Québec - Les terres des Soeurs de la Charité intéressent des agriculteurs

Les terres agricoles des Sœurs de la Charité de Québec, dans l’arrondissement de Beauport, couvrent 200 hectares.
Photo: Renaud Philippe - Le Devoir Les terres agricoles des Sœurs de la Charité de Québec, dans l’arrondissement de Beauport, couvrent 200 hectares.

Québec – Une entreprise agricole de Québec souhaite acquérir une partie des vastes terrains des Soeurs de la Charité. Mais elle doute de pouvoir faire le poids devant les promoteurs immobiliers.

La ferme Bédard et Blouin est située tout près des terres des Soeurs, sur le boulevard Louis-XIV, à Québec. Elle aimerait bien en acheter une partie « marginale » pour cultiver des légumes et des céréales, notamment.


Mais avec la spéculation et la hausse des prix dans le secteur, elle doute que cela soit possible. « On cherche à en acheter, mais on a des contraintes, explique l’un des fils de l’entreprise familiale, Nicolas Bédard. C’est sûr que les autres acheteurs ne sont pas des agriculteurs. C’est bien plus des promoteurs immobiliers, alors le prix n’est pas nécessairement le même. »


Du côté des Soeurs, on ne veut pas faire de commentaires. Chose certaine, tous les espoirs sont permis pour les promoteurs qui souhaitent y faire autre chose que de l’agriculture. En effet, la Ville a annoncé dans le Plan métropolitain qu’elle comptait modifier le zonage de ces terrains agricoles pour favoriser le développement résidentiel.


« Construire des maisons et faire pousser des céréales, ce n’est pas du tout le même revenu », résume Nicolas Bédard. Il souligne qu’en milieu rural, les terres se vendent entre 5 et 7 ¢ le pied carré, alors que les dernières transactions près des terres des Soeurs se sont conclues pour 1,50 $ le pied carré. C’est 21 fois le prix.


« Il n’y a pas d’autre agriculteur qui est intéressé par ces terrains-là, on est quasiment la dernière ferme en ville », dit-il.


Préoccupée par la spéculation dans le monde agricole, l’Union des producteurs agricoles (UPA) proposait la semaine dernière de créer un organisme qui aurait le pouvoir de bloquer certaines transactions, la Société d’aménagement et de développement agricole du Québec (SADAQ).


Mais M. Bédard doute que cela puisse « l’aider avec les terrains des Soeurs », car le temps presse. « Pour moi, c’est quelque chose qui va mettre quelques années avant d’être mis en place. »

 

« C’est la ville qui est venue à nous »


Âgé de 24 ans, Nicolas Bédard appartient à la troisième génération d’une ferme fondée en 1941. Les Blouin-Bédard possèdent 113,5 hectares au nord du boulevard Félix-Leclerc, mais seulement 28 sont cultivables (des boisés occupent le reste). Ils ont récemment remporté une médaille du Mérite agricole.


L’entreprise se spécialise dans l’horticulture et la cueillette de fruits et légumes. Mais avec les terres des Soeurs, ils voudraient aussi cultiver des céréales comme du soya. S’ajoutent d’autres projets à long terme. « On voudrait impliquer les gens, faire venir les écoles pour faire des jardins communautaires, faire de la réinsertion sociale avec les milieux défavorisés, des choses comme ça. »


Ces suggestions font écho aux propositions d’étudiants en design urbain dont Le Devoir faisait état lundi. Comme eux, Nicolas Bédard croit dur comme fer à l’agriculture urbaine. « L’avantage, c’est la proximité avec le consommateur. On n’a pas d’intermédiaires, on est producteurs. Alors, la mise en marché, on la fait nous-mêmes, soit à notre kiosque ou à l’autocueillette. »


Mais bien sûr, son grand-père n’aurait jamais imaginé une telle chose au début des années 1940. « On ne s’est pas installés ici pour en faire, c’est la ville qui est venue nous rejoindre. »

2 commentaires
  • Sylvie Paquerot - Inscrit 5 décembre 2012 11 h 34

    des précédents

    Bonjour Mme Porter!
    Il serait intéressant dans ce dossier de comparer avec des initiatives fructueuses récentes en contexte urbain. Il existe notamment, dans la abnlieu de Paris, un projet d'agriculture urbaine installé sur le domaine de la forcerie des Lilas (Val de Marne) qui aurait pu lui aussi être accaparé par les investisseurs. Quelles sont les conditions qui ont permis le développement d'un tel projet? Une telle comparaison pourrait ouvrir une discussion plus fondée.

  • Raymond Turgeon - Inscrit 5 décembre 2012 11 h 50

    Des taxes, de la spéculation et du patrimoine

    Ce manque de vision est très répandu dans les municipalités du Québec où la courte vue accomode l'appât du gain.
    Québec a son Labaume de maire qui semble partager le même appétit pour le développement débridé, l'accomodement des promoteurs, les taxes et le mépris du patrimoine agricole.
    Et personne ne contrôle les piteux acteurs de cette tragédie.

    Raymond Turgeon