Les animaleries maintenant éclipsées par les vendeurs du Web

Des sites Web regorgent de chiens à vendre malgré la surpopulation des refuges.
Photo: Associated Press Courtney Case Des sites Web regorgent de chiens à vendre malgré la surpopulation des refuges.

Québec — Alors que la Ville de Québec envisage de règlementer la vente de chiens et de chats dans les animaleries, ceux qui les gèrent font valoir que la majorité des transactions se font maintenant sur le Web.

 

« Près de 90 % des gens vont les prendre sur Kijiji », lance Rémi Landry, qui travaille depuis 26 ans à l’animalerie de la rue Cartier. Si on interdit aux animaleries de vendre des animaux élevés pour la vente, ils vont tout simplement aboutir eux aussi sur le Web, ajoute-t-il. Ça ne changera rien. »

 

M. Landry réagissait à l’intervention étonnante d’une citoyenne de Québec, Joëlle Guillet, au conseil municipal de mardi. Ébranlée par les histoires sordides de bêtes maltraitées dans des usines d’animaux, la jeune femme a suggéré au maire Régis Labeaume d’interdire la vente d’animaux en animaleries à moins qu’ils ne proviennent de refuges certifiés, comme la Société protectrice des animaux (SPA).

 

« L’élevage à but lucratif génère tout simplement une quantité trop importante d’animaux, qui deviennent une nuisance publique dans les rues ou engorgent les refuges », plaide-t-elle dans sa lettre à la mairie. Bien préparée, elle a reçu un accueil positif du maire et son équipe qui ont dit travailler sur un « plan global » en ces matières.

 

Dans le petit milieu des animaleries, cette sortie n’a pas manqué de faire réagir. Propriétaire de huit magasins à Québec, Simon Rodrigue a demandé à rencontrer les responsables de la Ville pour plaider sa cause. « C’est vraiment sur Internet le problème », dit-il.

 

« Nous, on a pignon sur rue. On est faciles à identifier et on a tout intérêt à donner un bon service aux clients et à bien les informer. Sur Internet, c’est vendu sans garantie, sans suivi vétérinaire, au noir, sans taxes. »

 

Il rappelle que selon une étude récente de Léger, à peine 6 % des chats vendus et adoptés au Québec ont transité par une animalerie. Pour les chiens, on parle de 4 %. L’enquête diffusée récemment dans le journal La Presse révèle en outre que 45 % des acheteurs vont sur le Web avant de se procurer un animal.

 

Abondance

 

Une simple recherche sur les sites Internet révèle l’ampleur du phénomène. Sur la plateforme Kijiji, ces derniers jours, on a ajouté des annonces pour des chiots braques d’Auvergne à 1250 $, un hérisson d’un an et demi, un furet femelle à 120 $, un piranha adulte à 120 $… et un python royal à 450 $. En une semaine à peine, les annonces se comptaient par centaines.

 

Interrogée là-dessus, Mme Guillet reconnaît que le Web pose problème, mais elle maintient qu’intervenir dans les animaleries aurait le mérite d’envoyer un message. « Là où la Ville a le pouvoir d’agir, c’est sur les animaleries. C’est quand même un premier pas et ça contribue à envoyer le message que les animaux ne sont pas des biens de consommation. Si c’est 10 % de bloqué dans les usines à chiots, c’est quand même ça de gagné. »

 

Elle ajoute que d’autres militants de la protection des animaux ont commencé à faire pression sur les Kijiji de ce monde. Une femme du nom de Barbara Lapointe fait notamment circuler une pétition pour amener le site à cesser de vendre des animaux. Pour convaincre le grand patron de sévir, elle recommande aux gens d’interpeler les gros annonceurs du site, comme les banques. Certaines auraient déjà accepté de le faire.

3 commentaires
  • Serge Grenier - Inscrit 28 avril 2014 06 h 20

    Mauvaise cible

    Le problème, c'est les usines à chiots.

    Et elles sont aussi aisément identifiables que les magasins ayant pignon sur rue.

    Ne s'attaquer qu'aux animaleries et laisser continuer les usines à chiots impunément, c'est de l'hypocrisie. Et ça ferait plus de tort aux animaux et aux personnes qui les aiment et s'en occupent bien qu'aux mécréants qui en abusent pour le profit.

  • Isabelle Gélinas - Inscrite 28 avril 2014 08 h 44

    Le problème, c’est l’élevage

    Avec tous les animaux abandonnés chaque année, le problème ne réside pas que dans les usines à chiots, mais dans l’élevage tout court.

  • Benoît Gagnon - Inscrit 28 avril 2014 12 h 21

    Déresponsabilisation de ceux qui adoptent

    Adopter un animal domestique (peu importe sa nature) requiert une grande responsabilité de la part de celui qui l'adopte.

    Abandonner son animal domestique parce qu'il fait un mauvais coup, parce qu'on déménage ou parce que l'enfant pour qui on l'a adopté n'en veut plus est aussi sinon plus grave, à mes yeux, que la production de masse de chiots dans une usine. Laisser errer un chat ou un chien toute la journée (surtout si ces derniers ne sont pas castrés) est également, selon moi, très grave. Il s'agit d'une autre forme de maltraitance.