Amphithéâtre: Québec pourrait bénéficier d’une dérogation

Le ministre Sylvain Gaudreault décidera sous peu si la Ville de Québec pourra bénéficier d’une approbation accélérée de l’AMF.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre Sylvain Gaudreault décidera sous peu si la Ville de Québec pourra bénéficier d’une approbation accélérée de l’AMF.

La Ville de Québec pourrait bénéficier d’une dérogation dans le dossier de l’amphithéâtre de manière à ce que le chantier de la structure d’acier puisse être lancé même si l’entreprise choisie n’a pas encore reçu l’approbation de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Depuis deux semaines, le maire dénonce sur tous les toits la lenteur de l’AMF à approuver le contrat de 46,6 millions de dollars à l’entreprise ADF qui a remporté l’appel d’offres pour la structure d’acier de l’amphithéâtre. Le maire craint que ces délais n’entraînent des retards dans le projet, voire des pénalités coûteuses.


Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, semble avoir été sensible à ces appels. La semaine dernière, il a suggéré à l’administration Labeaume de soumettre une demande d’exemption, comme le prévoit l’article 21.20 de la Loi sur l’intégrité en matière de contrats publics lors de « circonstances exceptionnelles ». « Il a parlé à mon monde tant et si bien qu’on a déclenché une opération d’urgence en fin de journée jeudi », a expliqué lundi le maire de Québec, Régis Labeaume.


« S’ils nous ont invités à le faire, c’est qu’ils voulaient procéder vite, je présume, a-t-il dit. On a apprécié que M. Bédard fasse cette démarche-là parce que je pense qu’il a bien compris dans quelle situation on était et l’échéancier serré qu’on a. […] On est rendus à la troisième semaine. »

 

Traitement en cours


Les documents exigés sont parvenus au ministère des Affaires municipales vendredi à 16 h 55. Le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, devra trancher. « C’est en traitement chez nous », a confirmé l’attaché de presse du ministre, Yann Langlais-Plante. Mais alors que le maire Labeaume estimait qu’à son avis, c’était « une question d’heures » avant qu’une réponse lui parvienne, il lui faudra être patient, car aucun échéancier n’a été fixé, a indiqué M. Langlais-Plante : « On va prendre le temps de regarder le dossier comme il faut. »

 

Impatience à Montréal


À Montréal, le maire Michael Applebaum s’impatiente aussi. La Ville de Montréal a obtenu un décret qui lui permet de soumettre des projets de contrats de plus 100 000 $ à l’approbation de l’AMF même si, lorsqu’elle a été adoptée en décembre dernier, la loi 1 ne s’appliquait qu’aux contrats de plus de 40 millions. Mais Montréal souhaiterait voir la cadence s’accélérer afin que l’AMF puisse traiter 50 dossiers par mois, au lieu de 25, comme c’est le cas actuellement. Des discussions ont été engagées à ce sujet, mais, pour l’instant, le gouvernement n’a pas acquiescé à la demande de la Ville.


Le cas de Montréal est différent de celui de la Ville de Québec, indique-t-on au cabinet du président du Conseil du trésor. « Il y a déjà des dispositions particulières de la loi 1 qui s’appliquent à la réalité particulière de Montréal. Ces dispositions ont été adoptées à la satisfaction du maire Applebaum en décembre dernier », a rappelé l’attaché de presse de Stéphane Bédard, Jo-Annie Larocque.


Jusqu’à maintenant, un total de 50 contrats ont été soumis à l’AMF et le traitement des dossiers suit son cours. « L’idée est de permettre à la Ville de Montréal d’aller de l’avant avec l’octroi de ses contrats tout en évitant d’engorger l’AMF avec le traitement de demandes d’autorisation », a dit Mme Larocque.


 
13 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 12 mars 2013 09 h 01

    Non !

    Si Québec veut avoir son amphithéâtre, qu'il suive toutes les règles, qu'il fasse face à la contestation et que «Québec paie lui-même et seul» tous les coûts de construction et d'entretien de cet édifice. C'est eux qui y tiennent ? Alors qu'ils assument.

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 mars 2013 09 h 17

      Le PQ a besoin d'aller chercher des votes à Québec, alors...!
      Que c'est donc beau, la politique!

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 12 mars 2013 10 h 33

      Vous avez parfaitement raison.Les mêmes règles pour tous,aucun passe-droit, voilà un excellent moyen d'éviter les pièges électoralistes.Espérant que S.Gaudrault saura éviter celui-ci et d'autres à venir.

    • Geoffrey Thorpe - Inscrit 12 mars 2013 11 h 16

      Et l'échangeur Turcot, qui semble gonfler par coups de milliards chaque fois qu'on en parle? Montréal va-t-il assumer seul «tous les coûts de construction et d'entretien»? Il s'agit d'un trou noir budgétaire, qui n'intéresse qu'une partie de ceux qui vont payer, qui est loin de faire l'unanimité même chez ceux qui vont s'en servir, et qui semble être le comble de l'acoquinement de l'ère Charest. Et j'évite tout le sujet de mégahôpital anglophone...

      Pensez-y bien à ces sommes d'argent, et essayez de mettre tout cela en perspective. Allez-vous être 10 fois plus indigné pour les projets 10 fois plus couteux? Ou si les gens qui y tiennent sont 10 fois moins nombreux?

      Donc pourquoi cet amphithéâtre provoque-t-il un tel acharnement? Je ne comprends toujours pas. Il y a de petits bouts d'autoroute qui se voient consacrer des dizaines et même des centaines de millions de dollars, et il n’y a personne aux barricades. À Québec, il y a un projet qui fait presque l'unanimité, qui canalise une fierté dans ce monde où la fierté n'a plus la cote, et ça semble provoquer un vitriol chez certains bien-pensants. On dirait qu'on chiale contre ce projet précisément parce qu'il y en a qui y tiennent, tandis que les projets d'asphalte qui n'intéressent personne provoquent très peu d'indignation malgré leurs couts. De plus, ce projet se donne le principe d'être très contraignant pour les fournisseurs, qui sont plutôt habitués de pouvoir nous flouer dans les projets «normaux». Ce n'est surement pas cela qui vous enrage?

      Je suis un immigré sans parti-pris pour la ville de Québec (j'y habite) ni la ville de Montréal (j'y fréquente). Je paie mes impôts, et je veux plus de projets culturels et identitaires et moins de projets «business as usual» de nature purement utilitariste. J'espère que mes propos seront compris dans ce sens et non comme une suite de l'insipide partisanerie qui existe entre ces deux villes, pourtant si belles et complémentaires.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 mars 2013 12 h 33

      Monsieur Thorpe,
      Ni le Forum de Montréal ni le Centre Bell n'ont coûté un sou d'argent public. Si PKP veut son jouer à Québec, il peut se le payer. Sinon, c'est que le marché est trop petit.

    • Geoffrey Thorpe - Inscrit 12 mars 2013 16 h 30

      Monsieur Auclair,

      Au mieux votre exemple ne contribue rien, au pire c'est de la démagogie. Je m'explique par un autre exemple. Je n'ai rien contre la construction de la maison symphonique de Montréal, et je suis content que le quartier artistique de Montréal ait arraché un autre espace des mains de ceux qui auraient probablement fait des condos ou un centre d'achat. Parce que c'est cela qui arrive quand on applique une logique aveuglement mercantile et désengagé. Oui, il y avait de l'argent public dans ce projet aussi, comme pour d'autres projets à Montréal et ailleurs. Êtes-vous prêt à les dénoncer tous avec autant de vigueur? Voulez-vous nous dire que «Si Nagano, Lucien Bouchard et cie veulent leur jouer à Montréal, ils peuvent se le payer. Sinon, c'est que le marché est trop petit.»? C'est le genre de réflexion réactionnaire que je considère comme poubellesque, peu import son origine et peu importe sa cible.

      De toute façon, tout cela passe à côté de mon point. Chaque fois que le sujet de l’amphithéâtre se lève la tête, la majorité des commentaires semblent possédés par un manque de proportionnalité, peu importe le contexte. C'est tout. Si vous voulez embarquer dans une discussion sur la légalité ou l'éthique de la chose, libre à vous. Mais dans ce que je lis sur l'amphithéâtre, je trouve qu'il y a souvent une énergie négative et une sorte de démesure sous-jacente que je n'arrive pas à comprendre. À croire ces commentaires, le maire de Québec serait un facho Napoleonesque, et ceux qui appuient ce projet seraient tous des imbéciles gavés de radio-poubelles et crinqués sur le Red Bull jusqu'au rupture cardiaque... Ça n'a pas de sens.

    • Simon Chamberland - Inscrit 12 mars 2013 21 h 55

      M. Thorpe,

      Comparons des comparables. L'échangeur Turcot est une infrastructure essentielle au déplacement de centaines de milliers de personnes et de milliards de dollars de marchandises. C'est la jonction entre plusieurs des principales voies de communications de la province et sans cet échangeur l'économie tombe.

      Le Colisée Péladeau est une infrastructure à rayonnement municipal qui servira à distraire 20 000 personnes 41 fois par année par le moyens de mercenaires gonflés au stéroïdes se disputant une rondelle.

    • Geoffrey Thorpe - Inscrit 13 mars 2013 18 h 09

      M. Chamberland,

      Quand M. Auclair m'a fait le même commentaire que vous, j'ai répondu avec une comparaison «comparable». C.-à-d., la maison symphonique de Montréal me semble à propos, la question étant si le financement public avait sa place dans les projets «non essentiels». Est-ce qu'il y avait un tollé contre le projet de Nagano et cie qu'on pourrait qualifier de «comparable» à ce qu'on remarque pour l'amphithéâtre? Sinon, d'où les préjugés? (En passant, j'ai longtemps enseigné la musique et j'ai une formation classique et une grande admiration pour M. Nagano, donc on ne me fera pas taire avec des clichés de «mercenaires gonflés aux stéroïdes», comme si ça allait régler quoi que ce soit. Franchement.)

      En parlant de principes («comparer des comparables») vous avez manqué l'exemple que j'ai cité sur ce sujet, et vous avez invoqué une autre comparaison que j'ai faite sur un autre aspect du sujet, c'est-à-dire sur la proportionnalité/démesure. Là-dessus, l'échangeur Turcot demeure révélateur. Oui, l'échangeur est une infrastructure essentielle et je ne voulais pas prétendre le contraire. Par contre, les estimations pour le projet ont augmenté à coups de milliards, pour ce qui semble être quasiment des questions de paysagements et de caprices. (Je ne connais pas les détails et j'invite des précisions sur le sujet.) Je ne me souviens pas d'un tollé aussi intense et soutenu pour ces milliards *additionnels* qu'on pourrait «comparer» à la grogne que suscite l'amphithéâtre, pourtant les augmentations de l'un éclipsent le cout complet de l'autre! J'ai aussi parlé de «petits bouts d'autoroute» où l'on annonce des sommes d'investissement pharaoniques sous prétexte de vouloir soutenir le relancement économique.

      Considérant ces sommes d'argent public et leurs proportions respectives, on a droit de demander pourquoi tant de monde bûche sur ce seul projet d'amphithéâtre avec tant de hargne. Il y a de quoi à intéresser des anthropologues, me semble...

  • Lise St-Laurent - Inscrite 12 mars 2013 11 h 06

    Dérogation, vous dites!

    N'avons-nous pas une commission en cours? Je veux bien croire qu'il est légal de présenter une telle demande mais je m'interroge quand même sur les procédures. Je suis toujours contre ce projet et surtout, la façon dont il a été octroyé. Alors imaginez qu'on se fasse pousser dans le dos pour accéler afin d'être fin prêt lorsqu'une prochaine franchise sera disponible pour qu'enfin Québec/Québécor puisse rivaliser avec Montréal et réaliser le rêve si cher au maire Labeaume. HUM!

  • pierre marcoux - Inscrit 12 mars 2013 11 h 26

    La mauvaise foi

    Il n'y a rien d'illégale la.
    Il y a une une possibilité d'exemption prévue.
    C'est le cas.
    Point final.
    De plus, tout cela est public.
    Ça sent le chiâlage partisan...

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 mars 2013 12 h 34

      Certes, mais où est l'urgence? Où est la situation extraordinaire? Il ne s'agit pas d'un pont qui va tomber ou d'une conduite d'eau qui va exploser. Cest un centre sportif. S'il n'est prêt que trois ou six mois plus tard, personne ne va mourir.

  • GERARD LAMONTAGNE - Inscrit 12 mars 2013 16 h 15

    Procédure ridicule

    On a découvert quelques entrepreneurs mafieux dans la région de Montréal, on les connait, ils sont tous en train de fermer leurs portes, et on oblige tous les entrepreneurs de la province à se soumettre à une procédure susceptible d'augmenter le cout des contrats bien au-delà de ce que la mafia exigeait, 3%, selon l'enquête Charbonneau.

    Si une constrution qui devait se faire en période d'été se retouve en période hivernale, ce sont à des couts supplémentaires majeurs auxquels il faut s'attendre.

    En plus, s'il y a des pénalités prévues dans les ententes, elles devront être payées.

    Ces couts seront automatiquement absorbés par le cochon de payeur de taxes.
    Un nombre élevé de commentateurs veulent que la procédure suive son cours et moi je dis qu'elle doit être modifiée ou abolie.

    Pour ceux qui veulent que pa procédure veulent suive son cours, vous vous flagellez vous-mêmes, en pleine ignorance, parce que c'est vous qui allez payer à la fin par le biais de vos taxes.
    Finira-t-on par comprendre que le maire Labeaume a raison?

    Gérard lamontagne, ingénieur retraité

  • René Racine - Abonné 12 mars 2013 16 h 55

    AMF comme "a" pour abruti

    L'AMF, une belle gang d'incapables. On oublie vite les scandales financiers, Norbourg en est le plus bel exemple; la responsabilité de cette catastrophe financière revient au manque de jugement et à la négligence de l'AMF.
    Se trainer les pattes et se regarder le nombril pour ne plus commettre d'erreur semble devenu la marque de commerce de cette organisation qui est la nouvelle couverture politique par excellence contre la corruption. Faites-moi rire quelqu'un!

    Quand il n'y a jamais eu d'excellence dans le passé mais plutôt le laisser-aller à tous les niveaux, il n'y a personne qui pourra réformer la culture parasitaire interne à court terme, surtout pas en accordant des responsabilités nouvelles de vérification.

    Vive la procédure! Au Québec, on veut laver plus blanc que blanc et le soupçon pèse sur tout le monde, sur tout ce qui touche à la construction. C'est une autre façon de ne jamais prendre de décision, d'étirer les délais et se donner bonne conscience en donnant du crédit aux irresponsables de l'AMF.