Place au «McSexe»?

Québec — Les femmes qui se prostituent se font de plus en plus maltraiter par les clients, estime la directrice de l’organisme la Maison de Marthe, Rose Dufour.


« Les gars, ils consomment du McSexe, a résumé Mme Dufour en marge d’une activité de financement. C’est devenu tellement banal. […] Socialement, le message c’est : “ Allez-y, servez-vous ! Elles sont là pour ça. ”»


Voilà dix ans que la Maison de Marthe aide les femmes à se sortir de la prostitution. Selon la directrice, la situation de ces femmes s’est détériorée. « Depuis les six, sept dernières années, il y a eu une banalisation du phénomène de la prostitution. […] Les jeunes sont de plus en plus facilement prostituables », explique-t-elle.


« Les femmes aussi nous disent combien [elles] sont davantage dégradées, comment les relations entre clients et femmes se dégradent. » Elle ajoute qu’il y a une « escalade dans la demande des hommes » mêlée d’une « désensibilisation » à l’égard des femmes.


Un phénomène qu’elle attribue notamment à la pornographie dont les hommes tentent de reproduire les « postures », les « positions ».


Rose Dufour s’insurge par ailleurs contre le discours de Jean-Claude Lord dans le documentaire Les criminelles. Ce dernier milite en faveur d’une plus grande acceptation sociale de la prostitution et dresse le portrait de femmes qui vendent leur corps sans se voir comme des victimes.


« J’ai tellement trouvé ça ignorant, mal documenté. Je voudrais le rencontrer. » En 2011, la documentariste Ève Lamont s’était inspirée de la Maison de Marthe pour dresser un portrait opposé de la prostitution. L’imposture contestait le fait que des femmes se prostituaient par choix.


Mme Dufour explique plutôt que beaucoup de femmes vivent une lune de miel lorsqu’elles commencent à se prostituer parce que l’attention que leur donnent les hommes les valorise. Or, dit-elle, ça ne dure pas. Elle ajoute que 90 % des femmes avec qui elle a travaillé avaient subi des abus sexuels et des viols.

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