Valse-hésitation autour du mégahôpital de Québec

Le ministre de la Santé, Réjean Hébert
Photo: - Le Devoir Le ministre de la Santé, Réjean Hébert

Le gouvernement Marois met un frein au dossier du déménagement de l’Hôtel-Dieu de Québec. Un rapport présenté au ministre de la Santé indique que l’option défendue par Québec est finalement plus dispendieuse que le projet initial.

« Contrairement à ce qu’on imaginait, ce n’est pas un projet qui va coûter moins cher, c’est un projet qui va coûter plus cher. C’est là où c’est contre-intuitif. Construire là où il y a moins de contraintes, en matière de patrimoine, en matière [d’emplacement] dans le Vieux-Québec, on aurait dû s’attendre à avoir des économies », a déclaré le ministre Réjean Hébert, jeudi, à la suite d’une rencontre avec le CHU de Québec et l’Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale.


En mars dernier, le gouvernement du Parti québécois avait pourtant enterré le projet de rénovation de l’Hôtel-Dieu, situé dans l’arrondissement historique. Ce projet « s’en va tout droit dans le mur », avait dit la première ministre Pauline Marois lors d’une allocution devant la Chambre de commerce de Québec, faisant état des dépassements de coûts et des délais prévisibles.


Les coûts de ce projet lancé par les libéraux en 2007 avaient explosé, passant de 400 millions à plus de 1 milliard de dollars.


« Nous voulons doter Québec d’un hôpital neuf, moderne et adapté aux réalités et aux technologies du XXIe siècle », avait ajouté Mme Marois, précisant « privilégier » l’installation d’un nouveau centre hospitalier sur le site actuel de l’hôpital de l’Enfant-Jésus, dans Limoilou.


Cette décision avait notamment été saluée par le maire de Québec, Régis Labeaume.


Le rapport présenté jeudi force le gouvernement à examiner de plus près le site retenu. Le ministre Hébert a donc demandé à la Société immobilière du Québec de produire une étude comparative des deux projets en ce qui concerne les coûts et les échéanciers. Il faut « comparer des pommes avec des pommes », a-t-il dit, refusant de révéler l’estimation du prix de la construction d’un nouvel hôpital.


S’il défendait cette option en mars dernier, le ministre parle à présent du site de l’Enfant-Jésus comme d’une « hypothèse » qui « plaisait à l’esprit » et qui devra maintenant résister à une analyse rigoureuse. Le rapport de la Société immobilière est attendu dans deux mois.


Un autre site suggéré


Si chaque projet a ses partisans et ses détracteurs, un groupe de citoyens estime pour sa part qu’une autre option devrait être envisagée par Québec.


Dans un document envoyé au ministre de la Santé le 10 juin dernier, 17 professeurs retraités de l’Université Laval s’étonnent que le gouvernement n’ait retenu qu’un seul site pour la construction du nouvel hôpital. « Ce cheminement un peu rapide reste à nos yeux incompréhensible », écrivent-ils.


L’un d’eux, l’ex-doyen de la Faculté des sciences et de génie Lucien Huot, a expliqué au Devoir qu’un site « exceptionnel » était disponible à Sainte-Foy, tout près du campus. Ce vaste terrain situé à l’est de l’autoroute Robert-Bourrassa, non loin de la Faculté de médecine, appartiendrait à l’université et à des communautés religieuses.


L’idée de regrouper plusieurs spécialités dans un mégahôpital dans Limoilou leur déplaît aussi. « Bien que certains centres hospi taliers situés dans des villes comparables à Québec aient du succès par la centralisation des spécialités, nous doutons que ce soit la seule option à considérer pour obtenir la qualité recherchée des soins et de la recherche », peut-on lire.


De l’aveu même du ministre, cette avenue pourrait être écartée. « C’est sûr qu’il y a une certaine valeur ajoutée à regrouper des services. Par contre, au-delà de 400 lits […] il n’y a plus vraiment de gain d’efficience, de performance et de gain au chapitre de l’accessibilité à la population », a dit le ministre jeudi, citant deux études scientifiques.


Le gouvernement n’a toutefois pas l’intention de se pencher sur d’autres sites potentiels pour l’instant. « Ce n’est pas dans les cartons », s’est limitée à dire Ariane Lareau, attachée de presse du ministre de la Santé.

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