Ville de Québec - Habitation: quand on mêle art et santé mentale

Le quartier Saint-Roch se prépare à accueillir un audacieux projet de logement social dédié aux artistes et aux personnes avec des problèmes de santé mentale. Reste à savoir si les artistes voudront y participer.

Le nouvel immeuble a été construit en plein coeur du quartier Saint-Roch sur le boulevard Charest. Sur l’ensemble, 47 logements sont réservés à des personnes ayant des problèmes de santé mentale et 30 à des artistes dits « émergents ».


Le projet est conçu pour que les résidents consacrent au maximum 25 % de leurs revenus à se loger. Dès lors, les loyers seront facilement trois fois moins chers que la moyenne du secteur.


Le responsable est PECH, un organisme de Québec qui se spécialise dans l’aide aux personnes ayant des difficultés en santé mentale. Ses bureaux seront d’ailleurs intégrés à l’immeuble.


En sollicitant les artistes, son directeur Benoît Côté avait comme priorité la mixité. Il souhaitait que les résidants soient liés par autre chose que la question de la santé mentale. « On a constaté que beaucoup de gens qu’on aidait avaient un sens artistique assez développé », dit-il, en ajoutant : « Comme eux, les gens en art sont un peu marginaux. »


Attention, toutefois, ajoute-t-il, « on ne dit pas que les artistes sont tous fous et on ne leur demande pas non plus de devenir des travailleurs sociaux. Mais on pense vraiment qu’il y a un problème de logement pour les artistes ».


Normalement, les premiers résidants doivent emménager l’été prochain, mais le recrutement des artistes accuse du retard. Une seule personne s’est inscrite à ce jour alors que la période d’inscription se termine le 15 décembre.


Qu’en pense le milieu artistique ? « C’est sûr qu’il y a un besoin à cause de la gentrification du quartier », note le directeur de la Manifestation internationale d’art, Claude Bélanger. Sur l’association délicate entre artistes et santé mentale, il se dit également confiant. « Je fais confiance aux organisateurs. PECH, ce sont des gens qui savent bien doser. »


Anne-Claire Pilote, des Ateliers de la Mezzanine, en pense aussi du bien. Son centre d’artistes a justement pour mandat d’initier à l’art des personnes éprouvant des problèmes de santé mentale. Les besoins de ces personnes sont énormes, souligne-t-elle, avant d’ajouter un « léger bémol » sur l’ajout des artistes. « Je trouve qu’on va un peu dans le cliché en pensant qu’ils ont des liens particuliers. »


Marc Gourdeau, du Conseil de la culture, a un point de vue particulier sur la question puisque sa propre fille a des problèmes de santé mentale. Éventuellement, il aimerait bien la voir logée dans un tel endroit. « Ça fait un milieu intéressant pour les gens qui ont une relative différence, dit-il. On a plus de chances de trouver dans un bassin d’artistes une ouverture d’esprit face à la différence. »