Une écrivaine chez les militaires

L’écrivaine Roxanne Bouchard
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’écrivaine Roxanne Bouchard

L’écrivaine Roxanne Bouchard a un accès privilégié aux militaires de Valcartier pour préparer son prochain livre. Des tirs de canon aux conversations de cuisine, elle est entrée dans leurs souvenirs de guerre et leurs cauchemars.

 

« Je suis allée en exercice avec les artilleurs. Je suis allée tirer du canon, il y a deux semaines », lance candidement l’auteure, qui n’avait au préalable rien en commun avec cet univers. Depuis l’an dernier, elle a rencontré une trentaine de soldats.

 

Tous ont participé à des missions de combat et tous font de mauvais rêves. « Tous les militaires avec qui je parle me disent qu’ils ont vécu du stress post-traumatique », raconte-t-elle.

 

D’ordinaire plutôt contrôlante, l’armée a fait preuve d’une ouverture particulière avec Roxanne Bouchard. Elle s’en étonne encore. « Ils m’ont offert de faire le tour de tous les corps de métier que je voulais et même d’aller en exercice avec eux. »

 

Il faut dire que son dernier livre sur l’armée a été très aimé. Publié en février, En terrain miné reprenait sa correspondance étonnante avec Patrick Kègle, un membre du Royal 22e Régiment. Plutôt antimilitariste, Roxanne Bouchard l’avait connu par hasard en répondant au message de son chum musicien dans Les Charbonniers de l’Enfer. Depuis Kandahar, Kègle écrivait que leur musique lui faisait du bien.

 

Peu de reconnaissance

 

Lors du lancement du livre, un groupe de militaires lui ont dit par bravade qu’il y avait encore beaucoup à raconter… Elle les a pris au mot et ils lui ont ouvert les portes de leurs cuisines. « Ils me racontent la guerre pendant que les enfants courent dans la maison. Il y en a qui prennent leur bébé, le beau-père est là… On pense tout le temps que l’armée, c’est un monde à part, mais c’est des gars comme nos chums. »

 

L’écrivaine dit qu’elle avait des « préjugés », que, pour elle, les militaires étaient « un peu niaiseux ». Or elle s’est surprise à entendre des exposés impressionnants sur la politique des pays en guerre.

 

« Pour moi, leur gros problème, c’est qu’ils manquent de reconnaissance », dit-elle. Peu de gens comprennent ce qu’ils ont vécu, ajoute-t-elle, et dans la population en général, les gens ont une vision négative de l’armée.

 

Lors des rencontres par groupes de quatre ou cinq personnes, elle ne pose pas de questions, les laisse parler des missions. « D’un côté, c’est une gang de gars, ils font des jokes parce qu’il y a plein d’affaires qui se passent. » Mais en même temps, les sujets sont plutôt sérieux, ajoute-t-elle. « À moins de 40 ans, ils sont tous allés au front deux, trois, quatre, cinq fois… Il y en a un de 32 ans qui est allé quatre fois en Afghanistan. »

 

Roxanne Bouchard ne prépare pas un roman, mais une sorte de recueil à partir de leurs récits ; elle en est encore à l’étape de la recherche. Après les rencontres, beaucoup lui écrivent pour lui parler de leurs cauchemars, ou alors ils en parlent carrément lors des rencontres.

 

Souvenirs bouleversants

 

Ces souvenirs sont tellement bouleversants qu’ils ont envahi son propre sommaire. Récemment, l’écrivaine a pris une pause parce que les mauvais rêves des militaires l’empêchaient de dormir à son tour…

 

Mais elle reprendra en janvier. Parce que, comme eux, elle semble avoir la piqûre. Elle raconte que cinq phrases reviennent comme des leitmotivs dans ses entretiens avec les militaires.

 

La dernière est plutôt révélatrice. Ainsi, ils disent tous qu’ils se sont engagés dans les forces « par nonchalance ». Elle entend souvent les phrases « Il a sauté sur une mine » ou « Je ne suis plus le même depuis que je suis revenu ». Enfin, tous disent qu’ils ont « peur de se souvenir », mais aussi qu’ils y retourneraient « demain matin ».

1 commentaire
  • Élisabeth Germain - Abonnée 6 décembre 2013 10 h 15

    Madame Porter, est-ce que Madame Bouchard a interrogé seulement des soldats hommes ou si elle rencontre aussi des femmes soldates? Votre article ne nous en donne aucun indice. Peut-on savoir? Merci