Ville de Québec - Collusion : un cas isolé, selon Denis de Belleval

Selon Denis de Belleval, les firmes d’ingénieurs avaient fait des « pieds et des mains » à l’époque pour convaincre le gouvernement Charest d’annuler la loi 106, qui encadrait les contrats donnés aux firmes d’ingénieurs.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Selon Denis de Belleval, les firmes d’ingénieurs avaient fait des « pieds et des mains » à l’époque pour convaincre le gouvernement Charest d’annuler la loi 106, qui encadrait les contrats donnés aux firmes d’ingénieurs.

L’ancien directeur général de la Ville de Québec Denis de Belleval croit que la collusion dans le dossier des bassins de rétention de la rivière Saint-Charles est un cas isolé à la Ville de Québec.

 

« C’est vraiment un cas spécifique, j’ai l’impression », a-t-il réagi. M. de Belleval a été directeur général de la Ville de Québec après la fusion à l’époque du maire Jean-Paul L’Allier (2001-2006).

 

« C’était un contexte bien particulier [parce qu’]on faisait tous les bassins en même temps,explique-t-il. Quand on y va l’un après l’autre, c’est difficile pour eux de s’entendre. Ils ont profité du fait qu’il fallait accélérer les travaux. »

 

Concurrence éliminée

 

Mardi, Patrice Mathieu, un ex-vice-président de la firme d’ingénieurs Aecom, a affirmé devant la commission Charbonneau que les firmes de Québec s’étaient partagé les contrats pour les bassins de rétention de la rivière Saint-Charles en 2005. « La Ville de Québec a éliminé la concurrence indirectement, a-t-il dit en parlant des conséquences de la division des contrats par lots. Cette fois-là, on s’est parlé. On a fait de la collusion. »

 

Selon M. Mathieu, c’était la première fois que les firmes s’entendaient de la sorte. Reste à savoir s’il y a eu d’autres cas. La commission Charbonneau a ajourné ses travaux juste après ces déclarations mardi.

 

Si ces accusations se confirment, la Ville s’est « fait avoir »,selon M. de Belleval. Or, il doute que la collusion ait eu beaucoup d’impacts sur les prix à l’époque. « Les prix ont dû rester raisonnables quand même parce qu’on s’en serait rendu compte s’ils avaient explosé. Pour moi, tout ce qu’ils ont fait, c’est se répartir le travail. »

 

De la pression

 

L’ancien d.g., qu’on connaît pour sa croisade plus récente dans le dossier de l’amphithéâtre, se rappelle que les firmes d’ingénieurs avaient fait des « pieds et des mains » à l’époque pour convaincre le gouvernement Charest d’annuler la loi 106, qui encadrait les contrats donnés aux firmes d’ingénieurs.

 

Il se souvient que lors d’une conférence téléphonique, le sous-ministre de l’époque avait sondé tous les directeurs des grandes villes pour connaître leurs opinions. « Il y en avait deux qui insistaient pour avoir des changements : M. Léger (Claude), qui était à Longueuil, et M. Asselin (Claude), qui était à Laval. »

 

Selon lui, il n’y a pas de « commune mesure » entre Québec et des villes « comme Laval». « Quand le gouvernement a refusé de modifier le système, ils l’ont perverti en s’arrangeant pour que ce soit leurs amis qui siègent aux comités de sélection. Tandis que chez nous, c’étaient nos ingénieurs qui siégeaient, pas les petits amis de M. L’Allier.»

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