Nickel: la baie de Beauport serait encore plus touchée que Limoilou

La modélisation réalisée par le consultant Denis Dionne suggère que le site de la plage de Beauport pourrait recevoir des concentrations de nickel maximales de 2 à 5 microgrammes par m3 sur 24 heures. C’est beaucoup plus que celles qu’il a estimées près de Limoilou (de 0,15 à 1,22 ug par m3) et de 142 à 357 fois plus élevé que la nouvelle norme du ministère (0.014).
Photo: Clément Allard - Archives Le Devoir La modélisation réalisée par le consultant Denis Dionne suggère que le site de la plage de Beauport pourrait recevoir des concentrations de nickel maximales de 2 à 5 microgrammes par m3 sur 24 heures. C’est beaucoup plus que celles qu’il a estimées près de Limoilou (de 0,15 à 1,22 ug par m3) et de 142 à 357 fois plus élevé que la nouvelle norme du ministère (0.014).

Québec — La baie de Beauport serait exposée à des poussières avec des concentrations de nickel particulièrement élevées en provenance du port de Québec, révèle une étude.

 

Réalisée à l’été 2013 par Denis Dionne, un consultant en évaluation des impacts environnementaux aussi chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, elle a été présentée mardi au Salon des technologies environnementales du Québec. Le but de cette étude était de modéliser l’impact du nickel sur l’ensemble du territoire. Elle avait été commandée par Véronique Lalande dans le cadre du recours collectif qu’elle a intenté contre le Port de Québec. M. Dionne assure toutefois avoir travaillé en toute indépendance durant ses travaux.

 

La modélisation qu’il a réalisée suggère que le site de la plage de Beauport pourrait recevoir des concentrations de nickel maximales de 2 à 5 microgrammes par m3 sur 24 heures.

 

C’est beaucoup plus que celles qu’il a estimées près de Limoilou (de 0,15 à 1,22 ug par m3) et de 142 à 357 fois plus élevé que la nouvelle norme du ministère (0.014).

 

Incertitude

 

Devant ses collègues, M. Dionne a souligné qu’il y avait une « grande part d’incertitude » dans ses estimations, qui visaient surtout à établir un « ordre de grandeur ». La modélisation se fait sans échantillonnage et ne vise pas à mesurer les émissions en tant que telles. Elle permet plutôt d’estimer leur importance en intégrant tous les autres facteurs environnementaux (données météo, tonnage, méthodes de transbordement, topographie, etc.).

 

Quoique partielles, ces estimations sont parmi les seules disponibles sur la baie de Beauport. Le ministère du Développement durable a concentré sa surveillance sur les zones habitées, et le Port et la compagnie ne rendent pas publiques les mesures de leurs propres capteurs.

 

Les seuls prélèvements connus pour le nickel ont été réalisés par Mme Lalande en novembre 2012. Ils concluaient que les concentrations du minerai dans la poussière s’élevaient à 7210 mg par kg alors que la limite maximale pour les secteurs résidentiels et récréatifs est de 100 mg. Ailleurs dans Limoilou, ses mesures oscillaient entre 474 et 1920.

 

La baie de Beauport est un site récréatif l’été avec des jeux d'eau et des sports de voile. Par rapport au port, elle est située à l’est, dans le sens contraire des vents dominants. Or elle est beaucoup plus rapprochée des installations portuaires que le quartier Limoilou.


ASL et le Port se montrent rassurants

 

Contacté par Le Devoir, le gestionnaire du site, Gestev, a préféré ne pas faire de commentaires. Du côté de la compagnie qui transborde le minerai, on se montre rassurant. « On a mis en place une série de mesures qui se sont avérées très efficaces », explique Ivan Boileau, vice-président aux projets spéciaux chez Arrimage du St-Laurent (ASL). « Dans les dernières figures que le ministère du Développement durable a mises sur son site concernant le nickel, on est, à toutes fins pratiques, en dessous de la norme. »

 

Il est vrai que depuis 2011 les échantillons de nickel prélevés aux stations situées entre le port et Limoilou sont nettement en baisse.

 

Interrogé sur le cas précis de la baie de Beauport, M. Boileau n’a pas voulu dire si la compagnie avait des capteurs dans ce secteur et si elle les rendrait publics. Il signale que les mesures prises « ont un impact à 360 degrés ».

 

Du côté de l’Administration portuaire (ADPQ), on fait valoir qu’un talus végétal « coupe la poussière » entre la zone portuaire et la plage, en plus des canons à eau qui limitent la poussière sur le site du port. Le porte-parole Anick Métivier souligne qu’il y a des capteurs de poussière sur « l’ensemble du secteur ». Or leurs résultats demeurent confidentiels puisque le système est « en rodage ».