Légionellose - La coroner rappelle les avocats à l’ordre

Malgré l’éclosion de légionellose de 1996, la DRSP n’avait pas mis de réglementation en place autour des tours de refroidissement.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Malgré l’éclosion de légionellose de 1996, la DRSP n’avait pas mis de réglementation en place autour des tours de refroidissement.

Les avocats qui participent à l’enquête publique sur la légionellose ont été bien avares de commentaires jeudi, après que la coroner eut dénoncé les « enflures verbales » commises par certains.

« Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Je n’en tire pas pour l’instant et je ne voudrais pas que la population en tire non plus », a lancé la coroner Catherine Rudel-Tessier au début de l’audience jeudi matin. Dénonçant les « enflures verbales » de « certains », elle a ensuite invité tout le monde à plus de retenue par « respect » pour son mandat.


Mercredi, l’avocat des familles des victimes, Jean-Pierre Ménard, avait parlé aux médias du « cafouillage » des dirigeants de la Direction régionale de santé publique (DRSP) en marge de son interrogatoire. L’avocat de la DRSP, Pierre Larrivée, s’était ensuite présenté au micro pour lui répliquer.


Encore hier, la coroner a dû rappeler que l’enquête publique ne visait pas à établir qui était criminellement responsable des décès. « On n’est pas dans une cour de responsabilités », a-t-elle lancé à l’avocate de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Jacqueline Bissonnette. Rappelons qu’en septembre, la DRSP a annoncé que la tour de la CSQ était à l’origine de l’éclosion.


Jeudi, Me Bissonnette a voulu développer l’hypothèse qu’une autre souche que celle de la CSQ était en cause. C’est alors que la coroner est intervenue pour rappeler qu’il s’agissait d’une enquête publique et non d’un procès.


11 jours de délai


Les échanges ont par ailleurs mis en évidence le fait que la CSQ avait mis 11 jours avant de réagir au premier avertissement de la DRSP le 2 août. N’ayant aucune idée de l’origine de l’éclosion, la DRSP avait alors écrit à l’ensemble des 2700 propriétaires d’immeuble de trois étages ou plus pour leur dire de vérifier l’état des tours de climatisation.


La lettre était assortie d’un questionnaire où on demandait s’il y avait eu nettoyage depuis le 15 juin et quand ils prévoyaient d’en faire un autre.


La DRSP a reçu la réponse de la CSQ le 13 août : non, il n’y avait pas eu de nettoyage depuis le 15, et on prévoyait d’en faire un nouveau « au courant de l’automne ».


Me Desrosiers a demandé à la DRSP pourquoi elle n’avait pas contacté son client après avoir reçu cette réponse. On lui a répondu qu’à ce moment, l’éclosion avait repris et que, « de toute façon », on avait décidé d’intervenir dans toutes les tours.


Le rapport de 1996 reste lettre morte


Le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, a ensuite dû expliquer pourquoi le rapport sur l’éclosion de 1996 n’avait pas eu de suite. Déjà, à l’époque, le document recommandait qu’on réglemente les tours de refroidissement.


Selon ce que M. Arruda a pu colliger (il n’était pas en poste à l’époque), le projet a été envisagé et discuté en réunion de travail, mais on n’en a plus parlé après décembre 1997. Il a souligné qu’à l’époque, la réglementation avait moins la cote que « la promotion » et la « responsabilisation ».


Les travaux doivent reprendre mardi avec les témoignages de la Régie du bâtiment et de la CSQ. On entendra ensuite des citoyens et des membres des familles des victimes. Le tout devrait se terminer le jeudi 9 mai avec les présentations finales des avocats.