Le ministère nie l’impact sur la valeur des maisons

Le ministère du Développement durable ne croit pas que la nouvelle carte des zones inondables de l’agglomération de Québec affectera la valeur des résidences près de la rivière Lorette, comme le craignent de nombreux résidants.

« Des études américaines et canadiennes le démontrent clairement. Ce ne sont pas les cartes qui ont un impact sur la valeur d’un immeuble. Ce sont les inondations elles-mêmes. C’est le fait qu’il y ait eu des inondations qui a un impact sur la valeur », a soutenu l'attachée de presse du ministère, Marie-Julie Couturier, dans un échange de courriels avec Le Devoir.

Le ministère appuie ses dires sur des informations recueillies notamment au bureau des relations gouvernementales du Mouvement Desjardins, à l’Association des banquiers canadiens et à l’Ordre des évaluateurs agréés du Québec.

L’agglomération de Québec, qui comprend Québec, L’Ancienne-Lorette et Saint-Augustin, doit adopter sous peu une nouvelle carte qui élargit de beaucoup les zones dites « inondables » aux abords de la rivière Lorette.

Environ 700 personnes sont touchées, dont la majorité se trouve sur le territoire de la ville de Québec et le reste à L’Ancienne-Lorette. Avec l’appui du maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, de nombreux résidants ont dénoncé la carte parce qu’ils craignent de voir la valeur de leur résidence baisser.

Vice caché

Gheorghe Lupan fait partie du groupe. Il y a un an et demi, il a acheté une maison jumelée sur la rue de Verlaine à Québec et jusqu’au à tout récemment, personne ne lui avait parlé de zone inondable. « Je ne l’aurais pas achetée si j’avais su. C’est comme si on m’avait vendu une maison avec un vice caché. »

M. Lupan est d’autant plus choqué que son jumelé a été construit il y a moins de cinq ans. « C’est la responsabilité de qui ? Parce que les permis ont été donnés récemment !, dit-il en montrant du doigt la Ville. La Ville a tenu les gens dans l’inconnu ! »

À L’Ancienne-Lorette, la rivière a souvent débordé dans le passé, mais pas sur le territoire de Québec. Les riverains de ce secteur sont dès lors plus surpris, moins informés et moins mobilisés, déplore M. Lupan. Lui-même a appris l’existence de la carte la semaine dernière, par ce qu’en ont dit les gens de L’Ancienne-Lorette dans les médias.

La Ville renvoie la balle au ministère

À la Ville de Québec, on rétorque que c’est la faute du ministère. « On est vraiment tributaires de ce que le gouvernement nous demande dans ce dossier-là », explique la vice-présidente du comité exécutif, Julie Lemieux.

L’administration Labeaume aurait voulu reporter la sortie de la nouvelle carte après les travaux de réaménagement prévus pour les prochaines années aux abords de la rivière justement pour prévenir de nouvelles inondations.

Selon Mme Lemieux, une fois les travaux terminés, le risque sera diminué à tel point que la « presque totalité » des riverains ne figurerait plus sur la carte des zones inondables. Elle reproche dès lors au ministère de forcer le conseil d’agglomération à adopter la carte dès cet automne.

Mme Lemieux s’est en outre montrée surprise des conclusions du ministère sur l’impact économique de la carte. À son avis, avec la nouvelle carte, ce sera « plus difficile d’avoir des assurances et c’est sûr que la valeur [de la propriété] risque d’être moins élevée ».

Au ministère, on affirme au contraire que les travaux de réaménagement de la rivière n’affecteront pas le contenu de la carte et que l’agglomération de Québec doit se soumettre aux mêmes règles que les autres. « Les cartes des zones inondables déposées par l’agglomération prennent en compte les travaux que le ministère a autorisés en 2013, écrit-on. Cette problématique, que nous suivons de près, existe à l’échelle du Québec. »

1 commentaire
  • Yvon Rudolphe - Abonné 18 octobre 2014 14 h 45

    Y a-t-il une intention non déclarée?

    Il semble que l’on ne veut pas alarmer les propriétaires. Ce qui est intrigant c'est d’avoir demandé à l’OEAQ, qui n’a pas de département de recherche, une opinion de la sorte pour confirmer les allégations du ministère. À qui s'est-on adressé à l’OEAQ? Il n’y a pas eu d’étude à cet effet et l’on affirme qu’il n’y a pas d’impact sur la valeur. En finance, lorsque le risque augmente, il y a diminution de la valeur. Or, on affirme le contraire ici. Il y a donc lieu de se questionner.

    En rendant une information publique, les courtiers en valeurs immobilières sont obligés de la divulguer. Par conséquent, est-ce qu'un acheteur prudent ferait l’acquisition d’une propriété dans une zone inondable au même prix que celle qui n'est pas située dans une telle zone ? J’en doute...