Le traité de Paris s’expose à Québec

Le document historique est exposé pour une dizaine de jours au Musée de la civilisation.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le document historique est exposé pour une dizaine de jours au Musée de la civilisation.

Malgré les pressions politiques et l’incendie de la semaine dernière, le traité de Paris de 1763 est finalement présenté au public comme prévu au Musée de la civilisation. Il faudra toutefois se dépêcher pour le voir puisque l’événement ne dure qu’une dizaine de jours.

Les mains du conservateur Vincent Giguère tremblaient, lundi matin, quand il manipulait le fragile document devant les médias. Tout près, la représentante du ministère français des Affaires étrangères, Isabelle Richefort, surveillait l’opération d’un regard à la fois attentif et enthousiaste.

Et pour cause ! Le traité, qui a fait du Canada une entité britannique, est à l’abri des regards depuis deux siècles et demi. C’est la première fois que la France le laisse voyager.

Le précieux document est à peine plus grand qu’une feuille ordinaire et d’apparence assez sobre. Oubliez les dorures et fioritures, il n’y en a pas. « C’était la manière de faire à l’époque », a expliqué Pierrette Lafond du Centre de documentation du Musée de la civilisation. « Ce sont des documents administratifs. »

De toute façon, c’est son contenu qui nous intéresse. Pour l’historien Denis Vaugeois, il est fâchant qu’on se prépare à souligner en grande pompe le 150e anniversaire de la Confédération canadienne alors que le 250e anniversaire du Traité de Paris est passé inaperçu l’an dernier.

« La Confédération, par rapport au traité de Paris, ça ne se compare pas. Le traité de Paris, c’est le commencement. C’est la naissance éventuelle des institutions parlementaires. S’il n’y avait pas eu de traité de Paris, il n’y avait pas de confédération. C’est incroyable. Il faut mettre ça dans l’ordre. »

Comme l’a révélé Le Devoir le 2 septembre, le gouvernement fédéral a tout fait pour bloquer la venue du traité de Paris au Québec parce qu’il ne cadrait pas avec le discours historique qu’il souhaitait véhiculer.

« Ça aurait été normal qu’on souligne les 250 ans de ce document qui fait de nous un pays anglais après avoir été colonisés par la France, ajoute Denis Vaugeois. On s’attendait à des événements importants toute l’année 2013. [Or], le fédéral a décidé que c’était la guerre de 1812-1813 qui était importante et là, ç’a été le silence complet. »

Tendance, les documents

Dans le traité, le sort du Canada est scellé à l’article 4, mais les plus inquisiteurs pourront parcourir tout son contenu sur une tablette en format numérisé dans la salle de l’exposition. La France a en outre prêté d’autres documents pertinents. D’abord, le traité lui-même était signé par des représentants des pays, les plénipotentiaires. Dès lors, il n’a été ratifié que lorsque deux autres copies ont été signées, des semaines plus tard, par les rois d’Espagne et d’Angleterre, documents qui figurent aussi dans l’exposition.

Le document, qui mettait fin à la guerre de Sept Ans, était le fruit de longues négociations dont un autre ouvrage de correspondances témoigne. À cela s’ajoutent deux magnifiques cartes de l’Amérique du Nord. L’une d’elles, signée par le docteur John Mitchell (1777), est immense et fourmille de détails.

Selon la représentante de la France, Mme Richefort, l’exposition de documents comme les traités est une nouvelle tendance dans le monde des musées. Jusqu’à tout récemment, la demande pour ce type d’objet était faible.

Le Musée de la civilisation, lui, a bien compris le potentiel de ce genre d’événement plus bref, et dès lors plus attrayant, qu’une exposition standard. Depuis quatre ans, il convie la population à venir voir de près pendant quelques jours des objets d’exception issus de ses collections. Des oeuvres anciennement à l’Index à la collection de Birds of America, la série « Rares et précieux » a connu un certain succès qui a toutes les raisons de ce confirmer cette fois-ci.

4 commentaires
  • Bernard St-Amour - Abonné 23 septembre 2014 13 h 34

    Une fin avant un début

    Le traité de Paris de 1763 consacre d'abord la fin d'un projet de colonisation que l'obsession d'exclusivité catholique des dirigeants français a fait avorter.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 23 septembre 2014 20 h 30

    Fin à la guerre de Sept Ans


    Finalement, ce traité de paix en est un de déportation de la guerre sur les territoires de la Nouvelle-France; c'est un beau geste de reconnaissance envers ses colonies qui sont ainsi redevables à la mère patrie; on ne pourrait fêter ça, pas plus que le 150e de la Confédération.

    Merci donc à la France de nous avoir ainsi trahis et lancés dans la cage aux fauves pour son propre profit et de ne même pas reconnaître notre statut particulier «français» même aujourd'hui malgré ses devoirs envers ses propres colons et leurs descendants. La France s’en lave les mains aujourd’hui tout comme autrefois.

    Une «mère» comme ça on peut bien s'en passer, mais pour nous consoler on peut bien s'imaginer qu'il doivent s'en mordre les pouces aujourd'hui en constatant ce que sont devenus ces «quelques arpents de neige» remis aux mains des Anglos et sur lesquels ils ont édifié leur empire.

    Toute une bêtise que représente ce document tant vénéré.

    • Guillermo Navarro Garcia - Inscrit 23 septembre 2014 23 h 23

      La France d'alors est un royaume dirigé par un monarque, Louis XV, au pouvoir absolu. Les français sont ses sujets et non des citoyens. Ils n'ont aucun pouvoir vis a vis de la politique menée par les dirigeants du royaume. Il ne peut y avoir de responsabilité collective à cette époque. "La France c'est moi." disait d'ailleurs Louis XIV le prédécesseur du souverain français qui abandonna ses sujets du Canada.

      Aujourd'hui que voulez vous que fasse la république française?

  • Lise Bélanger - Abonnée 24 septembre 2014 07 h 50

    !763 n'est pas plus à fêter que l'acte confédératif.

    L'article 4 du Traité de Paris ne peut que nous faire pleurer si on a un tant soit peu de fierté.

    La France, notre patrie, nous a abandonnés. Nous sommes toujours et encore en survivance. Là est le miracle. Nous sommes la seule colonie à avoir résister aux anglais et résistons encore à notre assimilation.

    Je veux bien voir ce traité qui a fait de mes ancêtres et moi-même un sujet de second ordre, m'enlevant la fierté de ma culture. Mais, mes larmes n'y changerons rien.