Un dur coup porté aux rêves de Québec - La déconvenue olympique jette une ombre sur le projet d'amphithéâtre du maire Labeaume

Québec a reçu une gifle hier lorsque la Fédération internationale de ski a annoncé qu’il était impossible de tenir l’épreuve de descente masculine des Jeux olympiques d’hiver au Massif de la Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, car la configuration de la montagne ne le permet pas.<br />
Photo: SOURCE GROUPE LE MASSIF Québec a reçu une gifle hier lorsque la Fédération internationale de ski a annoncé qu’il était impossible de tenir l’épreuve de descente masculine des Jeux olympiques d’hiver au Massif de la Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, car la configuration de la montagne ne le permet pas.

Québec — L'un des piliers d'une éventuelle candidature de Québec pour les Jeux olympiques d'hiver s'est effondré hier quand la Fédération internationale de ski (FIS) a dit non à l'épreuve de descente masculine prévue dans Charlevoix.

«Aujourd'hui, il pleut sur Québec. C'est triste, la nouvelle qui nous arrive», a déclaré le conseiller de l'opposition Yvon Bussières, hier après-midi. Dans une capitale habituée à carburer aux grands rêves, l'annonce de la FIS a eu l'effet d'une gifle. «La réalité vient de nous frapper de plein fouet», note le spécialiste en marketing du sport André Richelieu, de l'Université Laval. Selon lui, Québec n'obtiendra pas les Jeux olympiques «malgré nos ambitions, nos rêves et notre état d'esprit actuel».

Pour ce professeur, cette nouvelle est cependant la bienvenue. «Pour moi, ce n'est pas une gifle, c'est un soulagement. Enfin, on retombe sur terre!», dit-il. Selon lui, étant donné le niveau d'endettement du Québec, les investissements exigés par le projet olympique le rendent peu «sensé».

Contrairement à son habitude, le maire Régis Labeaume n'a pas dit mot, tout comme le responsable du dossier olympique, Claude Rousseau. Au bureau du ministre responsable de la capitale nationale, Sam Hamad, son attaché de presse a expliqué que les uns et les autres voulaient d'abord se parler avant de réagir publiquement.

Le verdict est tombé alors que l'on attendait le rapport de M. Rousseau sur la candidature de la ville. Ce dernier avait ciblé trois infrastructures-clés pour lancer le projet olympique: l'amphithéâtre, la montagne et l'anneau de glace. La piste du cap Maillard ayant déjà été rejetée pour les Jeux de 2002, on en avait proposé une autre, celle du Mont à Liguori, toujours au Massif.

Or le verdict rendu hier par la FIS est sans appel. Il a d'ailleurs été prononcé après la visite du site, le 30 novembre, par le président du comité alpin de la Fédération, Bernhard Russi.

Selon Gian Franco Kasper, le président de la FIS, le principal problème du tracé situé dans le centre de ski du Massif de la Petite-Rivière-Saint-François est la présence d'une section peu dénivelée.

«Il y a une partie très, très plate dans laquelle on ne peut pas faire de descente. On ne peut pas refaire toute la montagne, bien sûr», a indiqué M. Kasper en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, après avoir affirmé que l'altitude du sommet n'était qu'«un petit détail» facilement contournable. Selon le président de la FIS, il s'agit d'une conclusion «finale et unanime des experts canadiens et de notre expert».

M. Kasper avait pourtant ravivé bien des espoirs début novembre en déclarant que la hauteur de la montagne n'était pas nécessairement un problème. Emballé par cette ouverture, le maire Labeaume avait commencé à y croire et avait mis en veilleuse le projet du Forum universel des cultures de 2016 (que Québec avait obtenu) pour ne pas préparer trop de projets en même temps.

Est-ce que c'en est fini du rêve olympique? Le premier ministre Jean Charest a dit croire qu'il y avait d'«autres scénarios à développer», disant vouloir attendre le rapport d'Équipe Québec avant de se prononcer plus amplement.

M. Charest a ajouté que la candidature pour les Jeux faisait partie d'une vision plus large pour la capitale provinciale en tant que destination pour des compétitions sportives d'hiver de calibre international.

Interrogé à ce propos à l'Assemblée nationale, le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, a dit qu'il fallait «réévaluer très sérieusement» le projet. «Je vous rappellerai ce que Guy Drut, champion olympique et membre du CIO, m'avait dit à l'époque: "Vous avez une ville magnifique, mais vous n'avez pas de montagne. Là, on vient de se le faire dire encore de façon assez brutale".»

Dans le passé, on a déjà proposé de tenir l'épreuve de ski dans les Chics Chocs, en Gaspésie, ou de présenter une candidature conjointe avec Calgary, voire Lake Placid aux États-Unis. Or ce serait vraiment trop compliqué selon M. Richelieu. De toute façon, ajoute M. Bussières, le maire a toujours dit «qu'il ne se risquerait pas sans montagne».

Et l'amphithéâtre?

Au-delà de ses conséquences sur le rêve olympique, la déconvenue soulève toutes sortes de questions, dont celle du financement fédéral de l'amphithéâtre, ajoute-t-il. «Le fédéral l'avait liée [la montagne] à l'amphithéâtre. Je me demande si les conditions vont changer.»

Les conservateurs ont en effet souvent dit qu'il serait plus facile pour Québec d'obtenir du financement pour l'amphithéâtre si elle organisait les Jeux. Cela aurait notamment permis à Ottawa de défendre la dépense au Canada anglais. Le maire Labeaume est d'ailleurs toujours en attente d'un engagement du gouvernement fédéral dans le dossier. Après avoir multiplié les menaces et tenté d'imposer à Stephen Harper l'échéance du 31 décembre, M. Labeaume a baissé le ton, ces dernières semaines, et a ouvert la porte à une annonce en janvier.

Pour le professeur André Richelieu, la population se remettra sans difficulté de la gifle de la FIS, mais, pour l'amphithéâtre et le retour attendu de la LNH, c'est une tout autre histoire. «On a créé tellement d'attentes que, si on ne les concrétise pas, il va y avoir un ressac très fort. Les gens vont se sentir trahis.»

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Avec La Presse canadienne et la collaboration d'Antoine Robitaille.
18 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 14 décembre 2010 01 h 20

    PAUVRE PETIT LABEAUME

    Déjà que Betman a annoncé qu'il n'y aura aucun déplacement d'équipe de la LNH dans un avenir rapproché, voilà que Québec est presque disqualifiée pour les olympiques. Donc aucune des deux raisons invoquées pour bâtir un nouveau Colisée sont réunies.

    Vite, que l'on rappelle Rapaille.

  • Serge Beauchemin - Inscrit 14 décembre 2010 05 h 17

    Si Drapeau était là...

    Qu'à cela ne tienne, Régis n'a qu'à surélever le Massif.
    Jean Drapeau nous a bien construit des îles pour l'Expo 67...

  • Roger Lapointe - Inscrit 14 décembre 2010 05 h 59

    Excellente nouvelle pour les finances publiques.

    J'ose croire que cette douche froide va mettre fin aux rêves de mégalomane du maire de la capitale nationale et qu'il va se tourner vers des projets financièrement et physiquement réalisables comme disait Réal Caouette à une autre époque.A t-on besoin de s'endetter pour des générations comme ce fut le cas pour les jeux olympiques de Montréal dont nous assumons encore collectivement les coûts d'une maintenance non productive du stade olympique que l'on aurait dû nommer stade Jean-Drapeau pour ne pas oublier de qui venait ce cadeau empoisonné construit dans des circonstances nébuleuses et très couteuses comme si cette réalité tordue nous rattrapait encore aujourd'hui.
    Je me souviens est pourtant notre devise nationale!

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 14 décembre 2010 06 h 30

    Les jeux olympiques : une aventure commerciale

    Les Jeux Olympiques sont une grosse machine à déficit.
    De plus, leur accès se limite à une élite qui n'a que peu ou pas d'influence sur la masse. De plus, cette élite, à cause d'un développement en vase clos, a très souvent des problèmes d'adaptation à la vie de tous les jours; en plus, dans certains cas, d'acquérir des défaillances physiques qui troublent le reste de leur vie.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 14 décembre 2010 07 h 23

    Un maire et ses chimères

    Au moins une que les contribuables de Québec n’auront pas dans les dents et si la tendance se maintient, on en aura peut-être une deuxième. Déjà que sans projet sur la table, on anticipe déjà une hausse de taxes à Québec pour l’an prochain. Vous imaginez le compte de taxes des vingt prochaines années avec les Olympiques et le nouvel amphithéâtre en prime ? Saisissez cet homme!