Retour sur la séance du conseil municipal - Les fantômes de l'hôtel de ville de Québec

Le maire Régis Labeaume, bien que présent physiquement, semblait bien sage à la séance du conseil municipal lundi, comme s’il avait envoyé sa doublure.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Le maire Régis Labeaume, bien que présent physiquement, semblait bien sage à la séance du conseil municipal lundi, comme s’il avait envoyé sa doublure.

Québec — Déjà en foulant le parvis de l'hôtel de ville, dont la pierre s'assombrit au moment où le soleil tombe derrière les Laurentides, nous avons l'impression de monter vers un immeuble abandonné. L'automne a dégarni les arbres et vidé le Vieux-Québec, et rien ne porte à croire que c'est soir de conseil municipal tellement tout est tranquille.

Parce qu'on est en avance, on nous installe dans le hall où nous apparaissent nos premiers fantômes: Lavigueur, Drouin, Parent... maires anciens qu'une série de cadres immortalisent. Une ombre passe, dont les pas résonnent dans la vastitude du couloir. Devant le mur qu'il a fait construire pour bloquer le corridor qui mène à son bureau, nous attendons monsieur le maire pour le point de presse qui précède habituellement les séances du conseil. On nous invite à nous déplacer vers la salle du comité exécutif où nous nous regroupons autour des conseillers François Picard et Sylvain Légaré, qui nous ont préparé une salade sans grande saveur. Mais où donc est monsieur le maire? Nous entendons pourtant sa voix derrière celle de ses représentants...

Nous le retrouverons quelques minutes plus tard dans la salle du conseil municipal, assis sagement au centre de son équipe. Une petite armée de spectres discrets — employés du cabinet du maire et du service des communications de la Ville — veille au grain, surtout celui qui pourrait tomber dans l'engrenage. Le président du conseil s'est lui aussi déguisé en fantôme. On lui désigne une ombre pour le remplacer et la séance peut commencer. Premier point à l'ordre du jour: la recension des absences temporaires des conseillers dans les procès verbaux. Décidément, l'absence est un sujet important de la politique municipale.

La doublure

Pour endormir tout le monde, on lance la fumée blanche, qui prend la forme ici de règlements soporifiques à présenter et à discuter et à voter. La lumière des lustres et des dorures s'atténue sous un voile de plus en plus épais. Monsieur le maire, bien que présent physiquement, nous semble bien sage, comme s'il nous avait envoyé sa doublure.

Viennent ensuite les interventions des conseillers (fantômes) — «Je voudrais faire un clin d'oeil à notre industrie touristique...», «Je voudrais souligner la fête des bénévoles de mon arrondissement» — , y compris celles de l'opposition (fantôme). La doublure de monsieur le maire ne réagit pas aux pointes du conseiller Bussières, qui a habituellement le don de le faire sortir de son complet. Il se contente d'apporter des points d'explication et laisse la plupart du temps ses acolytes répondre à sa place.

Au milieu de la séance, les cloches de la cathédrale de la Sainte-Trinité ajoutent à l'ambiance de manoir hanté, et monsieur le maire sent le besoin d'aller soulager sa vessie. Nous nous rassemblons tous dans le corridor qui sépare les toilettes de la salle du conseil pour lui soutirer un commentaire du type de ceux auxquels il nous a habitués. Or il passe devant nous comme un zombie, à la fois sourd et muet, et nous nous demandons tous où est passé notre maire. Lui a-t-on fait boire une potion au gingembre?

Nous cherchons à travers la petite vingtaine de citoyens venus assister au spectacle la sorcière qui lui aurait jeté un sort. Peut-être a-t-il simplement eu une vision, celle de la chimère de ses fonctionnaires qui, avec son corps de chèvre, sa queue de serpent et sa tête de lion, serait prête à déposer la tête de son patron sur la balance de la justice pour l'avoir varlopée sur la place publique. La poursuite de 1,15 million du Syndicat des fonctionnaires municipaux contre le maire qui les avait traité d'incompétents est d'ailleurs tombée hier, confirmant ainsi les pouvoirs divinatoires du premier magistrat.

À moins que les coupables se trouvent assis près de lui. Ne les a-t-on pas entendus souhaiter que monsieur le maire s'inscrive à des cours de yoga? C'est du moins ce que porte l'écho des murs de l'hôtel de ville, où la fumée blanche se répand de nouveau et nous endort pour de bon.

Au réveil, tout le monde est parti. Nous entendons pourtant des voix, et des ombres glissent sur les murs que la lune fait briller. En route vers la sortie, nous sommes attirés par une porte entrebâillée où perce une lumière d'un vert bleuté. C'est le bureau de monsieur le maire, qui nous apparaît soudainement et nous envoie la main. Nous savons pourtant qu'il est rentré chez lui. À moins que sa femme ne dorme avec sa doublure...
2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 17 novembre 2010 04 h 57

    Le civisme ça s'apprend, même sur le tard...

    On a souvent rappeler aux citoyens qu'ils ne pouvaient pas dire n'importe quoi. Il faut maintenant le rappelr aussi aux élus... Maires, députés ou anciens ministres...

  • André Auger - Abonné 18 novembre 2010 17 h 08

    Suave

    Tout simplement suave ce texte qui nous peint la réalité de la politique municipale.