Michel Dallaire, un homme et ses grands projets

Michel Dallaire ne manque pas d’ambition. Lui préfère parler de «vision», de celle qu’avait son père et mentor, Jules Dallaire décédé en 2006. 
Photo: Francis Vachon Le Devoir Michel Dallaire ne manque pas d’ambition. Lui préfère parler de «vision», de celle qu’avait son père et mentor, Jules Dallaire décédé en 2006. 

Le Phare, c’est lui. Le projet sur les terres des Soeurs de la Charité aussi. Et demain, il présidera l’un des chantiers de l’événement Québec 2050 à l’Université Laval. Michel Dallaire est partout en ce moment, et son influence sur le développement de la ville de Québec frappe plus que jamais.

Quand on lui demande quelle mouche l’a piqué pour lancer tous ces grands projets, il éclate de rire. « Mon épouse vous dirait que je suis un peu hyperactif, répond-il. Il n’y a pas de raisons, c’est parce que tout aboutit la même année. »

En plus de ses projets immobiliers en cours, son entreprise a fait des acquisitions de 2 milliards au Canada cette année, dont 11 centres commerciaux d’Ivanohé Cambridge. Cominar est le troisième fonds de placement immobilier au pays. M. Dallaire pourrait se contenter de gérer ses projets, mais il s’engage en plus dans des événements comme Québec 2050 pour réfléchir avec ses collègues promoteurs à l’avenir de la capitale.

Serait-il en train de préparer le terrain à une carrière politique ? Cette question aussi le fait rire. « Pas du tout, Madame, loin de là ! J’ai juste à ouvrir les journaux des dernières semaines pour me dire : “Comment ils font ?” »

L’homme ne manque pas d’ambition. Lui préfère parler de « vision », de celle qu’avait son père et mentor, Jules Dallaire décédé en 2006. On l’a dit et répété : son Phare sera l’immeuble le plus élevé à l’est de Toronto.

Pour une ville peu portée sur les hauteurs comme Québec, ce n’est pas rien. Malgré les critiques, Dallaire dit qu’il a déjà réalisé son objectif de rallier le public : un sondage récent du Journal de Québec donne un fort taux d’appui au projet avec 72 %.

Invité à commenter ces critiques, M. Dallaire réagit avec calme. Sa voix reste douce, à tel point qu’il faut parfois tendre l’oreille pour l’entendre. Mais ses réponses dénoncent une certaine exaspération.

Quand on l’interroge sur les corridors de vent qui se développent souvent près des gratte-ciel et leur impact possible sur la vie piétonne et sa fameuse place publique, il s’étonne. « Je ne peux pas croire que les gens pensent qu’on va investir des millions de dollars dans une place publique qui ne servira pas ! C’est clair que c’est des choses qu’on va regarder, qu’il faut venir moduler. […] On est loin d’être au plan de la construction. »

Chicago, avant et après

Plus d’un expert a dit craindre un surplus d’offres sur le marché immobilier. Mais le promoteur s’en étonne encore. « Pour moi, ça n’a aucun sens. […] Québec est une ville qui va bien, qui est en croissance. » Ceux qui s’inquiètent, ajoute-t-il, doivent penser que le projet n’abritera que des bureaux. Or, le Phare inclura des commerces au rez-de-chaussée, des bureaux, puis du résidentiel dans les étages supérieurs. Bref, de la mixité.

Ce mot « mixité », Michel Dallaire le répète souvent. Il est très emballé par cette formule qu’il a déjà testée au complexe Jules-Dallaire, sa plus haute tour à ce jour sur le Boulevard Laurier. Il raconte d’ailleurs avec passion comment un voyage à Chicago l’a gagné à ce modèle en 2009. « Chicago a été un tournant. Quand on est revenus, j’ai mis les plans de plusieurs projets à la poubelle. À Beauport, on avait un projet résidentiel comme tout le monde fait : des bâtiments dans une mer de stationnements. »

Le projet de Beauport n’inclut pas moins de 2000 habitations, c’est un véritable quartier. « En revenant de Chicago, on a recommencé. On a rentré 70 % et plus des stationnements en sous-sol pour arriver à créer des espaces verts. […] On a aménagé un parc, des chutes d’eau, des sentiers de marche, des jeux pour les enfants. »

Bref, ceux qui ont vu dans son Phare un signe de l’influence de Dubaï se trompent. M. Dallaire n’y est jamais allé. Mais Chicago, c’est autre chose. Le voyage avait été organisé à l’époque par Régis Labeaume, lui-même inspiré par cette ville.

Quand on lui fait remarquer que le maire semble avoir une influence positive sur ses projets, il rétorque tout de suite que ça n’a pas toujours été le cas. « C’est aussi le maire qui avait coupé mon projet ici », dit-il en parlant du complexe Jules-Dallaire qui, avec ses 28 étages, avait été bloqué au zonage au départ.

L’agriculture contre le communautaire

Un autre grand projet de M. Dallaire a suscité son lot de réactions cette année : son développement immobilier philanthropique sur les Terres de la Charité. Avec cette initiative, M. Dallaire dit d’abord avoir voulu réinventer le genre. « Tout le monde fait la même chose en philanthropie : on fait une campagne de financement, on trouve deux présidents d’honneur et on lève des fonds, résume-t-il. Je pense que j’ai une certaine facilité dans l’immobilier. Est-ce que je peux utiliser ce que je sais faire à long terme pour capitaliser les fondations et redonner à la société ? »

La réaction négative des gens qui souhaitent préserver la vocation agricole du site l’a complètement dépassé. « Je n’ai jamais vu ça venir », dit-il simplement. Étant donné que le Plan métropolitain prévoyait déjà faire des terres des zones constructibles, il pensait que l’affaire était entendue.

Lorsqu’on lui demande s’il ne pourrait pas faire un compromis, donner une certaine place à l’agriculture urbaine, il réserve ses commentaires. Mais il semble assimiler toute concession à une réduction de l’aide aux démunis que doit générer le projet.

« C’est un projet pour aider des gens dans le besoin. Pas juste des pauvres, mais aussi des gens qui vivent avec des enfants handicapés, qui ont besoin de répit, des gens qui ont eu des problèmes de suicides dans leur famille et ont besoin d’aide. »

Sinon, M. Dallaire est emballé par le projet de service rapide par bus (SRB) dévoilé la semaine dernière. « Je salivais, dit-il. On a vu des images d’un boulevard Laurier à échelle humaine. C’est ce qu’on demande. »

Le transport en commun, il y croit et il en veut. Mais entre la carotte et le bâton, il choisit clairement la carotte comme stratégie de vente. « Il ne faut pas imposer aux gens des limites de stationnements, dit-il. La journée où ça va être plus rapide de venir travailler en transport en commun que de prendre sa voiture, les gens vont le faire naturellement. »

Michel Dallaire en cinq dates

27 juillet 1961 Naissance à Québec dans le quartier Giffard.

1986 Après des études en génie civil et deux ans dans le privé, il intègre définitivement le groupe immobilier de son père, Jules Dallaire.

1998 Cominar fait son entrée en Bourse. Une grande phase d’expansion s’amorce.

2005 Jules Dallaire tombe gravement malade. Il décède du cancer l’année suivante, et son fils lui succède à la tête de Cominar.

Février 2015 Michel Dallaire dévoile le projet Le Phare, un gratte-ciel de 65 étages à l’entrée ouest de la ville de Québec.
9 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 9 mars 2015 07 h 46

    Des idées de grandeur

    «On l’a dit et répété : son Phare sera l’immeuble le plus élevé à l’est de Toronto.»

    Il paraît qu'à une certaine époque en Europe c'était à qui pouvait faire construire la plus haute cathédrale. C' était donc pour satisfaire leurs caprices que les évêques faisaient construire des cathédrales. c'était à qui pouvait impressionner le plus le bon peuple.

    J'ai comme l'impression qu'on assiste au même phénomène aujourd'hui. Il semble que ce soit pour leur propre gloire que certains entrepreneurs et certains hommes politiques aspirent à faire construire des tours.

    C'est à qui ferait construire la plus haute.

    J'espère que la raison va finir par l'emporter. Ce projet de tour de 65 étages est complètement ridicule et donc inacceptable.

    La Ville de Québec mérite beaucoup mieux que ça.

    C'est un projet de macho en mal d'affirmation. Ce monsieur Dallaire cherche sûrement à se faire admirer par le bon peuple.

    • Éric Alvarez - Inscrit 9 mars 2015 08 h 42

      De fait, dans une ville comme Québec, le citoyen existe de moins en moins. Il n'y a plus que le maire et ses "minions", soit les promoteurs immobiliers (à moins que ce ne soit l'inverse...). Le reste est dans la catégorie des "anti-toute", soit des "gueux" qui ne méritent même pas d'être écoutés même si leur seul crime est d'avoir une vision différente du développement de leur ville.

      Un Plan particulier d'urbanisme (PPU) dans le secteur qui ne laisse pas de place à une grande tour? Aucune importance, on changera le PPU. Après tout, on a un sondage en main, réalisé avant même qu'il y ait un débat sur la question, qui règle tout le débat social!

  • Gilles Théberge - Abonné 9 mars 2015 08 h 54

    Faux naïf?

    Les réactions négatives à son projet de bâtir dès habitations dans la zone agricole des sœurs il ne l'a pas vue venir... Il ne comprends pas que du monde aient d'autres façons de voir la vie, le patrimoine autrement que lui. Lui c'est la seule chose qu'il sait faire développer des logements, des condés, des tours...?!

    Si monsieur a vraiment de la créativité et qu'il veut faire dans philanthropie ben qu'il ouvre ses horizons. Oui les gens doivent se loger. Mais ils doivent manger aussi et ça c'est un problème qui commence à faire mal.

    Et disons que ça fait mal à un point tel que la solution n'est pas à ce chapitre de trouver un philanthrope condescendant qui rationalise pour justifier le fait qu'il n'a derrière ses projets qu'une pensée unique. La sienne.

  • Yvon Bureau - Abonné 9 mars 2015 09 h 23

    La leçon de Peter Simmons

    Merci pour cet article.

    À cette lecture, je vous partage ce qui me revient +++ à l'esprit. soit l'article de Richard Martineau du JdeQ du 11 février dernier : La leçon de Peter Simmons. Sa relation avec les impôts, avec l'argent, avec les profits, avec l’évasion fiscale, avec ...

    J'aimerais lire les réflexions de monsieur Dallaire sur ce point.

    Il me parait sage de nous garder une saine distance du couple Capitalisme et philanthropie.

    J’aimerais bien que notre Le Devoir fasse une longue entrevue avec ce monsieur Simmons, sur le capitalisme civilisé, sur les profits, sur les impôts, sur …

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 9 mars 2015 09 h 38

    Bravo

    On devrait vous voir a Montreal, nous avons besoin de gens tel que vous!
    Lachez pas!

  • Sylvain Auclair - Abonné 9 mars 2015 09 h 51

    In medio virtus stat

    On dirait que des promoteurs comme M. Dallaire ne voient rien entre les bungalows s'étendant à perte de vue et les tours interminables inhumaines. On a en effet montré que, passé six ou sept étages, les résidants perdent tout contact avec le sol, avec leur quartier. Alors, pourquoi pas un quartier dense, avec des édifices de taille moyenne, donc de cinq ou six étages, des boutiques au rez-de-chaussée, pas de couloirs de vent et du TEC efficace (et pas seulement aux heures de pointe)?