blâmer, parce que je pense que son comportement est inadéquat. On ne peut pas jouer avec la justice de cette façon-là. […] Quelqu’un de raisonnable, mature ne ferait pas ça, je pense. »

En fin de journée mardi, M. Casgrain a réagi par communiqué en déplorant « le fait qu’un titulaire d’une charge publique remette en question l’intégrité et le professionnalisme d’une personne désignée par l’Assemblée nationale et tienne un discours qui déforme la réalité sur le travail du commissaire ».

M. Casgrain a déjà fait des vérifications concernant l’ancien hôtelier Vincent Dufresne, qui est devenu conseiller municipal. Or, aucune enquête n’a finalement été lancée. Il avait aussi mené une enquête et blâmé certaines entreprises dans le dossier de l’amphithéâtre, mais le Directeur des poursuites criminelles avait décidé de ne pas poursuivre.

Concernant son présumé acharnement sur Québec, il a souligné mardi qu’il menait « près de 500 activités de surveillance et de contrôle » à la grandeur du Québec.

Lundi, l’opposition à la Ville de Québec avait mis de la pression sur le maire dans ce dossier après avoir appris que la Ville allait dépenser 30 000 $ pour les services de l’avocat Errol Payne dans le cadre des vérifications. « Pourquoi mandater un avocat si la Ville n’a rien à se reprocher ? » avait lancé le chef Paul Shoiry.

Le maire avait répondu ceci : « On pense qu’on devrait être représentés par un avocat, parce qu’on n’a pas confiance. On est très prudent avec le commissaire au lobbyisme. » Et d’ajouter que les avocats de la Ville avaient recommandé cette stratégie.

Il a ajouté que le promoteur Michel Dallaire n’avait pas fait de lobbyisme illégal, puisque c’est la Ville de Québec qui l’avait sollicité pour des rencontres sur Le Phare. « Chaque fois que M. Dallaire nous a présenté son projet, il l’a fait à notre demande. C’est nous autres qui l’appelons pour lui dire : « Viens nous expliquer. » […] Y a pas de lobbyisme quand c’est toi qui veux savoir ce que le promoteur veut faire. »