L’Ancienne-Lorette - Phénomène politique et indélogeable

Émile Loranger sollicitera en novembre un huitième mandat à la tête de la municipalité de L’Ancienne-Lorette.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Émile Loranger sollicitera en novembre un huitième mandat à la tête de la municipalité de L’Ancienne-Lorette.

Après sept mandats et plus d’une controverse, les critiques à l’endroit du maire de L’Ancienne-Lorette ne manquent pas dans la région de Québec. Or, Émile Loranger pourrait l’emporter à nouveau, cette fois grâce à la division de ses opposants.

 

M. Loranger est un phénomène politique. Le coloré personnage a déjà qualifié son intelligence de « débordante » et ne s’est pas gêné pour passer une bonne partie de ses hivers en Floride. Il est passé maître dans l’art des coups de gueule et le ministère lui a tapé sur les doigts parce qu’il ne rendait pas publics ses états financiers.

 

Mais dans la rue, bien des résidants l’appellent « Émile » et, même dans l’opposition, on reconnaît que L’Ancienne- Lorette offre de bons services. Surtout, l’homme a son fan club - des têtes grises pour la plupart -, dont certains membres se lèvent au conseil municipal pour louer ses mérites. « Vous avez pris objectivement les moyens pour tenter d’aider nos citoyens, que vous avez à coeur, M. Loranger », a lancé l’un de ses conseillers lors de la dernière séance.

 

Reste maintenant à savoir si la recette fonctionnera pour une… huitième fois. Aux dernières élections, M. Loranger l’avait emporté avec 65 % des voix, mais en 2005, seulement 306 voix le séparaient de son adversaire.

 

Avec trois candidats à la mairie, la campagne s’annonce difficile pour l’opposition. « C’est un défi beaucoup plus grand », concède Yvan Dussault, chef du Renouveau lorettain. Cet ancien haut fonctionnaire est un transfuge d’un autre parti d’opposants à Émile Loranger, le Regroupement des payeurs de taxes.

 

Dirigé par le comptable Alain Fortin, ce groupe a fait beaucoup de bruit depuis deux ans et ses joutes verbales avec le maire ont parfois tourné à la bousculade lors des séances du conseil municipal. « Ça fait deux ans qu’on milite. […] C’est moi qui les ai recrutés », dit-il à propos de l’autre parti.

 

Le troisième joueur, Steve Martineau, se présente comme indépendant. Son plan : appliquer la « méthode Toyota » à la Ville de près de 15 000 habitants. « Si on raccourcit les délais pour la délivrance des permis de moitié, ça va nous permettre d’offrir d’autres services », dit-il.

 

Or, les trois s’entendent sur une chose : les taxes seront au coeur de la campagne. La hausse de 33 % imposée en 2011 est loin d’avoir été oubliée. Alain Fortin souligne que les résidants sont serrés à la gorge, particulièrement les retraités, qui comptent pour une bonne partie de la population (35 % ont 60 ans et plus). Émile Loranger, lui, plaide que c’est la faute de la Ville de Québec et de l’agglomération, qui lui fait payer une quote-part disproportionnée.

 

Avec Saint-Augustin, L’Ancienne-Lorette est la seule ville à avoir défusionné en 2006 à Québec, et les relations avec sa voisine sont demeurées tendues. Or, Steve Martineau croit qu’entre 10 et 15 % de l’augmentation des taxes découle des coûts des services de proximité, qui, eux, ne relèvent pas de l’agglomération.

 

Yvan Dussault, lui, plaide que les sempiternelles querelles entre les deux villes font en sorte que la ville a été mal défendue dans le dossier des inondations de la rivière Lorette. Selon lui, Loranger et Régis Labeaume « s’invectivent par médias interposés » pour camoufler le fait qu’ils n’ont « pas pris leurs responsabilités au cours des huit dernières années ».