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Jour de fête à Québec

Le premier ministre Philippe Couillard et le maire Régis Labeaume lors de l’inauguration officielle du Centre Vidéotron mardi dernier
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard et le maire Régis Labeaume lors de l’inauguration officielle du Centre Vidéotron mardi dernier
Québec a le moral au beau fixe. Le Centre Vidéotron accueillera ce samedi son premier événement : un match opposant les Remparts à l'Océanic de Rimouski. Retour sur une saga sans équivalent.
 

Pour le sociologue Simon Langlois, l’amphithéâtre révèle à quel point Québec a changé depuis vingt ans. « Voilà une ville en croissance avec un taux de chômage assez faible dont l’économie s’est développée. Ce n’est plus seulement une ville de fonctionnaires, ça se reflète dans une nouvelle identité plus assurée. »

Une identité qui découle aussi des fusions municipales. « Il n’y a pas eu d’embûches du côté des roitelets des villes autour », ajoute le professeur de l’Université Laval en soulignant que Québec parlait « d’une seule voix dans ce dossier ». Enfin, ajoute-t-il, cet équipement de 370 millions de dollars est une illustration du fort leadership du maire Régis Labeaume. « Il a été capable à la fois de rallier les gens d’affaires, le gouvernement et la population. C’est rare. »

Pas moins de 120 000 personnes ont assisté aux visites guidées du centre la semaine dernière. Rarement a-t-on vu un projet susciter autant d’adhésion au sein de la population. Cet appui aurait-il été affecté s’il y avait eu dépassements de coûts ? On ne le saura jamais. Chose certaine, les questionnements légaux sur l’entente avec Québecor et les scrupules sur l’ampleur des fonds publics investis n’ont jamais émoussé l’enthousiasme sans borne des nostalgiques des Nordiques.

« On va l’avoir, notre équipe »

« On est une ville qui vibre au hockey. C’est vraiment une religion, le hockey, ici », résume François Gariépy, chroniqueur radio et copropriétaire d’une boutique de vélo. En 2004, il avait créé avec Éric Bergeron le site Web leretourdesnordiques.com. L’initiative avait fait beaucoup de bruit, mais à l’époque, le projet semblait irréaliste, voire loufoque.

Aujourd’hui, il s’étonne surtout que ça ait déboulé aussi vite. « Je pensais voir ça de mon vivant, mais pas à 44 ans. » Lui fait partie de la génération pour qui le hockey est un souvenir d’enfance impérissable. Quand on lui suggère que les plus jeunes risquent d’être moins loyaux, il affirme le contraire. « Si tu vas dans une école primaire, tous les petits gars ont des calottes des Bruins, des Canadiens et des Penguins. »

Même chez les adversaires du maire Labeaume, on reconnaît qu’il a bien joué ses cartes. C’est le cas de Patrick Paquet, un ancien conseiller d’Équipe Labeaume qui avait joint l’opposition en 2012 et qui est aussi un grand amateur de hockey. « Je n’ai pas toujours été d’accord avec les décisions de M. Labeaume, mais dans ce cas-ci, je pense qu’on a pris une bonne décision », dit-il.

Lorsqu’il était en politique municipale, l’une des principales critiques de M. Paquet était la croissance de la dette, sur laquelle l’amphithéâtre a pourtant mis une pression incontestable. L’ex-conseiller estime encore aujourd’hui que l’entente conclue avec Québecor pour le scénario sans équipe de hockey est très désavantageuse.

Mais il dit que ça ne l’inquiète pas, « parce qu’on va l’avoir, notre équipe de hockey ». Son seul souci est que ladite équipe s’installe à la suite d’un déménagement. Parce qu’avec une équipe d’expansion, les gens de Québec vont devoir être « patients » avant de voir les victoires se succéder, note-t-il.

Les hypothèses sur l’arrivée imminente d’une équipe allaient bon train encore cette semaine. En entrevue, l’ex-premier ministre et président du conseil de Québecor, Brian Mulroney, a dit que « ça commençait à bouger » auprès de la Ligue nationale de hockey (LNH).

Des billets et des acheteurs

Qu’adviendra-t-il du Centre Vidéotron s’il n’y a pas d’équipe ? C’est une question qu’on ne se pose pas trop ces jours-ci dans la capitale. En même temps, les promoteurs du projet font valoir que l’amphithéâtre était nécessaire en soi. « Moi, je ne suis pas un gars de hockey », explique l’avocat Luc Paradis, qui dirige le groupe de campagne de fonds Première Place (ex-« J’ai ma place »). « Je suis un gars de projets, et je trouvais que c’était un projet mobilisateur. »

L’ancien président de la Chambre de commerce rappelle que J’ai ma place a réussi à amasser 18,5 millions au sein du public et des milieux d’affaires avec la vente de sièges et de salons corporatifs. « On a quand même vendu 18,5 millions de dollars de quelque chose qui n’existait pas ! » lance-t-il.

Bien sûr, certaines questions restent en suspens. Au cours des prochains mois, tous les yeux seront tournés vers la billetterie du Centre. On sait que les billets de musique métal et de hockey se vendent comme des petits pains chauds. Qu’en sera-t-il du reste ? Cette semaine, Guy A. Lepage a fait savoir que Rock et Belles Oreilles et Madonna avaient des difficultés communes à vendre leurs spectacles de cet automne.

Reste en outre à savoir quel impact aura l’amphithéâtre sur l’écosystème du loisir de la capitale et les ventes de billets ailleurs. Interrogé là-dessus, Luc Paradis rétorque qu’en matière de concurrence, « le meilleur gagne ». « Quand un nouveau resto apparaît sur une artère, ça force tous les autres à se renouveler. »

Tous les billets sont vendus pour le match des Remparts contre les Saguenéens ce samedi soir (18 259 places). La partie sera par contre retransmise sur écran géant à l’extérieur, où seront projetés des feux d’artifice en fin de soirée.

9 commentaires
  • Daniel Lemieux - Inscrit 12 septembre 2015 06 h 13

    Qui se souvient du printemps 2011 ?

    Le maire de Québec doit une fière chandelle à Agnès Maltais, qui au risque de faire imploser le PQ défendait alors bec et ongles l'entente privée avec Quebecor.

    Vous souvient-il du bien nommé projet de loi « Labeaume-Maltais » et du projet de loi 204 auxquels Louise Beaudoin, Lisette Lapointe, Pierre Curzi et Jean-Martin Aussant s'opposaient malgré la ligne de parti imposée par Pauline Marois ? Et de cette commission parlementaire, où la ministre Maltais s'est montrée très favorable à Quebecor ? Pierre Karl Péladeau n'était sûrement pas très loin ...

    Même si toute cette saga donne aujourd'hui l'impression de s'être terminée de façon harmonieuse, les incongruités se poursuivent: avec un amphithéâtre inauguré en période dite « d'austérité », les $500 millions engloutis par l'État dans ce projet qui aurait dû demeurer strictement privé font-ils aujourd'hui partie de ladite « Dette » ?

    Philippe Couillard a le sourire: son gouvernement a le plaisir d'offrir des jeux (sans le pain), cachant bien hypocritement les réductions de services à la population qui servent à les financer.

  • Hélène Gervais - Abonnée 12 septembre 2015 06 h 29

    Êtes-vous capables de me dire ...

    Pourquoi les gens aiment tant le hockey? que des joueurs gagnent des millions à pousser une petite rondelle? qu'en plus la plupart ne parlent même pas français? qu'ils sont échangés comme de la marchandise? comment les gens peuvent-ils s'intéresser à cela?

    • François Dugal - Inscrit 12 septembre 2015 10 h 39

      Cela s'appelle l'industrie du divertissement, madame Gervais : il y beaucoup d'argent à faire là.

    • Clermont Domingue - Abonné 13 septembre 2015 10 h 04

      Le hockey c'est très physique.Cela va comme un gant avec les valeurs de notre époque.

    • Clermont Domingue - Abonné 13 septembre 2015 10 h 08

      Ils ont bien mangé. Ils rient. Ils sont heureux...

  • François Dugal - Inscrit 12 septembre 2015 07 h 52

    Proverbe chinois

    "Il n'y a rien de trop beau pour la classe ouvrière." - Lao-Tseu

    • Tristan Roy - Inscrit 12 septembre 2015 17 h 08

      Mais no monsieur Dugal ^^ C'est une citation de Lénion

  • Colette Pagé - Inscrite 13 septembre 2015 10 h 46

    Rira bien qui rira le dernier !

    Lorsque je vois le maire de Québec se bidonner, je pense à la somme considérable investi par l'ensemble des Québécois dans ce qui pourrait devenir un éléphant blanc. Une somme qui en période d'austérité aurait pu être utilisée à des besoins essentiels. Pensons notamment aux parents obligés de payer le papier de toilette aux enfants.

    Et si au moins, le Québec aurait pu à la hauteur de ses contributions partager les profits. Mais non ! Les profits seront pour les autres.

    Pour revenir à la photo, c'est comme si le maire se réjouissait d'avoir embobiné le PQ et Françoise Maltais. Une décision électoraliste. Une de plus !

  • Yvon Bureau - Abonné 13 septembre 2015 20 h 41

    Du pain et des jeux

    Pour l'ouverture, j'aurais préféré un grand spectacle avec l'OSQ et même aussi avec l'OSM, 407 choristes, les Vigneault et proches, de la poésie, .... Cirque du Soleil. Bref, une haute soirée pleine d'ouverture et d'élévation. Avec du jaune et avec bien d'autres couleurs.

    Peut-être au nouveau Colisée ?!