Fête nationale: Québec sous tension

Québec – L’inquiétude domine à Québec à l’approche des festivités de la Saint-Jean, qu’on craint de voir déraper en affrontement entre fêtards et policiers. Pendant que commerçants et résidants se préparent à une longue nuit, les jeunes, eux, disent espérer qu’on les laissera «boire tranquilles».

Genève et Joannie travaillent au Second Cup de la Grande Allée, à l’endroit précis où la foule a tendance à devenir incontrôlable, selon la police. Genève, 20 ans, vient de l’Ouest canadien. Des beuveries comme la St-Jean, elle n’avait jamais vu ça avant son arrivée à Québec, il y a deux ans. «L’an passé, il y avait vraiment beaucoup de monde. Il y en avait qui étaient méchants parce qu’on ne voulait pas les laisser utiliser les salles de bain gratuitement». Sur la terrasse voisine, on s’amusait à lancer des cendriers sur les vitres du commerce, et non loin de là une personne s’est fait poignarder en pleine rue.

Rarement aura-t-on été aussi contents d’avoir du mauvais temps le soir du 23 juin. Le ciel gris et les nuages qui dominaient toute la journée ont donné de l’espoir à plusieurs.

Genève est d’accord avec les mesures prises par la ville pour civiliser la fête et l’interdiction d’apporter de l’alcool sur le site des célébrations. Mais comme la majorité des gens, elle a peur que ça dégénère. «J’ai peur que le monde se rebelle. Je pense que ça peut aller des deux côtés. Soit ils vont se rebeller et ça va être l’émeute. Soit ça va être très calme parce que les gens vont décider de ne pas venir».

Juste à côté, les premiers fêtards de Montréal viennent de débarquer. Camille, 19 ans et Christopher, 21 ans, viennent à Québec tous les ans et espèrent que les nouvelles règles ne vont pas «tuer la St-Jean comme à Montréal». «Nous on vient à Québec parce qu’à Montréal, c’est trop sévère. À chaque année, il y a des histoires de monde qui se font interpeller par la police».

Les deux soutiennent ne pas être du genre à abuser ou «foutre la merde» mais ils comptent sur le fait qu’on les laissera boire «tranquillement». Pas question pour eux d’acheter de la bière sur le site et de «faire la file pendant 15 minutes pour une bière qui va se vider en 5».

Deux autres garçons un peu plus vieux, qui venaient aussi de Montréal, avaient une autre stratégie. «On s’est stationnés pas loin alors si on a le goût de boire, on va aller boire dans notre auto». Une bouteille de rhum les y attendait sagement.

À deux pas de là, Thérèse Bouffard se plaint du fait que la police de Québec soit perçue comme «trop tolérante» par les jeunes montréalais. En soupirant, elle explique qu’il lui faut «barricader» son immeuble en prévision de la fête et qu’elle a embauché pas un, mais deux agents de sécurité. Facture : 1000 $ «Y a 43 condos ici. À chaque année, ils brisent le terrain, cassent des vitres et on ne peut rien contrôler. On est très stressés, on espère que ça va changer», dit-elle entre deux coups de marteau pour poser une clôture en plastique. «Le gros conseil que j’aurais à leur donner c’est : faites ça le 24 comme à Montréal!».

Dès l’après-midi, policiers et agents de sécurité étaient nombreux et très visibles sur le site et aux alentours. L’employée d’un dépanneur située juste à l’extérieur du périmètre disait avoir été avisée que tous les parcs environnants seraient sous haute surveillance. Sur Grande Allée, les employés d’une agence de sécurité installaient un imposant système d’éclairage mobile. «C’est pour voir ce qu’on fait», a dit l’une des employés, laconique.

Trois jeunes travailleuses de rue croisées sur place disaient ne pas trop savoir à quoi s’attendre. «Juste dans notre cercle d’amis, ça a découragé beaucoup de gens de fêter sur les Plaines», explique Andrée-Anne, en parlant du contrôle des entrées d’alcool. «Par contre, les jeunes qui sont dans leur phase rebelle et qui sont habitués de venir à la St-Jean prennent tout ça très mal. »

Consciente de ces tensions, la ville de Québec a d’ailleurs pris la peine de s’assurer de la présence de nombreux travailleurs de rue sur le site pendant la soirée. Andrée-Anne était là l’année dernière. Contrairement aux propos tenus par le maire de Québec Régis Labeaume, elle n’a pas remarqué de présence accrue des gangs de rues ou d’armes lors de la dernière St-Jean. Peut-être des «petits canifs», précise sa collègue.

Ce qu’elle a remarqué, c’est le changement d’attitude de la police. «La police était très coercitive. Ils s’installaient en rangées et ils avançaient sur Grande Allée puis ils vidaient les bières de tout le monde. On a pu voir que ça a fait un peu de représailles puis la tension montait beaucoup entre les ados et la police. J’ai eu peur de ce qui aurait pu arriver et cette année, j’ai peur encore».

5 commentaires
  • glanglais - Inscrit 23 juin 2011 20 h 18

    Les policiers ne comprennent pas toujours

    Bonsoir,

    C'est la règle établie au Québec qui mange la claque: "Une 24 pour le 24".

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • JP Rivel - Inscrit 23 juin 2011 21 h 43

    Mauvaise décision de la part de Labeaume

    Bravo à régis Labeaume qui trouve le moyen de régler un problème mineur avec la pire solution possible. Au lieu de placer plusieurs policiers en civil dans la foule pour surveiller tout le monde sans pour autant faire planer une atmosphère autoritaire, il décide d'interdir la consommation d'alcool sur le site.

    Résultat : une augmentation de la consommation de drogues dures comme l'extasy et le speed est à prévoir.

    La violence n'a jamais été une problème à la st-jean, il y a eu certes quelques incidents au fil des années mais considérant que l'évènement attire à chaque année plus de 200 000 personnes, le ratio de crimes per capita n'est pas très loin de celui des 364 autres soirs de l'année. Labeaume a tué la St-Jean

  • Yan St-Pierre - Inscrit 24 juin 2011 06 h 02

    Triste

    C'est grave qu'on soit rendu à avoir peur de célébrer la St-Jean (ou célébrer en général). Si au moins la tension était politique...

  • Matemiste - Inscrit 24 juin 2011 06 h 09

    Pourquoi on paye encore pour plus de police? on est riche?

    Vous les trouvez moins dangereux que la moyenne des gens aussi?

    Vous croyez qu'avec plus, il y en aura moins de violence?

    Moi je dit: Plus de police = Plus de taxes

    Qu'ils viennent prendre une bière comme tout le monde avec plaisir et fêter pour que tous ensemble on s'assure d’empêcher les chicanes avec sourire, bonne humeur et continuons d'être fier comme dans le passé. Mais où est passé cet honneur que nous avions d'être autonome, réfléchi et paisible?

    La police c'est le Baume?

    C'est l'inverse qu'il faut faire, les gens sont tanné de se faire dire quoi faire comme si le pouvoir politique donnais le droit de changer notre façon d'être et que de tous nous infantiliser éduquerait quelques névrosé isolés?

    Come on!

    Plus il y a de police avec certains égos a fleur de peau plus il y a de risque de heurt avec ceux qui fête leur plaisir de vivre en exutoire... C'est justement la recette faire croire que nous avions bien fait de commander à forcer la paix artificielle, merde.

    Je me souviens

  • Frédéric Jeanbart - Inscrit 24 juin 2011 12 h 14

    État policier

    L'état policier prend place, vive les néoconservateurs (Labeaume en est un)?! Il devraient savoir que la violence (la force de coercition policière contre toute la population décidée par Labeaume en étant une), que la violence disais-je appelle à la violence. Un dicton millénaire qui existe de par l'expérience humaine, dit justement ce qui suit: "qui vit par l'épée périra par l'épée"... Personnellement je trouve que cette mentalité politique est bien désuète, en porte-à-faux avec notre évolution et les années 2000, du néoconservatisme à son meilleur!...