Le comité de vigilance tenu dans l’ignorance

Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Après deux ans de travaux, le Comité de vigilance des activités portuaires se dit incapable d’exercer son mandat de surveillance du Port parce que ce dernier refuse de lui fournir un minimum d’informations.

Dans son bilan annuel, l’organisme note que « la problématique est toujours au même point ». Créé à la suite des épisodes de poussière rouge et de nickel en provenance du Port, le comité devait notamment documenter le problème, informer les citoyens et proposer des améliorations au Port.

Il est composé de représentants de la Ville et des ministères, de la Santé publique, des conseils de quartier, de Véronique Lalande, de l’initiative citoyenne Vigilance Port de Québec, et du Conseil régional de l’environnement. Un représentant du Port y siège dans le but de relayer les demandes à ses employeurs.

Or le comité se dit complètement dans le noir pour ce qui est des secteurs affectés, de la nature des dépôts et de leur quantité, ou encore de la qualité de l’air et des produits qui s’y trouvent. Il reproche aussi au Port de ne pas diffuser d’informations précises sur le volume de vrac transitant par ses installations.

Quant aux données fournies par le ministère du Développement durable sur le nickel, elles sont jugées insuffisantes parce qu’elles n’indiquent que les moments où les concentrations dépassent la norme sans indiquer la mesure de ces concentrations.

« Sans ces données-là, il est difficile d’évaluer l’impact réel des mesures de mitigation », a reconnu la présidente du comité et présidente de l’arrondissement Suzanne Verreault. La conseillère cherchait à se montrer positive malgré tout. « Mais il s’est quand même fait des choses au port », a-t-elle dit.

Concernant les données, le représentant du Port, Anick Métivier, a expliqué que l’Administration portuaire les avait, mais qu’elles ne lui appartenaient pas et étaient la propriété des opérateurs.

« On n’en laissera pas passer une »

Au moins une centaine de personnes s’étaient déplacées pour les entendre dans un centre communautaire du quartier Limoilou. La plupart semblaient inquiètes et en colère. L’un d’eux, Maxime Guérard, a expliqué qu’il s’était fait élire au conseil de quartier du Vieux-Limoilou justement parce que le dossier des poussières l’inquiétait. « La sociodémographie de notre quartier change. Vous allez avoir des jeunes comme moi qui ne sont pas vraiment des militants, mais qui ont un peu de moyens et énormément de formation qui vont continuer à vous mettre de la pression », a-t-il prévenu. « Je vous enjoins à mettre ça dans votre matrice de réflexion », a-t-il dit en s’adressant au représentant du Port. « Parce qu’honnêtement, on va jouer puis on n’en laissera pas passer une. »

Avant lui, une dame avait interpellé la conseillère Verreault sur l’appui du maire Labeaume au projet d’agrandissement annoncé de la zone portuaire. « La Ville veut développer des écoquartiers […] Comment peut-elle faire ça tout en appuyant sans réserve les activités du Port ? »

La Direction régionale de la santé publique a aussi été vivement critiquée pour sa lenteur à documenter le problème. La représentante de l’organisme, Renée Levaque, a dit que l’étude finale sur le nickel serait « bientôt déposée » et qu’une étude plus large sur la qualité de l’air devait suivre. Elle n’a toutefois pas dit quand et a mentionné que cette étude restait à financer, ce qui a nourri le scepticisme des citoyens.