Les voies réservées de la discorde

Des conducteurs utilisent les voies réservées aux véhicules du Réseau de transport de la capitale.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Des conducteurs utilisent les voies réservées aux véhicules du Réseau de transport de la capitale.

À Québec, les voies réservées pour bus s’imposent comme un enjeu très délicat. Après avoir causé des maux de tête au maire Régis Labeaume en 2011, elles reviennent cette semaine dans l’actualité. Sauf que cette fois-ci, c’est le ministre des Affaires municipales et des Transports Sylvain Gaudreault qui est sur la sellette.

« Le ministre Gaudreault travaille contre les gens de Québec », titrait le Parti libéral dans un communiqué mercredi. La veille, le député caquiste Éric Caire déclarait sur les ondes du FM93 que « dans la tête de Sylvain Gaudreault », « l’automobiliste, c’est un mauvais citoyen égoïste qui veut juste avoir le confort de sa petite voiture ».

M. Gaudreault est critiqué parce qu’il compte profiter du futur élargissement de l’autoroute Henri IV pour y intégrer une voie réservée au transport en commun. Or, le maire Labeaume n’est pas d’accord. « Le ministre tient à son système de voie réservée, pure idéologie », avançait le député libéral Sam Hamad mercredi à l’Assemblée nationale. « Les citoyens de Québec n’en veulent pas, le maire de Québec n’en veut pas, les élus de la région n’en veulent pas. »

Le projet irrite d’autant plus qu’on teste ces jours-ci la nouvelle voie réservée sur une autre autoroute, Robert-Bourrassa, et ce, dans des conditions climatiques difficiles. Sur les ondes des radios privées, les animateurs s’époumonent et les appels de conducteurs en colère fusent. Certains ont même raconté avoir sciemment bloqué le passage aux véhicules du Réseau de transport de la capitale (RTC) pour exprimer leur colère.

Mardi, l’animateur du FM93, Sylvain Bouchard, se choquait d’avoir vu défiler seulement « quelques » autobus sur la voie réservée alors que les voitures cheminaient à côté à la queue leu leu. « Ça, c’est le rêve des environnementalistes, dénonçait-il. Le but, c’est de nous faire renoncer à l’automobile ! »

Un appel au calme

Mercredi, les « environnementalistes » ont lancé un appel au calme. Le groupe Accès transports viables s’est dit « troublé qu’aucun décideur impliqué dans le dossier des voies réservées sur Robert-Bourassa n’ait encore appelé au calme certains automobilistes et radios privées de Québec. »

« Une voie réservée avec un autobus aux 60 secondes qui transporte une cinquantaine de personnes, c’est 3000 personnes à l’heure, plaidait son directeur Étienne Grandmont. Une voie à 50 km/h sans lumières, c’est au maximum 2000 voitures par heure. »

 

Tempête politique

Interpellé dans ce dossier, le maire de Québec avait lancé mardi qu’il appartenait au ministre de défendre sa position dans ce dossier. Or, Régis Labeaume tient à ce que la voie réservée sur Robert-Bourassa soit maintenue même s’il est opposé à ce qu’on en aménage une ailleurs.

Il y a trois ans, le projet sur l’autoroute Robert-Bourrassa avait déclenché une véritable tempête politique à Québec et entraîné la démission du directeur général adjoint Guy Renaud. Critiqué vivement notamment sur les ondes de la radio, Régis Labeaume avait demandé au ministère Gaudreault de reporter le projet, lequel a quand même fini par aboutir cet automne.

25 commentaires
  • Jocelyn Boily - Inscrit 28 novembre 2013 06 h 03

    Des voies réservées utiles

    27 novembre 2013

    Des voies réservées utiles

    L’implantation d’une voie réservée au transport collectif sur l’autoroute Robert-Bourassa à Québec a suscité un débat où certains animateurs radio ont avancé des arguments déconnectés de la réalité. De la même façon Éric Caire de la coalition avenir Québec (CAQ) a fait une sortie publique dénonçant l’installation de ces voies réservées.

    À mon avis les voies réservées permettent de réduire la congestion, d’accélérer la vitesse moyenne de circulation et d’augmenter la capacité d’un axe autoroutier. Elles permettent également de raccourcir le temps de déplacements des autobus, ce qui augmente du même coup la performance du transport collectif.

    De ce fait c’est une mesure qui bénéficie à tous les usagers de la route, même aux automobilistes. En enlevant les conducteurs qui volontairement décideront de prendre le transport colectif devenu plus efficace on laisse ainsi la place aux autres qui doivent obligatoirement se déplacer en véhicule.

    D’ailleurs il est démontré que l’ajout de voies non réservées sur une autoroute produit des goulots d’étranglement et des effets domino sur les autres composantes du réseau routier.

    C’est donc l’inverse qui se produit en améliorant le transport collectif.

    • Peter Kavanagh - Inscrit 28 novembre 2013 07 h 39

      Utile, voici le mot important, vouloir mettre des voies réservées partout, sans considérer si cela répond a un besoin, c'est de l'idéologie. Sur Robert Bourassa, il y a effectivement beaucoup de développement a une extrémité et beaucoup de lieu de travail a l'autre bout. Meme chose pour le boul. Laurentien (autoroute 73) Par contre, Henri IV est l'aboutissement de 3 routes majeurs ( 40 venant de l'ouest, 73venant du nord et la 132 de la cote nord) le tout aboutissant au pont Pierre Laporte, premier point de traverser du fleuve venant de l'est. Des voies réservées pourraient etre ajouté sur le pont de Quebec et meme a la limite, réservé ce pont stictement au autobus et autres transports en commun.

    • Guy Vanier - Inscrit 28 novembre 2013 07 h 46

      Ces drôle, c'est juste à Québec que les gens chialent! Le reste du Québec et les autres provinces de même que beaucoups de villes aux États - Unis en ont et ça fonctionne très bien.
      Les radios poubelles qui disent n'importe quoi sont en grande partie responsable, avec le maire Labeaume qui en remet comme toujours.

    • Jean Richard - Abonné 28 novembre 2013 10 h 16

      « Utile, voici le mot important, vouloir mettre des voies réservées partout, sans considérer si cela répond a un besoin, c'est de l'idéologie. » –   Une nuance ici. À Québec, une ville surdotée en infrastructures autoroutières, l'offre a précédé la demande. On a déroulé des autoroutes en se disant que ça entraînerait le développement. L'utilité de l'autoroute s'est confirmée après coup et non avant.

      En matière de transport en commun, on procède à l'envers : la demande précède l'offre, et de loin (car on attend toujours la sursaturation avant de réagir). On nie que des infrastructures de transport en commun puisse aussi influencer le développement urbain, comme l'ont fait les autoroutes pour la banlieue. Pour cette raison, on voit les autoroutes comme un investissement et les transports en commun comme une dépense.

      D'autres villes ailleurs en occident ont fait la démonstration qu'il y a d'autres issues au développement que celui des autoroutes et de l'étalement urbain. D'autres villes en occident ont aussi fait la démonstration que le modèle autoroute-étalement nous pousse dans un cul-de-sac. Mais au Québec (et particulièrement à Québec), on préfère faire la sourde oreille. Ou plutôt, on préfère écouter les radio-poubelles et les populistes...

  • Daniel Berthiaume - Inscrit 28 novembre 2013 07 h 15

    Un compromis?

    À plusieurs endroit les voies réservées permettent le passage de autos avec plusieurs passagers. Une façon d'encourager le covoiturage. Regardez bien les voitures dans les bouchons, la grande majorité ne compte qu'un seul et unique passager. Totalement illogique...

    • Jean Richard - Abonné 28 novembre 2013 10 h 28

      On a souvent cru au covoiturage. Or, diverses tentatives, y compris de la part des employeurs, se sont soldées par des échecs lamentables. Le covoiturage, ça fonctionne un mois ou deux et après...

      Permettre aux voitures transportant au moins 3 personnes d'accéder aux voies réservées, on l'a fait dans la région de Montréal mais ça n'a pas donné les résultats escomptés. Même constat si on observe ce qui s'est fait dans quelques villes européennes (et probablement américaines).

      Et pourquoi ça ne fonctionne pas ? Pour diverses raisons qui pourraient faire l'objet d'un long article. C'est assez pour qu'on s'abstienne de miser là-dessus, même si sur papier, ça peut sembler séduisant.

    • Normand Lemyre - Inscrit 28 novembre 2013 20 h 01

      @Jean Richard
      Sans en faire un long article, pourriez-vous illustrer brièvement 1 (ou 2)raison pourquoi ça ne fonctionne pas...

  • Denis Gobeille - Abonné 28 novembre 2013 08 h 03

    On n’en a pas de besoin

    Les gros employeurs de la Ville de Québec devraient simplement implanter la pratique des horaires flexibles, ce qui permettrait d'étaler dans le temps les arrivées et les départs des bureaux sur une plage horaire plus grande. Actuellement, les bouchons sur les autoroutes et les ponts de Québec débutent 7h30 et se terminent souvent avant 8h30. J’en profite ici pour informer les Montréalais que nous, à Québec, l’horaire de travail normal est de 8H à n16H et non pas de 9h à 17h.

    Maintenant, imaginez que les arrivées et les départs se répartissaient entre 7h et 10h… La congestion n’existe plus et tous les employeurs deviennent heureux d’avoir des automobilistes employés pas nerveux hors bords de la crise de nerfs.

    • Jean Richard - Abonné 28 novembre 2013 10 h 45

      Jouissant d'une assez grande diversité, Montréal connaît l'équivalent des horaires flexibles. Il se pourrait que ça n'ait que contribuer non pas à réduire la congestion, mais à étirer l'heure de pointe, à tel point que la congestion n'a plus d'heure.

      On dit que la nature a horreur du vide. La voiture aussi, doit-on le constater. Il suffit de créer une heure d'accalmie pour qu'en peu de temps elle disparaisse. D'ailleurs, toujours à Montréal, il suffit d'un bulletin météo pour que l'heure de pointe commence trente minutes ou même une heure plus tôt.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 28 novembre 2013 08 h 13

    Rien que pour le show

    Des milliers de véhicules pratiquement immobilisés et qui rejettent dans l'atmosphère pendant des heures, des heures et des heures, des tonnes de gaz d'échappement, pour que puisse circuler à sa guise de temps en temps "put", "put, "put", un autobus - au mieux - à moitié plein...

    S'il fallait que le ridicule tue, comme dirait l'autre...

    Et ce qui est vrai pour Québec l'est tout autant pour cette voie réservée qui sur la 15 Nord fait quoi? 12km depuis la Métropolitaine jusqu'au Carrefour Laval: Connerie! Tout ce que cela crée, ce sont des embouteillages encore plus grands et encore plus polluants! Mais… ça « para bein » pis ça donne bonne conscience.

    Ça fait 15 ans qu’ils rénovent la 15. Est-ce qu’ils ont ajouté une voie sur toute la longueur jusqu’à St-Sauveur? Pantoute! Résultat? Ça « jamme » maintenant depuis St-Jérôme au lieu de boulevard St-Martin.

    Vite, un gérant d’estrade avec plein pouvoir : lui, il va POUR DE VRAI corriger tout ça, qui ne demande au fond, qu’un minimum de bon sens commun.

    • Richard Poulin - Inscrit 28 novembre 2013 10 h 52

      Et que dites-vous des feux piétonniers qui à tout moment bloquent les 4 coins de rues à des dizaines et dizaines d'autos pour laisser passer "flouf","flouf","flouf" un seul piéton! Et encore, l'automobiliste qui a la possibilité de virer à droite va le faire malgré ce piéton!

      L'auto règne plus que jamais en maître absolu dans nos vies et conditionne TOUS les aménagements urbains. Peut-on modérer ce transport pour respirer un peu?

    • Raymond Chalifoux - Abonné 28 novembre 2013 16 h 49

      Vous rêvez! Rappellez-moi quand il y aura six stations de métro à Laval et quatre sur la Rive-Sud!

    • Benjamin Lamoureux - Inscrit 28 novembre 2013 20 h 13

      Les voie réservé souvent ça créer aucun bouchon (juste le ralonger en distance mais pas en temps), car ce qui créer les bouchon sont la capacité des sortie et destination finale de l'autoroute, tu peux agrandir l'autoroute tant que tu veux le boulevard Laurier ne peux pas accueillir plus d'auto les auto ne vont pas trouver de stationnement plus vite etc. Donc les voies réservés permettre de bypasser le bouchon et offrir un service de transport en commun plus efficace et ainsi insiter les gens à prendre le transport en commun et ainsi diminuer la congestion. Aussi Québec est la ville au canada avec le plus de km d'autoroute par habitant et la 3e en amérique du nord donc si ce modèle de développement fonctionnerait vraiment, il n'y aurait pas de congestion à Québec.

    • Richard Poulin - Inscrit 29 novembre 2013 14 h 04

      Le modèle autoroute, même super-autoroute ne fonctionne nulle-part - tout fini par un bouchon. Évidemment la ville de Québec et beaucoup de ses résidents y rêvent encore à la magie des autoroutes ... comme on y rêvait dans les années 50! Les animateurs déchaînés des radios populaires sont déconnectés et ils embarquent avec eux dans leur délire collectif une bonne partie de la population. Un peu pathétique.

  • Jean Lacoursière - Abonné 28 novembre 2013 08 h 43

    Une voie réservée pour 2 passagers et +

    J'ai besoin d'aide: quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi cette voie réservée ne le serait pas pour tous les véhicules transportant 2 passagers ou plus?

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 novembre 2013 09 h 20

      Deux passagers, ça veut dire trois personnes, n'est-ce pas?

    • Jean Lacoursière - Abonné 28 novembre 2013 13 h 41

      Je voulais dire deux personnes en tout dans le véhicule. Donc, les animaux domestiques ne comptent pas.

    • Richard Poulin - Inscrit 29 novembre 2013 14 h 00

      La question a déjà été étudié et répondue ... même du temps du partie Libéral on était d'avis que le co-voiturage y serait hasardeux ... c'est à cause de la configuration de cette route souvent au centre de la chaussée, y laisser entrer et sortir les autos au gré des sorties/entrées apporterait un haut risque d'accidents.