Maka Kotto a fait fi de l’avis du ministère

Le boisé Woodfield
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Le boisé Woodfield

Québec — Des documents obtenus par Le Devoir révèlent que le ministre de la Culture Maka Kotto avait fait fi de l’avis de ses fonctionnaires en autorisant le projet Woodfield en décembre.

 

Deux mois avant que le ministre donne le feu vert, une analyse interne avait recommandé de refuser la demande du promoteur Bilodeau Immobilier.

 

Ce dernier avait multiplié les démarches pour pouvoir construire 75 condominiums dans le boisé Saint-Patrick de l’arrondissement historique. Entre décembre 2010 et fin 2012 seulement, cinq versions différentes du projet avaient été analysées par les fonctionnaires sans jamais leur donner satisfaction.

 

Ces renseignements figurent dans la défense écrite produite par les avocats du ministre, qui est devant les tribunaux dans cette affaire. Les propriétaires de l’immeuble voisin, les Jardins de Coulonge, réclament l’annulation de l’autorisation donnée au projet Woodfield par le ministre. Situés à l’ouest du site de Woodfield, les Jardins de Coulonge sont un complexe d’appartements locatifs. Ses propriétaires allèguent que le ministre a abusé de son pouvoir discrétionnaire en autorisant le projet.

 

En plus des fonctionnaires du ministère, le Conseil du patrimoine culturel du Québec (CPCQ) avait lui aussi recommandé qu’on rejette le projet Woodfield parce qu’il ne respectait pas avec les orientations du ministère pour l’arrondissement historique.

 

Or, les avocats du ministre Kotto plaident que « le CPCQ et les analystes du MCC [ministère de la Culture et des Communications] ont essentiellement un rôle de conseiller du ministre dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire. »

 

Les documents révèlent par ailleurs que le ministre a déjà envisagé d’acquérir les terrains du boisé en 2013. Maka Kotto songeait à en faire un parc public, mais un avis de la Commission de la capitale nationale (CCN) l’avait convaincu que cela n’en valait pas la peine. La CCN estimait qu’il présentait « une valeur patrimoniale faible »et avait un potentiel de mise en valeur « très limité ».

 

Dès lors, le ministre a jugé qu’il n’était pas « dans l’intérêt public » d’investir les millions nécessaires à l’acquisition du lieu.

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Un opposant donne son soutien au PQ

L’un des critiques les plus connus de Maka Kotto dans ce dossier a malgré tout publiquement donné son appui au candidat local du Parti québécois cette semaine. Charles-Robert Dionne est vice-président de la Coalition pour l’arrondissement historique de Sillery. Il a cosigné mercredi une lettre d’appui au candidat péquiste dans Jean-Talon, Clément Laberge. La décision de Maka Kotto dans le dossier Woodfield ne faisait pas l’unanimité au Parti québécois. En janvier, l’exécutif du PQ dans Jean-Talon avait voté une résolution pour « déplacer » le projet Woodfield afin « d’assurer la préservation du boisé ». M. Laberge en était alors le président. Outre M. Dionne, M. Laberge a aussi eu l’appui de l’ex-ministre péquiste Paul Bégin, du constitutionnaliste Henri Brun et de l’ancien candidat d’Équipe Labeaume Sébastien Chamberland.