Saint-Sauveur, le quartier délaissé

Environ 15 000 personnes vivent dans ce quartier populaire qui compte beaucoup de gens à revenus modestes.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Environ 15 000 personnes vivent dans ce quartier populaire qui compte beaucoup de gens à revenus modestes.

Dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, la résistance à la destruction du vieux Centre Durocher perdure. Mais au-delà du sort du bâtiment lui-même, les citoyens dénoncent le manque, voire l’absence de lieux culturels dans le quartier.

« Au niveau culturel, c’est un désert, Saint-Sauveur », explique Éric Martin du Comité de citoyens du quartier (CCCQSS). « Il n’y a absolument aucune infrastructure, à part l’École de danse sur Langelier. Mais ce n’est pas tout le monde qui a les moyens de se payer des cours. C’est un des plus gros quartiers de la ville et il n’y a absolument rien. »

Environ 15 000 personnes vivent dans ce quartier, dont la majorité de la population est à revenus modestes. Situé à l’ouest du quartier Saint-Roch, Saint-Sauveur connaît en même temps un certain essor. Des restaurants courus ont commencé à pousser sur la rue Saint-Vallier et une microbrasserie est sur le point d’y ouvrir ses portes. Sauf que le quartier vient aussi de perdre sa clinique médicale (déménagée vers Saint-Roch), les transports en commun y demeurent déficients et les espaces verts y sont rares.

Les résidants qui militent dans le dossier Durocher, eux, se plaignent surtout de l’absence de bibliothèque. « Je veux une succursale de bibliothèque de la ville avec un accès pour tous aux revues, aux journaux, aux ordinateurs », déclarait une résidente lors d’une consultation organisée par le CCCQSS en juin.

Une centaine de personnes ont participé à cet exercice, dont le bilan a été rendu public cette semaine. La dame citée plus haut y soulignait que les infrastructures « devaient être accessibles à pied ».

La Ville veut des logements sociaux

Le mouvement pro-Durocher réclame que la Ville convertisse l’immeuble en Maison de la culture. En plus d’une bibliothèque, ils demandent une salle de spectacles, un lieu pour tenir des expositions. Le rapport de la consultation souligne que le site du Centre Durocher, avec le parc juste à côté, est « le coeur communautaire du quartier ». Or la réfection du bâtiment est impensable aux yeux de la ville, qui a estimé les coûts à au moins 23 millions.

Construit dans les années 1950 par les Pères Oblats, le Centre Durocher est la propriété d’un organisme à but non lucratif qui offre des services de loisirs. Rempli d’amiante, le bâtiment ne répondait plus aux normes quand on a finalement décidé de le fermer et le détruire.

Selon celui qui le dirigeait, l’idée d’en faire une Maison de la culture circule depuis l’époque de Jean-Paul L’Allier. « Dans les 15, 20 dernières années, on avait ces arguments-là. On a présenté des projets à différentes instances et ils n’ont pas abouti », explique Pierre Morin.

À défaut d’une solution sur place, M. Morin s’est résigné à déménager les services à l’extrémité ouest du quartier, au Centre Monseigneur-Bouffard. Il affirme que 90 % de sa clientèle l’a suivi malgré les quelque 900 mètres qui séparent les deux lieux.

L’administration Labeaume veut pour sa part que le vieux centre soit détruit pour y faire construire des logements sociaux pour les jeunes familles, ce qui répondrait à d’autres besoins criants du secteur. On parle de 65 appartements répartis dans un bâtiment en escalier de cinq étages. « Ça avance bien », résume le responsable du projet, Armand St-Laurent, du Groupe de ressources techniques Action-Habitation. Le dossier du changement de zonage est actuellement entre les mains de la Commission d’urbanisme et il espère pouvoir démolir le bâtiment d’ici à la fin de l’année.

Un compromis partiel pourrait toutefois se dessiner. « Il y a des discussions pour qu’il y ait un point de service de la bibliothèque [dans l’immeuble à logements] », signale M. St-Laurent. Selon M. Morin, ce serait une « excellente idée ». Pour Éric Martin, c’est « sûr que ce serait bien accueilli », mais « ça dépend de ce qu’ils proposent comme projet ».