Santé mentale: une réussite nommée Sherpa

Noël Grenier est l’un des 47 résidents de Sherpa qui cohabitent avec des familles et des artistes.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Noël Grenier est l’un des 47 résidents de Sherpa qui cohabitent avec des familles et des artistes.

Québec — Dans le centre-ville de Québec, des intervenants en santé mentale ont ouvert une résidence regroupant des artistes et des personnes fragiles qui commencent à s’en sortir. Après un an de vie commune, les résultats étonnent.

Coralie (nom fictif) vivait dans la rue avant d’aboutir dans l’un des logements subventionnés de l’immeuble. « Ça m’a vraiment sauvé la vie, cet appart-là », raconte cette jeune mère, chef d’une famille monoparentale. Elle ajoute que « ça a diminué beaucoup l’anxiété » et qu’à Sherpa, on ne la traite pas « de haut » comme ailleurs.

 

Avec son design plein de blocs de couleurs, Sherpa fait tourner les têtes sur le boulevard Charest. Ouvert l’an dernier, ce complexe de logements sociaux abrite 47 personnes ayant des problèmes de santé mentale, 10 familles et 30 artistes émergents qui, eux aussi, peinent à trouver des loyers abordables en ville.

 

Pour les Coralie de ce monde, le lieu est une rare occasion de sortir du ghetto des malades. Car à Sherpa, tout le monde est mélangé et on ne sait pas en théorie qui entre dans la catégorie des artistes ou dans celle de la santé mentale. Dans le jargon des intervenants, on appelle cela de la « mixité sociale ».

 

Du côté des artistes, l’avantage financier est incontestable. « Le combat quotidien des artistes, c’est d’arriver à vivre et créer en même temps », explique Geneviève Lapierre une artiste en arts visuels. « J’ai des projets de création qui s’en viennent, mais je n’ai plus à me demander si je vais être capable de payer mon loyer. »

 

Opération séduction

 

Habituée du quartier Saint-Roch qu’elle aime beaucoup, elle a l’habitude de croiser des personnes en difficulté. Or à Sherpa, c’est différent. « J’avais beaucoup plus l’impression d’être entourée de gens avec des problèmes de santé mentale quand j’habitais dans un appartement normal, dit-elle. Ici, on se sent vraiment en sécurité. On se sent bien. »

 

Mais comme beaucoup d’artistes, elle n’était pas convaincue au départ. Présenté à l’origine comme une façon de mêler deux types de folies, le projet a été accueilli avec beaucoup de scepticisme. Du côté artistique, les candidats se comptaient sur les doigts d’une main.

 

Or les avantages ont vite supplanté les scrupules, et le projet a fait ses preuves. Actuellement, Sherpa a une liste d’attente de 12 personnes du côté artistique et de 25 du côté santé mentale.

 

Son succès tient aussi beaucoup à ses activités. Sur le toit, les résidents sont en train d’aménager un jardin. Et au rez-de-chaussée, une galerie multiplie les activités artistiques : séances de jam musicaux, chorale, yoga, expositions.

 

Un signal positif même pour ceux qui n’y participent pas, note l’un des animateurs, Gilles Simard. « Il y en a dans le bloc qui vont moins bien, mais ils en voient d’autres qui montrent que c’est possible[d’aller mieux]. »

 

De plus, les activités sont ouvertes au grand public et attirent des gens de tout le quartier. Ce qui accentue la mixité. « Ça devient un lieu d’échange, un lieu qui n’est pas nommé et stigmatisé. Ce n’est pas une chambre de CLSC, un local de Robert-Giffard [l’hôpital psychiatrique], c’est un lieu normal, un lieu citoyen, et les gens s’y sentent de mieux en mieux. »

 

Cette vaste entreprise est une initiative de PECH, un organisme qui intervient depuis plus de vingt ans auprès des personnes avec des problèmes de santé mentale et dont les bureaux sont installés derrière la galerie.

 

Hors de la rue

 

Il a fallu dix ans et 17 millions de dollars pour construire Sherpa. Le financement vient de la Société d’habitation du Québec (SHQ) et de la ville de Québec qui a épaulé le projet dès le départ.

 

Quand on lui fait remarquer que c’est plus de 200 000 $ par appartement, le directeur général Benoît Côté relativise. « Quelqu’un dans la rue, ça coûte à peu près trois fois plus cher que de le mettre dans un logement social avec soutien », dit-il. « [Dans la rue], c’est des coûts de prison, d’urgence psychiatrique, ça va vite. »

 

Après de longues années passées dans le milieu, Sherpa a changé sa vision du service social. D’ordinaire, nos interventions visent surtout à « stabiliser les gens », dit-il, « mais quand ça c’est réglé, on n’a pas tout réglé ».

 

« Je me suis rendu compte que la plus grande peur des personnes, c’est le lien à l’autre, revenir dans la communauté. […] Dans les années à venir, l’accent devrait être mis davantage sur la participation à la vie citoyenne, la réalisation des aspirations des gens dans la communauté. »

2 commentaires
  • Louise Leduc - Abonnée 22 avril 2014 08 h 40

    Santé mentale: une réussite nommée Sherpa

    Une initiative qui devrait donner l'exemple. Ce projet pourrait être un modèle intergénérationnel et interculturel.

  • Gérard-André Deniger - Inscrit 22 avril 2014 12 h 30

    Santé mentale: une réussite nommée Sherpa

    Lôtre ?

    Cher pa, Je t'ai jamais dis! Si je suis de ceux qui ont compris que la peur peut se vaincre à petits pas c'est parce que j'ai aussi pris conscience que c'est grâce à quelques-uns qui m'ont refilé le secret et qui croient que c'est toujours possible! Il faut pas oublier de leur dire un gros merci. C'est fou le plaisir que l'on a de se redécouvrir ensemble.

    A+