Feu vert au controversé projet Woodfield

La « grande majorité » des arbres du boisé Saint-Patrick seront préservés, à l’exception de deux arbres anciens.
Photo: Jean Bousquet La « grande majorité » des arbres du boisé Saint-Patrick seront préservés, à l’exception de deux arbres anciens.

Le ministre de la Culture Maka Kotto et le promoteur du projet Woodfield ont convenu juste avant les Fêtes d’un plan pour protéger les arbres du boisé Saint-Patrick. Malgré tout, le plan du ministre pour préserver le patrimoine de Sillery continue de s’attirer des critiques.

 

L’entente constituait la dernière étape pour permettre au promoteur Bilodeau Immobilier de lancer la construction de son projet de 87 condominiums sur quatre étages. Le 4 décembre, le ministre Kotto avait approuvé le projet, mais à condition que le promoteur protège mieux les vieux arbres du boisé. « Le ministre a finalement autorisé le projet le 19 décembre, a expliqué mercredi la porte-parole du ministère, Anne-Sophie Lacroix. On a trouvé un équilibre pour s’assurer de protéger le boisé. »

 

La « grande majorité » des arbres seront préservés, assure-t-elle, à l’exception de deux arbres anciens : un érable à sucre de plus de 100 ans et un chêne rouge « possiblement plus ancien ». Par ailleurs, 43 arbres « plus jeunes » seront déplacés sur le site.

 

Plus de 200 ans

 

Mme Lacroix n’était toutefois pas en mesure de dire si les deux arbres sont ceux identifiés par l’expert en foresterie Jean Bousquet dans une lettre parue samedi dans Le Devoir (« Le cadeau de Noël déconcertant du ministre de la Culture »).

 

« Le ministre crée un dangereux précédent pour tous les sites patrimoniaux, écrivait-il. Le boisé abrite les arbres feuillus nobles les plus anciens et les plus remarquables en milieu urbain dans l’est du Canada. »

 

Ces arbres, expliquait-il, ont plus de 200 ans et certains atteignent jusqu’à 12 pieds de circonférence. Une affirmation contestée par le ministère, qui parle d’un âge maximum de 150 ans.


Mobilisation

 

Or M. Bousquet n’est pas le seul à se méfier du plan du ministère. Une coalition de groupes citoyens prévoit de convoquer la presse vendredi pour dénoncer l’appui au projet Woodfield. Héritage Québec, Nature Québec et la Coalition pour l’arrondissement historique de Sillery en font partie.

 

L’une de ses porte-parole, Johanne Elsener, peine à croire que l’entente du 19 décembre aura des retombées aussi modestes que le prétend le ministère. « C’est difficile d’imaginer qu’ils puissent construire sans détruire une multitude d’arbres », dit Mme Elsener.

 

Au-delà des arbres, il faut protéger le boisé lui-même et l’écran visuel qu’il constitue, dit-elle. « C’est un effritement irréversible du site de Sillery. […] En 1964, quand l’arrondissement historique a été créé, c’était pour protéger ses paysages naturels et historiques. »

3 commentaires
  • Eric Dandurand - Inscrit 9 janvier 2014 10 h 37

    Un ministre mal informé devenu fossoyeur du patrimoine

    Le Ministre a perdu tout sens de son rôle de fiduciaire du patrimoine. Ces arbres ne seraient que «centenaires» ou même absents que sa décision serait irresponsable.

    En plus, le ministre a pris sa décision sur la base d’informations incorrectes. Nos études de datation de ces arbres remarquables sont sérieuses. Des comparables, sur tranches complètes au Bois-de-Coulonge à moins d’1 km de là et dans les mêmes conditions écologiques, ont indiqué pour des arbres moins imposants des âges bien plus élevés que les 150 ans ci-haut.

    Ici, on parle des plus anciens érables à Québec et au-delà, avec des circonférences dépassant les 11 pi, et jusqu’à 12 pi chez les chênes. On parle d’arbres dépassant la moyenne par 6 à 7 écarts-types. C’est énorme. Avec toutes les caractéristiques morphologiques d’arbres anciens, à la forme de bonzaïs géants (voir photo). De grands vétérans, bien au-delà des 200 et même 250 ans pour certains.

    Il n’y aurait pas de tels arbres que la décision du ministre demeurerait inconséquente. Cette construction détériorera irrémédiablement le cadre paysager naturel de ce cimetière-jardin du 19e siècle, qui a conservé la trame de l’ancien grand domaine Woodfield, un des plus beaux à l’époque d’avant la Confédération. L’effet d’enclavement et la perte de valeur paysagère seront dramatiques avec l’édifice tout proche des pierres tombales et des anciennes écuries Woodfield, un bâtiment d’allure palladienne d’époque.

    La décision du ministre de «faire du condos» et de promouvoir le développement spéculatif en plein site patrimonial sensible va à l’encontre de tout bon sens, à l’encontre du Cadre de gestion du Ministère de la culture pour ce site, du Plan de protection du site patrimonial, et de la lettre et de l’esprit même de la Loi sur le patrimoine culturel qui protège ce site. Cette décision mal informée du ministre relève donc d’un pouvoir discrétionnaire abusif.

    Jean Bousquet, CRC
    Professeur titulaire, Université Laval
    Prix ACFAS Michel-Jurd

  • Yves Côté - Abonné 9 janvier 2014 12 h 58

    Rien...

    Décidément, au fil des mois, je ne réussis à rien trouver pour me permettre de me convaincre que ce gouvernement a à coeur notre passé et ce que nous sommes devenus... Aucun domaine ne semble résister à mon observation.
    Je vois de mieux en mieux d'où me vient cette lancinante certitude qu'il ne sait pas où aller. Plus que par mauvaise foi, c'est simplement parce qu'il ne se rappelle pas d'où nous venons tous qu'il erre autant.
    La faute viendrait-elle d'un certain embourgeoisement confortable ?
    Faut y réfléchir...
    Vive le Québec libre qui se souvient !

  • Claude Levac - Inscrit 9 janvier 2014 13 h 09

    Tout contre pour les arbres de 100 ans.

    Simplement et sans prétentions.

    Abattre des arbres de plus de 100 ans, pour 4 édifices à Condo. Voyons donc! Un arbre de cet age peut semer un bagage génétique. Ces graines enferment l'historique des 100 dernières années ce qui peut s'avérer salutaire pour les nouvelles pousses qui auront à survivre dans les conditions actuelles. Je ne suis pas spécialiste rien de là, mais je crois que mon raisonnement est recevable ou discutable. 3 édifices à condos au lieu de 4 peut-être?