Occupons Québec - Guerre d'usure entre la Ville et les indignés

Québec — Hier en fin de journée, l'administration Labeaume n'avait toujours pas mis à exécution sa menace d'expulser les indignés qui campent dans le jardin Saint-Roch. Résolus à la faire changer d'avis, ces derniers comptent se faire entendre lundi au conseil municipal.

Depuis jeudi soir, la tactique des autorités a les allures d'une guerre d'usure visant à démanteler progressivement les installations. Une douzaine de policiers sont débarqués sur le site un peu après 13h30 hier afin de retirer toutes les bûches et bâches qui subsistaient sur le site. La veille en soirée, ils étaient intervenus pour finalement ne repartir qu'avec quelques chandelles.

Jacques Perron, un porte-parole de la Ville présent sur les lieux, n'a pas voulu dire si l'administration comptait expulser le groupe dans les heures ou jours à venir. «Pour la suite des choses, la Ville ne commentera pas son plan de match», a-t-il dit.

Il a par la suite fait savoir que les efforts déployés par le collectif pour rendre le site plus sécuritaire ne changeaient rien à la position de l'administration Labeaume. Bref, les indignés allaient devoir partir. «La réglementation est claire. Une place publique n'est pas un lieu de campement.»

Or le groupe ne s'est pas laissé décourager et trois de ses représentants se sont présentés à l'hôtel de ville en après-midi pour parler au maire Régis Labeaume. Bloqués à l'entrée, ils ont dû finalement se contenter de prendre des renseignements sur le conseil municipal de lundi pour s'y faire entendre.

Entre candeur et colère

Pendant ce temps sur le site, les pompiers avaient réussi à remplir un camion entier de bûches et morceaux de bois de toutes sortes.

Présente sur les lieux, Émilie Guimond-Bélanger, une ex-porte-parole de Québec solidaire, se désolait de la tournure des événements. «Qu'on vienne enlever du matériel et menacer de défaire des tentes, c'est vraiment prématuré parce que les gens sont vraiment prêts à la collaboration pour que ce soit le plus sécuritaire possible.»

Tandis que les policiers détruisaient le campement de bois construit par les indignés pour l'hiver, des dizaines de passants s'étaient arrêtés pour observer la scène. Certains, comme Mario Girard, éprouvaient de l'exaspération à l'endroit des indignés. «Il faut que ça arrête, c'est laid», lançait-il à propos du campement. «Arrêtez! On vous a écoutés, vous apportez rien!»

Les principaux intéressés, eux, oscillaient entre la candeur et la colère. Pendant qu'une jeune femme remerciait gaiement les policiers de faire leur travail, un autre hurlait «honte» dans leur direction.