La rue Saint-Jean à bout de souffle?

La rue Saint-Jean multiplie les locaux vides. Et elle n’est pas la seule artère commerciale du Québec à souffrir d’un ralentissement inquiétant. « On le voit dans toutes les régions… Il y a un ralentissement partout », confirme Catherine Raymond, conseillère pour les SDC.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir La rue Saint-Jean multiplie les locaux vides. Et elle n’est pas la seule artère commerciale du Québec à souffrir d’un ralentissement inquiétant. « On le voit dans toutes les régions… Il y a un ralentissement partout », confirme Catherine Raymond, conseillère pour les SDC.

Québec — Réputée pour son dynamisme, la portion de la rue Saint-Jean qui se trouve dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec, voit les locaux vacants se multiplier depuis quelques mois. Certains se font rassurants, mais le sort de la rue Saint-Jean serait le symptôme d’un mal qui se répand dans tout le Québec.

Entre la rue Turnbull et le boulevard Dufferin, Le Devoir recensait cette semaine près d’une dizaine de locaux commerciaux à louer ou à vendre. On remarque aussi que plusieurs appartements aux étages n’ont pas encore trouvé preneur.

 

« On se fait poser des questions régulièrement par des résidants du quartier et des commerçants », concède le président de l’Association des gens d’affaires, Carol Proulx. Or ce dernier n’est pas alarmiste. « Il ne faut pas oublier qu’au printemps, il y a un changement naturel dans les petits commerces de quartier. »

 

Selon lui, le taux d’inoccupation ne dépasse pas la norme des 5 %, mais quand on se promène dans la rue, on a l’impression que c’est bien plus. En quelques mois, on a vu fermer le magasin de vêtements Esther P, une boutique de sous-vêtements pour hommes, un commerce de meubles d’occasion, et plusieurs locaux sont à louer ou à vendre, dont le Copiste du Faubourg, une institution dans le quartier.

 

Le commerce de Nathalie Descoteaux est à vendre depuis environ un an. Elle liquide actuellement son stock de meubles et de bijoux. Comme la plupart de ceux qui partent, elle invoque une combinaison de facteurs mêlant le personnel et l’économique. Mais, chose certaine, l’hiver dernier a été particulièrement difficile.

 

« On se demande si c’est la température ou l’économie, mais c’est notre pire Noël à vie, puis ça fait 23 ans qu’on est en affaires. » Elle montre aussi du doigt la promotion axée sur le quartier Saint-Roch, les problèmes de stationnement, le déneigement qui n’est pas assez fréquent et les parcomètres qui forcent ses clients à se presser.

 

« Il faut aller chercher du monde de l’extérieur parce que les gens du quartier, ce n’est pas assez, dit-elle. Dans les centres commerciaux, ils n’ont pas de parcomètres alors ils ne se cassent pas la tête. »

 

Plusieurs mentionnent aussi l’impact de la hausse commerciale adoptée par l’administration Labeaume l’an dernier. Malgré les changements faits pour les ménager, ils la trouvent encore difficile à avaler. « C’est sûr que les taxes d’affaires ont un effet sur les petits commerçants », note Carol Proulx qui souligne quand même que ce n’est pas l’enjeu « principal ».

 

S’il est plus visible sur Saint-Jean, le phénomène est loin d’être isolé. Début mars, Le Devoir démontrait que plusieurs artères commerciales de Montréal étaient dans un état encore plus inquiétant. Le problème serait même répandu dans tout le Québec selon Catherine Raymond, conseillère pour les sociétés de développement commercial (SDC) et responsable de celle du quartier Saint-Roch.

 

« On le voit dans toutes les régions, qu’on pense à Trois-Rivières, Victoriaville, Joliette… Il y a un ralentissement partout, dit-elle. On voit ça depuis l’automne. Ce n’est pas encore alarmant, mais c’est préoccupant. »

 

Besoin de résidants

 

Elle remarque en outre que les artères qui s’en tirent le mieux sont celles qui se trouvent dans des quartiers où il y a beaucoup de résidants, comme la rue Masson, à Montréal, ou la 3e avenue, à Québec. C’est d’ailleurs pour cela que la SDC de Saint-Roch milite pour qu’on augmente la construction d’appartements dans le quartier.

 

Les rues commerciales, ajoute-t-elle, sont dans une situation paradoxale. « Les petits commerces sont touchés plus rapidement, mais ce sont ceux qui s’en sortent le mieux en période de crise. » Pourquoi ? « Souvent, ils vendent des produits exclusif ou haut de gamme. Leur clientèle est moins susceptible d’être touchée par une crise que les chaînes moyen et bas de gamme qu’on trouve dans les centres commerciaux. »

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