Fête nationale à Québec - L'ambiance survit aux contrôles policiers

Le spectacle à l'avant semblait plaire à la majorité. Pour faire changement cette année, on avait décidé de miser d'abord sur la musique, sans discours, ni animateur.
Photo: Renaud Philippe - Archives Le Devoir Le spectacle à l'avant semblait plaire à la majorité. Pour faire changement cette année, on avait décidé de miser d'abord sur la musique, sans discours, ni animateur.

Québec — Le resserrement des règles sur l'alcool continue de déranger dans la capitale, mais l'esprit de la Fête semble vouloir persister. Qu'importe le sens qu'on lui donnait, la Fête nationale a permis à des milliers de Québécois de lâcher leur fou. Ensemble.

Une heure avant le spectacle des Plaines, ça sentait fort la sueur dans le bus. Vêtus de toutes les déclinaisons de bleu, les fêtards du nord de la ville s'entassaient dans le véhicule pour rejoindre le centre-ville.

Bruyants, excités, les uns critiquaient le transport en commun qu'ils utilisaient pour la première fois. D'autres se réjouissaient d'avoir un prétexte pour aborder des inconnus et leur lancer le traditionnel «Bonne St-Jean!»

Pour plusieurs, les célébrations étaient entamées depuis quelques heures. Le long du trajet, on pouvait déjà voir des groupes de garçons uriner dans les bosquets.

Dans le bus comme dehors, tous parlaient des règles qui empêchent désormais les gens d'apporter de l'alcool sur les Plaines. Depuis le changement en 2011, c'était la première St-Jean où il ne pleuvait pas à Québec ce qui faisait de cette soirée le véritable test pour la formule.

«Ça va nous coûter cher en alcool», se plaignait un groupe de jeunes devant le barrage de policiers qui fouillaient les sacs près des Plaines. Sur le site, il fallait compter environ cinq dollars par bière. Âgés de 18 ans, Nicolas et ses amis étaient venus de Varennes, en Montérégie, pour fêter à Québec pour la première fois.

La Saint-Jean d'avant, ils ne l'ont pas vraiment vécue, mais ils en parlent presque avec nostalgie. «Je veux juste boire de l'alcool relax sur le site», disait l'un d'eux. On paie pour «une minorité qui font d'la marde.»

De l'autre côté des contrôles, un certain Kevin vendait toutes sortes d'accessoires lumineux. La mine basse, il se désolait des ventes à la baisse. «Depuis l'année dernière, ça ne marche pas du tout.» Dans sa boîte, des mini-sabres laser façon «La guerre des étoiles». «Ce sont des trucs pour enfants», dit-il.

Mais alors le virage familial ne devrait-il pas lui sourire? «Les adultes achètent ces truc-là s'il y a de l'alcool. Quand t'es saoul, t'es un enfant!», lançait-il en riant.

Installé à distance de la foule, Réal Théberge fumait tranquillement sa pipe sur son fauteuil roulant. Malgré la chaise, il avait voulu «venir dans la foule», «se mêler aux gens qui viennent souligner le fait que c'est notre fête comme Québécois, comme Canadiens français». La vue d'une famille d'immigrés latino-américains l'avait réjoui. «Je trouve ça le fun de voir passer les gens, ils ont l'air heureux.»

Non loin de là, un Congolais d'origine faisait le même genre de commentaires. «Je suis venu pour voir la joie de tout le monde», de dire Épiphanie Boonga, de Lévis. «Les gens retrouvent des racines qui remontent à loin.»

Le spectacle à l'avant semblait plaire à la majorité. Pour faire changement cette année, on avait décidé de miser d'abord sur la musique, sans discours, ni animateur. Avec leur prose typiquement québécoise et nationaliste, les Cowboys fringants semblaient tout désignés pour prendre en charge la soirée.

C'est pour les voir eux que Nicolas et ses amis allaient passer par les Plaines. Mais aussi pour Plume Latraverse qui, semble-t-il, reste le compagnon de beuverie des nouveaux fêtards.

Au moment d'écrire ces lignes vers minuit, on ne relevait pas d'incident particulier au service de police, ce qui n'empêchait pas les rues du centre-ville d'être courues. «C'est une super belle soirée, tout se déroule bien», a expliqué le porte-parole François Moisan.